From the podium

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Son Excellence Monsieur Eddy Boutmans (Secrétaire d’Etat à la Coopération au Développement, adjoint au Ministre des Affaires étrangères du Royaume de Belgique)

Monsieur le Président,
Excellences,

Il y a maintenant plus de cinq ans que les Chefs d’Etat et de gouvernement du monde entier ont approuvé un Plan d’action visant à réduire de la moitié le nombre de personnes souffrant de faim et de malnutrition d’ici 2015. Cet objectif est ambitieux par les efforts qu’il requiert mais il ne peut évidemment que constituer une étape vers l’éradication complète de ce scandale que constitue la sous-alimentation de centaines de millions de personnes dont beaucoup d’enfants.

Des informations dont nous disposons, il faut conclure que nous avançons à un rythme largement insuffisant pour même atteindre l’objectif du Millénaire. Les progrès réalisés sont inégaux selon les régions du monde et les couches des populations. Au nom du Gouvernement belge, je voudrais vous faire part de quelques réflexions à ce propos et vous indiquer les orientations que nous avons prises afin d’accentuer nos efforts pour promouvoir la sécurité alimentaire au niveau mondial.

L’insécurité alimentaire est la conséquence de l’absence d’accès physique ou économique à l’alimentation. Elle-même, liée à l’absence d’un accès équitable à la terre, à l’eau et aux ressources génétiques endogènes. D’une manière générale, la Déclaration du Millénaire établit un lien explicite entre la lutte contre la sous-alimentation et la problématique du développement prise dans son ensemble. Elle appelle ainsi à renforcer la cohérence entre tous les acteurs tant au niveau mondial qu’au niveau national.

La sécurité alimentaire ne peut, par ailleurs, être atteinte durablement que si les politiques menées favorisent le développement durable et inversement, il serait impensable de concevoir une stratégie globale de développement durable en faisant abstraction de la dimension de sécurité alimentaire. Je crois donc que nos travaux peuvent et doivent contribuer à la réflexion en cours, en vue de la préparation du Sommet mondial qui se tiendra prochainement à Johannesburg, où il y a encore beaucoup de travail à faire.

L’un des points soulevés dans le document de base, préparé par le secrétariat de la FAO, est justement celui de la durabilité et de la sécurité des technologies utilisées pour intensifier la production agricole. Je me félicite donc, que la FAO mette en exergue la nécessité de rechercher des solutions, à la fois socialement acceptables et économiquement rentables, qui allègent la pression exercée par les activités agricoles sur les sols, les ressources en eau, l’atmosphère et la diversité biologique.

A juste titre, l’importance des politiques nationales a été soulignée, lors de la Conférence de Monterrey, sur le financement du développement. Pour être pleinement efficaces, ces politiques doivent être accompagnées d’un climat de stabilité internationale, assurer l’accès à la terre et faire appel à la participation des personnes concernées par une décentralisation des initiatives et des lieux de décisions. Il importe aussi de réduire les disparités de droits entre hommes et femmes et de souligner dans certains pays la reconnaissance du rôle essentiel que jouent les femmes dans le développement rural durable.

Conformément à l’invitation contenue dans le Plan d’action du Sommet mondial de l’alimentation, le Comité des droits économiques, sociaux et culturels des Nations Unies a adopté un Commentaire général qui fournit des orientations quant à l’interprétation du droit à la nourriture tel qu’il est visé à l’article 11 du Pacte international sur les droits économiques, sociaux et culturels. Le droit à l’alimentation est mentionné dans plusieurs instruments internationaux, à commencer par l’article 25 de la Déclaration universelle des Droits de l’homme. C’est d’ailleurs évident : quel droit fondamental pourrait invoquer une personne, si elle ne pouvait même pas se nourrir elle-même ou nourrir sa famille ? A cet égard, le Gouvernement belge a accueilli avec grand intérêt, la proposition lancée d’abord par plusieurs ONG, de franchir une étape supplémentaire par l’élaboration d’un Code de conduite sur le droit à l’alimentation. Un tel Code de conduite devrait, à mes yeux, se situer dans le prolongement du Commentaire général N°12 et inciter les Etats à prendre les dispositions nécessaires sur le plan interne pour permettre conformément aux principes du respect des droits de l’homme et de la bonne gouvernance la réalisation du droit à la nourriture et un suivi des progrès réalisés, en associant l’ensemble des parties prenantes. La solidarité internationale doit, bien sûr, appuyer les pays dans cette approche. J’espère que le Groupe de travail intergouvernemental, que convoquera la FAO, pourra réaliser cet objectif.

