From the podium

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Son Excellence Monsieur Anerood Jugnauth (Premier Ministre, République de Maurice)

Je voudrais commencer par saluer l'initiative qui a été prise par la FAO. C'est grâce à cette Organisation que nous nous retrouvons cinq ans plus tard pour un nouveau Sommet alimentaire mondial. Ce Sommet se tient à un moment fort opportun, il fait suite à un certain nombre de réunions importantes de la communauté internationale, je pense notamment à la quatrième Conférence ministérielle de l'OMC, qui s'est tenue en novembre dernier à Doha. Il y a eu, par ailleurs, le lancement du NEPAD, le nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique, et puis il y a eu la Conférence de Monterrey portant sur le financement du développement. Cette Conférence, dois-je le rappeler, s'est tenue en mars dernier.

Ce Sommet nous donne la possibilité de passer en revue les objectifs que nous nous sommes fixés dans la Déclaration de Rome, et nous permet de faire le bilan de ce que nous avons accompli depuis 1996. Enfin, il nous permet de renouveler notre engagement qui vise à résoudre une fois pour toutes le problème de la faim et de la sécurité alimentaire.

La Déclaration de Rome de 1996, le plan d'action qui l'accompagne, définissent la sécurité alimentaire comme suit: "la sécurité alimentaire est une situation où tous les individus, à tout moment, ont un accès économique et physique à une alimentation nourrissante, salubre et suffisante qui leur permet de satisfaire leurs besoins alimentaires et leurs préférence alimentaires, ce qui leur permet de mener une vie saine et active".

Lorsque nous avons adopté cette Déclaration, nous avons promis de faire de la sécurité alimentaire une réalité pour tous, et nous nous sommes fixés un objectif immédiat qui était de réduire de moitié le nombre de personnes sous-alimentées d'ici à 2015. À cet égard, le plan d'action a défini les objectifs qui doivent être atteints au niveau régional, national et international.

La sécurité alimentaire doit être étudiée dans le contexte de la coexistence d'une grande variété de systèmes agricoles. Il faut voir également que le système d'échanges commerciaux mondial doit créer l'environnement qui permettra à ces différents systèmes agricoles de coexister. Cinq ans après cette première rencontre, il est bon que nous nous demandions si nous sommes sur la bonne voie. La conclusion immédiate que nous pouvons tirer est que nous ne nous trouvons pas dans une situation bien réjouissante.

L'Afrique doit encore surmonter la pauvreté, la sous-alimentation. Elle a souffert de graves reculs en matière agricole et en matière de marginalisation sur la scène internationale. Il n'est pas surprenant donc que l'investissement dans l'agriculture soit sur le déclin dans notre continent, et que les engagements qui ont été pris ne se soient pas encore vus concrétisés. L'Afrique australe est une région qui montre clairement qu' un certain nombre de pays sont sur le point de tomber dans une situation de grave pénurie alimentaire. C'est en Afrique australe qu'un grand nombre d'invidus risque de se retrouver confronté à de graves problèmes. Ils vont dépendre de l'aide alimentaire pour leur survie. L'agriculture est encore et toujours à la base même du développement dans le continent africain. L'agriculture est intrinsèquement liée au développement rural, à la sécurité alimentaire et à la protection de l'environnement.

L'agriculture joue donc un rôle multiple et c'est en Afrique que cela paraît de façon la plus frappante. Le rôle multiple de l'agriculture est tel qu'il a un lien intrinsèque avec le problème de l'éradication de la pauvreté, puisque l'agriculture permet à de nombreuses personnes qui vivent dans des milieux ruraux de subvenir à leurs besoins. C'est une activité économique qui fournit simultanément des biens publics d'une valeur sans précédent et une activité qui permet aux États pauvres de l'Afrique d'essayer de subvenir à leurs besoins, ce qu'ils ont beaucoup de mal à faire.

Il y a trois dimensions que nous devons prendre en compte. Il y a la question de la production, la question du commerce bilatéral et la question d'un réel engagement politique. Au niveau de la production, le défi n'est pas seulement de donner à manger à ceux qui souffrent de malnutrition, mais également de faire face aux besoins d'une population croissante. Il y a des contraintes qui s'exercent en matière d'approvisionnement et cela constitue une entrave réelle en matière de production et de distribution de la nourriture. Il est impératif de mobiliser nos ressources de façon plus efficace pour atteindre nos nouveaux objectifs. Le problème de la gestion de l'eau, de la gestion de la terre doit également être posé et résolu, l 'accès aux marchés, aux transports, à l'énergie, tout cela doit se voir rapporter une réponse efficace. Dans ce contexte, je voudrais également souligner les défis particuliers auxquels se trouvent confrontés les États insulaires en voie de développement: une taille réduite, une quantité limitée de terres arables, une absence de ressources, des écosystèmes fragiles, la plus grande probabilité d'être exposés à des catastrophes naturelles. Tous ces éléments font de ces pays un groupe de pays particulièrement vulnérables. Nous devons vis-à-vis de ces pays adopter une approche bien différenciée.

