From the podium

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Son Excellence Salif Diallo (Ministre de l'agriculture du Burkina Faso)

La tenue a Rome du Sommet mondial de l'alimentation cinq ans après en ce mois de juin 2002, me donne l'occasion d'adresser les félicitations et les encouragements de ma délégation ainsi que tous nos vœux de succès au Directeur général de la FAO, Monsieur Jacques Diouf, qui conduit avec tant de compétence l'organisation à un moment aussi particulier et difficile des relations internationales.

Ces félicitations et ces encouragements sont surtout liés aux efforts inlassables que lui-même et ses collaborateurs n'ont cessé de déployer pour rendre effective la tenue de ce Sommet, reporté de novembre 2001 à cette date, suite aux événements douloureux survenus aux Etats-Unis d'Amérique le 11 septembre 2001, et par voie de conséquence, au contexte international général.

Nous devons nous souvenir que la Conférence mondiale de l'alimentation, tenue en 1974, avait proclamé solennellement que "chaque homme, femme et enfant a le droit inaliénable d'être libéré de la faim et de la malnutrition, afin de développer pleinement ses facultés physiques et mentales". Cette conférence avait également pris l'engagement d'éliminer "en une décennie" la faim, l'insécurité alimentaire et la malnutrition dans le monde.

Vingt ans plus tard, en 1994, une évaluation de la situation alimentaire mondiale conclut sur un constat douloureux: non seulement l'objectif d'éliminer la faim n'était pas atteint, mais la situation s'était dégradée avec 800 millions de personnes souffrant de sous-alimentation chronique dans les pays en développement, dont 200 millions d'enfants de moins de 5 ans atteints de carences protéino-énergétiques aiguës ou chroniques.

C'est ce constat qui a conduit à l'organisation à Rome du Sommet mondial de l'alimentation en 1996.

Plus de cinq ans après, nous voici à nouveau réunis pour évaluer les résultats de nos engagements pris en 1996. La résolution que nous avons adoptée il y a deux jours, est en elle-même un consensus prometteur quant à notre détermination à tous d'accélérer les progrès pour vaincre la faim et la malnutrition dans le monde.

Nos états avaient pris l'engagement à travers la "Déclaration de Rome sur la sécurité alimentaire mondiale" et le "Plan d'action du Sommet mondial de l'alimentation", de réduire de moitié d'ici 2015, le nombre de personnes vivant dans l'insécurité alimentaire, la faim et la malnutrition.

Nous nous étions également engagés à "suivre par l'intermédiaire du Comité de sécurité mondial (CSA) l'application du Plan d'action du Sommet mondial de l'alimentation".

L'Afrique est la seule région du monde en développement où la production vivrière par habitant a diminué au cours des 40 dernières années; l'Afrique est donc le continent du monde le plus affecté par la sous-alimentation, avec de nombreux pays classés dans la catégorie des pays à faible revenu et à déficit vivrier.

C'est pour sortir de cette situation peu enviable que les dirigeants africains ont initié le Nouveau Partenariat pour le développement de l'Afrique (NEPAD) pour une renaissance du continent, fondée d'abord sur la volonté de ses filles et de ses fils.

De même, le marché commun africain des produits agricoles vise à une meilleure intégration des marchés et des circuits commerciaux au bénéfice premier des populations africaines.

Mon pays, le Burkina Faso, à l'instar des pays africains à faible revenu et à déficit vivrier, nourrit l'espoir que la conjugaison des intelligences et des moyens financiers peut contribuer sans conteste à l'inversion de cette tendance.

C'est pourquoi, depuis le Sommet mondial de 1996, le Burkina s'est attaché à mettre en œuvre les recommandations du Sommet mondial et de l'alimentation et de son plan d'action, à l'adresse de la communauté internationale, et les mesures à prendre sur le plan national.

Pour ce qui concerne la recommandation relative à l'élaboration et la mise en place d'une stratégie en matière de sécurité alimentaire, elle a été suivie d'effet. Avec l'appui du PNUD et de la FAO, mon pays a élaboré une stratégie nationale de sécurité alimentaire, dont la phase opérationnelle a été adoptée en octobre 2001.

