From the podium

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Son Excellence Hama Amadou (Premier Ministre de la République du Niger)

Je voudrais joindre ma voix à celle des éminents orateurs qui m'ont précédé pour vous adresser, Monsieur le Président, mes vives félicitations pour votre élection à la présidence du Sommet mondial de l'alimentation: cinq ans après.

Ces félicitations s'adressent également aux autres membres du Bureau qui ont la responsabilité de vous assister tout au long de nos travaux. La Déclaration de Rome sur la sécurité alimentaire mondiale adoptait, il y a cinq ans un plan d'action d'une ambition à la hauteur du défi alimentaire qui se posait à la planète tout entière. Il s'agissait de mettre en œuvre des politiques hardies et des programmes de développement efficaces visant à réduire l'insécurité alimentaire dans le monde. Les efforts importants déployés à cet égard devraient être soutenus par l'ensemble de la communauté internationale en conviant de nouveau les Etats Membres et l'ensemble des acteurs concernés par la question de l'alimentation au présent sommet.

La FAO nous offre donc un cadre de réflexion pour évaluer ensemble les progrès réalisés à travers les actions menées au titre des encagements pris dans la lutte contre la faim dans le monde. Ce cadre sera également, je l'espère, le lieu pour réaffirmer notre volonté politique commune pour atteindre les objectifs fixés.

L'insécurité alimentaire au Niger, par exemple, s'explique essentiellement par la forte dépendance de la production agricole à un régime pluviométrique qui se caractérise par l'incertitude et la rareté d'une année à l'autre. En outre, les systèmes de production traditionnels de subsistance n'ont pas pu s'adapter à cette évolution climatique erratique et ce, en dépit des besoins alimentaires sans cesse croissants. Aussi, malgré les formidables efforts déployés par les paysans, le nombre de personnes sous-alimentées a été estimé à 1,6 millions d'habitants en 2001, soit près d'un nigérien sur cinq. C'est dire donc que cinq après la Déclaration de Rome, au Niger, le nombre de personnes affectées par la faim a augmenté. C'est pourquoi face à cette, mon Gouvernement, installé en janvier 2000, s'est donné comme axe stratégique d'intervention la généralisation des cultures irriguées avec une plus grande maîtrise de l'eau, l'amélioration de la productivité des cultures pluviales ainsi que le développement et la sécurisation de la production animale. La volonté politique qui sous-tend ces objectifs a été réaffirmée avec force dans la stratégie de réduction de la pauvreté récemment adoptée par le Gouvernement.

De même, des réformes ont été engagées dans le secteur agricole et portent sur la sécurisation foncière, la décentralisation, la responsabilisation des organisations paysannes, la prise en compte de la "dimension genre" dans les actions de développement et l'incitation du secteur privé à s'intéresser davantage à l'agriculture en vue d'améliorer également l'environnement institutionnel et économique de la production. S'agissant plus spécifiquement des projets d'investissements classiques mis en œuvre par mon pays avec l'appui des partenaires extérieurs, on ne peut malheureusement que constater le caractère insuffisant des résultats obtenus qui n'ont hélas pas eu d'impact significatif sur la production agricole, en raison, d'une part de l'inadéquation des approches du développement suivi et, d'autre part, du gaspillage des ressources financières consenties souvent dans des dépenses périphériques qui ne concernent que très peu les investissements directs sur le terrain.

C'est pour cette raison, en particulier, que les ressources dégagées par l'initiative en faveur des pays pauvres très endettés ont été utilisées directement par le Gouvernement selon une approche fondée sur le besoin de l'appropriation par le pays lui-même de sa propre optique de développement en rompant notamment avec la politique du saupoudrage et de l'élaboration de projets destinés avant tut à financer des études et des consultants sans réelle utilité, la plupart du temps, pour le monde rural.

