From the podium

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Son Excellence Pierre Ndikumagenge (Ministre de l'agriculture et de l'élevage de la République du Burundi)

Excellence Monsieur le Président, Excellences Mesdames, Messieurs les Chefs d'Etat et de Gouvernement, Mesdames, Messieurs les Ministres, Distingués Délégués, Mesdames, Messieurs,

Au nom du Gouvernement du Burundi et à mon nom propre, nous voudrions saisir l'occasion qui nous est offerte de nous adresser à cette auguste assemblée pour d'abord réitérer au Directeur général de la FAO, nos vives remerciements pour avoir organisé le présent Sommet mondial de l'alimentation: cinq ans après celui qui s'est tenu dans les mêmes enceintes du 13 au 17 novembre 1996.

Ma délégation et moi-même saisissons cette même occasion pour exprimer au Gouvernement italien toute notre gratitude pour l'accueil et la délicate attention dont nous avons fait l'objet depuis notre arrivée à Rome.

Nous voudrions joindre notre voix à celle de ceux qui nous ont précédé sur cette tribune pour réitérer nos vives félicitations pour votre élection à la présidence de ce Sommet.

La participation du Burundi à ce Sommet intervient au moment où notre pays, de près de 7 millions d'âmes, un des plus densément peuplés d'Afrique, connaît une situation alimentaire et nutritionnelle préoccupante. Jadis un parmi les rares pays d'Afrique subsaharienne autosuffisant à plus de 95 pour cent sur le plan alimentaire, le Burundi figure depuis 1993 sur les pages humanitaires les plus sombres de la planète.

S'il est établi que les raisons de cette dégradation sont aujourd'hui d'ordre essentiellement politique, les entraves géographiques, climatiques et économiques à la sécurité alimentaire ne devraient pas être éludées. C'est pour cela que notre discours sur le cas atypique du Burundi, mérite une attention particulière. Il s'agit d'un moratoire en faveur d'un peuple agricole, ardu au travail, mais dont les espoirs de survie dans un contexte d'extrême pression démographique sont compromis par neuf ans de guerre, les conséquences d'un blocus économique illégal de juillet 1996 à février 1999 et un enclavement naturel que le Burundi n'a pas cherché.

La dégradation de la production alimentaire s'est accompagnée d'un appauvrissement de plus en plus important des populations dont le revenu intérieur moyen est aujourd'hui inférieur à 200 $ E.-U. par habitant et par an.

Cinq ans après le Sommet mondial de l'alimentation, notre pays connaît une situation alimentaire caractérisée par une production vivrière en constante régression consécutivement aux aléas climatiques. Il en est de même pour les productions animales, mais repeuplement du cheptel animal est en progression relative dans les endroits où la sécurité s'améliore. La part des importations commerciales a régressé suite au manque de devises tandis que l'aide alimentaire a gardé un niveau relativement important. La situation nutritionnelle qui s'était dégradée depuis le début de la crise a été caractérisée par un taux de malnutrition assez préoccupant, mais nous observons une nette amélioration depuis 2001. En définitive, durant la période qui a suivi le Sommet mondial de l'alimentation de 1996, la situation alimentaire et nutritionnelle de mon pays accuse encore des insuffisances remarquables tant au niveau qualitatif que quantitatif.

S'il est établi que les paramètres géographiques et économiques constituent les contraintes naturelles et structurelles souvent avancées, il apparaît aujourd'hui que la guerre fratricide et la cohorte de malheurs qu'elle entraîne, l'emportent en tant que facteurs explicatifs de la crise alimentaire au Burundi. Les tensions et les guerres qui prévalent dans la région des Grands-Lacs africains constituent également des contraintes majeures à l'amélioration de la situation alimentaire et nutritionnelle des ménages burundais.

Afin de créer un environnement favorable à la sortie de crise, le Gouvernement de mon pays s'est engagé dans un processus de résolution du conflit qui l'oppose à la rébellion armée depuis neuf ans. En effet, après la signature de l'Accord d'Arusha pour la paix et la réconciliation nationale en août 2000, les institutions de transition, à savoir: le Président de la République, le Vice-Président, le Gouvernement, l'Assemblée nationale et le Sénat ont été mises en place et sont fonctionnelles depuis le premier novembre 2001. Un programme cadre intermédiaire de croissance et de lutte contre la pauvreté a été déjà élaboré et adopté. Un plan de reconstruction a été également élaboré, il est en cours de finalisation.

Malheureusement, malgré la signature de l'Accord d'Arusha, la guerre civile continue à déchirer le pays avec son cortège de catastrophes humanitaires, hypothéquant ainsi la sécurité alimentaire et nutritionnelle des ménages du Burundi.

Cependant, la signature de l'Accord d'Arusha, a redonné de l'espoir à toute la nation et spécialement à la population en exil. En effet, le mouvement de rapatriement volontaire s'est déjà amorcé et continue à s'intensifier ces derniers jours avec le concours de la Communauté internationale. Avec le concours et l'appui des Chefs d'Etat de la sous-région et du médiateur, Son Excellence Nelson Madiba Mandela, des négociations avec la rébellion sont en cours et nous sommes en droit d'espérer leur aboutissement rapide.

Nous nous en voudrions de terminer cette brève allocution sans remercier de tout cœur le médiateur du conflit burundais, Son Excellence Nelson Madiba Mandela, tous les pays de la sous-région et la Communauté internationale qui contribuent à la recherche de solutions pacifiques à la crise qui secoue notre pays depuis plus de huit ans. Le Burundi reste disposé à accueillir toute contribution positive allant dans le sens de la restauration de la paix aussi bien dans le pays que dans la sous-région.

Dans notre situation de guerre qui dure depuis neuf ans, nous ne pourrions passer sous silence toutes les organisations internationales, la FAO en tête et les pays amis, pour avoir contribué à alléger la misère des populations frappées par la guerre. Nous remercierons particulièrement le Directeur général de la FAO, Jacques Diouf, pour l'attention qu'il a toujours portée à l'endroit de notre pays.

A l'heure qu'il est, comme nous l'avons dit plus haut, nous nous attelons à améliorer la situation alimentaire et nutritionnelle de la population. Certes, les pays amis ont promis beaucoup, mais très peu ont déjà déboursé les fonds promis. Nous profitons de cette occasion du haut de cette tribune, pour leur demander d'honorer leurs engagements pris à Genève et à Paris pour appuyer les efforts de son peuple qui malgré les neuf ans de guerre est déterminé à s'en sortir et reconstruire un Burundi réconcilié avec lui-même et où régneront désormais l'harmonie, la fraternité, l'équité et la solidarité, piliers essentiels pour enfin retrouver la prospérité, la dignité et la sécurité alimentaire. A toutes les organisations du système des Nations Unies, les pays amis qui ne nous ont pas abandonnés à notre triste sort et au nom de ces millions de burundais dont, non seulement nous avons la charge mais aussi nous sommes issus, nous disons grand merci.

C'est sur ces mots d'espoir que je termine mon allocution, Monsieur le Président, et tout en vous remerciant de l'effort fait pour prononcer mon nom si difficile.

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