Les recommandations relatives à la revue de la dette ont connu une suite à travers l'initiative en faveur des pays pauvres très endettés (PPTE) à laquelle le Burkina est éligible. Cette initiative constitue une mesure de mobilisation des ressources en faveur du développement, donc du renforcement de la sécurité alimentaire. C'est dans ce cadre que mon pays a élaboré et adopté un Cadre stratégique de lutte contre la pauvreté (CSLP) et satisfait ainsi aux conditions d'accès aux ressources de l'initiative PPTE.

Au plan national et dans la suite logique de la politique de développement humain durable et du cadre stratégique de lutte contre la pauvreté, le Burkina a défini la politique et les stratégies de développement du secteur à travers des documents de politiques et de stratégies.

Les actions que mon pays compte mettre désormais en œuvre à court et à moyen termes pour réussir le pari de la sécurité alimentaire sont multiples et multiformes.

Entre autres actions, il s'agira pour nous:

- de mettre en place le nouveau système de coordination et de suivi-évaluation de la stratégie nationale de sécurité alimentaire;
- de prendre en compte les aspects structurels et conjoncturels de la stratégie de sécurité alimentaire dans le cadre stratégique de lutte contre la pauvreté;
- d'accélérer l'élaboration d'un programme de développement de pistes rurales;
- de rencentrer la réflexion sur le niveau et le mode de gestion du stock national de sécurité alimentaire, en vue d'une réelle appropriation du stock par notre Etat;
- et d'étudier enfin les mesures les plus appropriées pour permettre aux femmes d'accéder à la terre et aux crédits octroyés par les systèmes financiers décentralisés. En effet, l'accès des femmes à la terre et aux crédits de proximité constitue l'une des conditions préalables à satisfaire pour l'atteinte de la sécurité alimentaire en milieu rural.

Pour ce qui concerne la maîtrise de l'eau et de la production agricole en saison sèche, le Burkina Faso a entrepris des actions novatrices très prometteuses pour peu qu'il puisse bénéficier de l'appui financier des partenaires au développement pour la diffusion à grande échelle de cette expérience.

Depuis des décennies, plus de 80% de la population pratiquent une agriculture de subsistance, ne travaillant que pendant quatre à cinq mois dans l'année.

Et pour gagner le pari de la sécurité alimentaire, nous sous sommes donc engagés à produire suffisamment pour satisfaire les besoins de consommation des populations et à dégager un surplus commercialisable dont une partie alimentera le secteur de l'agro-industrie.

Cependant, il existe au Burkina Faso 9.000.000 hectares de terres cultivables et un potentiel en terres irrigables de plus de 160 000 hectares. Il existe plusieurs milliers d'hectares de bas-fonds aménageables dont l'inventaire est en cours.

Malgré tout ce potentiel, les superficies aménagées en maîtrise totale de l'eau sont estimées à 16 400 hectares et celles en maîtrise partielle à 6.200 hectares.

l nous faut donc inverser cette situation qui confine l'agriculture burkinabé à des activités de production pluviale à plus de 75%, et c'est là que réside le grand défi que nous avons décidé tous de relever, techniciens, producteurs et décideurs politiques.

Pour ce faire, le Burkina Faso développe actuellement plusieurs actions à travers:

- le Programme spécial de sécurité alimentaire (PSSA) pour le développement de techniques simples d'aménagements et d'irrigation;
- le Programme de petite irrigation villageoise (PPIV) est mis en œuvre par le Gouvernement pour exploiter le potentiel existant par des aménagements, des moyens de mobilisation d'exhaure et de transport de l'eau à faible coût pour produire des céréales en saison sèche.

Les actions conduites actuellement dans ce cadre sont des actions pilotes, ayant pour objectif de mettre en exergue l'irrigation comme moyen d'augmentation de la production agricole et d'éradication de la faim.

Si l'augmentation de la production est un impératif, ceci ne saurait se réaliser que si le marché national et sous-régional devient un stimulant pour les producteurs. En d'autres termes, la problématique de la commercialisation des produits agricoles constitue un goulet d'étranglement pour l'agriculture africaine. C'est pourquoi du haut de cette tribune, je voudrais dénoncer, avec véhémence les barrières tarifaires et autres subventions contraires aux règles de l'OMC qui empêchent le développement du secteur agricole africain.

Tout en souhaitant plein succès a nos travaux, le Burkina Faso garde l'espoir que les résultats du présent Sommet aboutiront à des solutions prometteuses pour l'éradication de la faim et de la malnutrition à l'horizon 2015.

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