Comme d'autres États insulaires, l'Île Maurice dépend lourdement des marchés de l'exportation, dépend également d'accords commerciaux préférentiels. C'est de cela que dépend notre développement et la satisfaction de nos besoins alimentaires de base. La sécurité alimentaire, le développement rural, la protection de l'environnement ne peuvent être analysés indépendamment de l'agriculture. Et chaque pays doit essayer de répondre à ses besoins en matière de sécurité alimentaire, en tenant compte de ses conditions naturelles, géographiques, culturelles, historiques.

La Conférence de Monterrey a noté un renversement de la tendance, dont nous avons été les témoins au cours des quinze dernières années. Je parle de la tendance inversée qui prévaut désormais en matière d'aide au développement. Des nouveaux engagements ont été pris, même si nous n'atteignons pas encore le niveau de 0,7 pour cent du PNB qui a été fixé comme nous le savons.

Par ailleurs, lors de la réunion de Doha, il a été souligné que les échanges internationaux devaient essayer de se développer de façon plus crédible. Sur le continent africain, nous avons également été les témoins d'une nouvelle initiative audacieuse, le NEPAD (le nouveau parténariat pour le développement de l'Afrique). C'est un parténariat qui se propose d'aider l'Afrique à sortir de la pauvreté, qui se propose de la lancer sur la voie du développement durable. Le NEPAD est une initiative africaine qui suppose un nouveau type de parténariat, un parténariat holistique avec la communauté internationale. Le NEPAD a à sa tête les Chefs d'État et de Gouvernement africains, et le G-8 a manifesté son enthousiame face à la vision qui anime les membres du NEPAD et a accepté d'être le partenaire de l'Afrique dans la mise en oeuvre de ce parténariat. Je suis heureux de dire que pour l'Afrique, le NEPAD, avec la FAO, a réussi de mettre sur pied un programme stratégique pour l'agriculture en Afrique qui se pose les bonnes questions, notamment en matière de contraintes pesant sur les systèmes de production.

Je crois savoir que les Ministres africains de l'agriculture se sont rencontrés hier pour passer en revue le programme qui sera celui du NEPAD dans les années à venir.

Nous appelons la communauté internationale à aider à la mise en oeuvre de ce programme. D'un point de vue multilatéral, il est important, il est vital, qu'il y ait mise en place d'un système d'échanges agricoles justes et équitables. C'est ainsi que nous arriverons à garantir la sécurité alimentaire. Nous avons vu et compris que l'agriculture est une activité unique en son genre. Nous avons également vu que le système unilatéral devait reconnaître ce caractère spécifique de l'agriculture dans ce qu'il essayait d'élaborer les règles qui devaient régir les échanges commerciaux dans ce domaine.

La réunion de Doha de l'OMC a lançé un nouveau cycle de négociations dont l'issue est vitale pour l'agriculture. La Déclaration de Doha promet d'établir un système d'échanges justes et orientés et centré sur le fonctionnement des marchés dans le domaine agricole. Par ailleurs, la Déclaration promet de prendre en compte les besoins de développement qui sont ceux des pays en voie de développement. La Déclaration ménage également la place qui lui revient à la question de la sécurité alimentaire et à celle du développement rural. Il est très important également de nous assurer que les bonnes questions seront soulevées lors de la quatrième Conférence internationale sur les questions non commerciales. Je vous rappelle que cette réunion se tiendra cette semaine.

Enfin, nous devons être d'accord entre nous, Chefs de Gouvernement, pour dire que nous devons absolument assurer la sécurité alimentaire et le développement durable. La paix, la stabilité, la bonne gouvernance sont des conditions nécessaires parce qu'elles permettent d'attirer, de mobiliser l'investissement tant national qu'international. Nous devons tout faire pour que cet objectif se voit concrétisé.

La deuxième rencontre des Chefs d'État et de Gouvernement, lors de ce nouveau Sommet alimentaire mondial, nous donne la possibilité de nous consacrer à une tâche, ô combien noble. Nous devons repenser l'agriculture et placer la sécurité alimentaire en tête de notre liste de priorités.

Je conclurai en disant que les parténariats internationaux sont d'une importance absolument cruciale dès lors que nous voulons mettre en oeuvre le plan d'action de sécurité alimentaire mondiale. Nous appelons les gouvernements, les parties prenantes internationales à apporter toute leur assistance à la mise en place d'une coopération cohérente. C'est ainsi que nous combattrons la faim et la malnutrition. C'est ainsi que nous pourrons assurer le développement rural durable. C'est ainsi que nous pourrons assurer la sécurité alimentaire.

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