Un programme spécial de développement d'infrastructures rurales notamment dans les domaines agricole, hydraulique, sanitaire, éducatif a été initié, afin d'améliorer, à la fois, la qualité des dépenses dans le secteur et servir d'approche expérimentale en matière de gestion directe des projets par le pays e leur réalisation technique par les experts nationaux. Ainsi le programme dans son ensemble, tout en répondant avant tout, aux préoccupations des populations, mobilise aussi l'expertise nationale en vue du renforcement des capacités techniques internes. Ce programme spécial est placé pour des besoins de mobilisation sociale sous la supervision directe et constante du Président de la république du Niger, Son Excellence Mamadou Tandja. Ainsi, le volet agricole du Programme spécial met l'accent sur la mobilisation de l'eau par la construction de mini-barrages et de seuils d'épandage des eaux de ruissellement dans l'optique de la production agricole par irrigation après les pluies, permettant ainsi l'allongement du temps de travail en milieu rural sub-saharien et l'augmentation conséquent des produits vivriers et de rente.

Ces réformes, dans les approches comme dans le système de production au Niger, ne suffiront pas, nous le savons, pour garantir à notre peuple la sécurité alimentaire. Aussi, tout naturellement, en dehors des programmes nationaux, le Niger participe également aux initiatives sous-régionales et régionales de sécurité alimentaire, notamment celles mise en œuvre a travers des organismes tels que le CILSS, l'UOMEA, la CEDEAO. Le Niger, en tout état de cause, ne peut qu'adhérer avec force à l'idée du Nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique (NEPAD).

Néanmoins, toutes les initiatives, autant que les efforts pour leur mise en œuvre, nécessiteront à n'en point douter des ressources financières que nos budgets nationaux, même avec des allocations de 20 pour cent en faveur de l’agriculture, ne permettront pas la mobilisation à hauteur suffisante.

Il y a donc lieu de repenser ou de réexaminer la question de la mobilisation de l’aide publique au développement en faveur des pays les plus affamés. Autrement dit, une priorité doit être accordée au partenariat stratégique en matière financière entre les riches et les pauvres pour éradiquer la faim, sinon aucune mesure, aucune armée de policiers et de gendarmes ne pourra empêcher aux citoyens des pays pauvres, en proie à la misère et à la faim, d’envahir les pays de l’abondance.

C'est dire que la solidarité internationale ne doit pas simplement s’exprimer par des discours à l’occasion des sommets. Cette solidarité doit nécessairement déboucher sur des résultats financiers concrets en vue de la réalisation des objectifs du Sommet du millénaire et de la Conférence de Moterrey relativement aux problèmes de la faim dans le monde. De même, nous paraît-il utile que les règles qui gouvernent le commerce international des denrées alimentaires prennent en compte la contradiction entre les principes de base du libéralisme proclamé et les pratiques anti-libérales se traduisant par les subventions généreuses accordées à l’agriculture des pays riches dont les conséquences directes dans nos pays sont de rendre la production agricole non compétitive et donc plus attrayante pour les investisseurs nationaux. Il est dès lors impératif de libéraliser véritablement les échanges dans l’esprit de la déclaration de Doha par la suppression des subventions et l’ouverture des marchés du Nord aux produits des pays pauvres. Nul doute alors que notre agriculture s’en trouvera stimulée.

Nous sommes venus à ce Sommet pour demander d’accorder à nos pays de réels espoirs quant à l'engagement des pays riches à s’impliquer dans la lutte contra la faim comme ils s’impliquent avec une remarquable ardeur dans le combat contre le VIH/sida ou la lutte contre le terrorisme et l’émigration.

Car finalement, c’est la faim et la pauvreté qui en résulte qui servent de terreau à la maladie, le désespoir et l’injustice qui produisent le terrorisme, et pour tout dire, le développement de la guerre et l’insécurité dans toutes les parties du monde. Je voudrais, en tout cas, affirmer l’adhésion totale du Niger au plan d’action du Sommet mondial pour l’alimentation et exprimer au nom du Gouvernement toute notre espérance dans la détermination des partenaires du Nord à accroître leur assistance quand bien précieuse dans la recherche de la sécurité alimentaire, donc à la paix à laquelle aspirent les peuples du monde entier.

Je ne terminerai pas mes propos sans adresser mes vifs remerciements aux autorités italiennes et au Directeur général de la FAO pour la qualité de l’accueil et de l’organisation du Sommet.

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