La Belgique est consciente qu’il est urgent de mettre en œuvre des politiques visant à promouvoir le financement du développement. Au niveau de l’Union européenne, le Conseil européen de Barcelone, faisant suite au Conseil tenu sous la Présidence de la Belgique, a pris en mars dernier l’engagement de faire en sorte que les niveaux de l’aide publique au développement de la Communauté et de ses Etats Membres atteignent un pourcentage moyen de 0,39 pour cent d’ici 2006.

Le gouvernement belge a pris la décision de son côté, d’atteindre un pourcentage de 0,7 pour cent en 2010. Nous avons commencé à mettre en œuvre cette décision. Une part importante de ces ressources est consacrée à l’agriculture et au développement rural. L’importance que la coopération belge attache à ces domaines se reflète surtout dans le Fonds belge de survie, créé comme un instrument spécifique de sécurité alimentaire et dans notre collaboration avec la FAO. Il importe aussi d’encourager les hommes et les femmes de la science et de la recherche, aussi bien dans les pays développés que dans les pays en développement, de s’investir dans les problèmes d’agriculture et de sécurité alimentaire.

Notre coopération a récemment publié une œuvre dont j’espère qu’elle sera utile, aussi bien aux scientifiques qu’aux praticiens : «L’agriculture en Afrique tropicale ». Nous la mettons à disposition gratuitement de tous ceux qui, en Afrique, pourront en faire un usage utile. Nous contribuons aussi au Groupe consultatif de la recherche agricole internationale, et pensons que cette recherche ne devrait pas donner la priorité seule aux organismes génétiquement modifiés, mais tenir compte du cadre environnemental spécifique en valorisant les connaissances acquises localement.

En ce qui concerne les OGM (les organismes génétiquement manipulés) et la biotechnologie en général, nous croyons fermement à la nécessité d’une recherche indépendante des intérêts commerciaux et qui ne nous informe pas seulement sur les aspects techniques de l’utilité à court terme, mais également sur les critères éthiques et socio-économiques, tel le droit des paysans de faire leur propre choix en connaissance de cause. Je rappelle que le Protocole de Carthagène, auquel nous adhérons, se base sur le principe de précaution et de la protection et de l’usage durable de la bio-diversité.

Nous sommes conscients des problèmes que constituent les diverses formes de soutien aux exportations pour les produits en provenance des pays riches et plus particulièrement d’Europe. Il faut viser, c’est la conviction de notre Gouvernement, la suppression à terme des différentes formes de soutien aux exportations qui induisent une distorsion de concurrence. Ces distorsions ont sur les marchés locaux des effets néfastes qui excluent de ceux-ci les petits agriculteurs locaux. L’aide alimentaire, quant à elle, doit être soumise à une stricte discipline de manière à assurer qu’elle n’engendre pas les mêmes effets. C’est pourquoi il importe, si possible, d’acheter des aliments sur le marché local ou régional.

Monsieur le Président, je me félicite que nous ayons réaffirmé solennellement notre volonté politique de tout mettre en œuvre pour atteindre les objectifs que nous nous étions fixés lors du Sommet mondial de l’alimentation. L’expérience nous a montré que cette volonté politique doit être accompagnée d’un processus qui en assure de manière efficace le suivi. C’est dans cet esprit que nous avons accueilli l’idée d’une alliance internationale contre la faim, non pas comme une enceinte supplémentaire, et elle n’affecterait dès lors pas la mission de suivi que le Plan d’Action du Sommet mondial de l’alimentation a confié au Comité de la sécurité alimentaire. Pour nous, l’essentiel est de mobiliser les énergies, d’intégrer toutes les parties prenantes et de renforcer la cohérence de nos actions en évitant les doubles emplois et les structures inutiles. Les mesures destinées à stimuler la croissance de la petite agriculture et à améliorer la sécurité alimentaire au niveau local, devront constituer dans ce cadre des priorités visant à l’élaboration de nouvelles stratégies de lutte contre la pauvreté. Cela doit aboutir à solutionner de manière durable l’adaptation des agricultures nationales et à promouvoir des plans de gestion des ressources naturelles en concertation avec les partenaires directs.

Je vous remercie, Monsieur le Président.

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