From the podium

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Son Excellence Salomon Namkosserena (Ministre chargé de la promotion du monde rural de la République Centrafricaine)

Je tiens à vous adresser donc nos sincères félicitations au nom de la Délégation qui m'a accompagné. Je voudrais avant tout présenter les excuses du Président de la République centrafricaine, Son Excellence Ange-Félix Patassé, Chef de l'Etat, qui aurait bien voulu être là personnellement à ce Sommet mais, pour des obligations de dernière minute, il m'a chargé de venir livrer le message que je voudrais vous lire. C'est vraiment un honneur qu'il m'a fait de me charger de cette lourde mission.

Il y a un peu plus de cinq ans, nous avons eu l'honneur de prendre la parole devant cette auguste assemblée, au nom de la République centrafricaine, dans le cadre du Sommet Mondial de l'Alimentation de 1996. A l'instar des Chefs de délégation présents à l'époque, nous avons pris l'engagement de poser les bases nécessaires à la réalisation de la sécurité alimentaire durable dans notre pays.

Il convient cependant de rappeler qu'avant notre accession à la Magistrature suprême de l'Etat, en octobre 1993, à l'issue d'une élection libre, transparente et démocratique, la plupart des indicateurs liés à la sécurité alimentaire étaient au rouge ; nous citerons, entre autres: (a) la sous-alimentation chronique supérieure à 50 pour cent; (b) la disponibilité énergétique et protéique alimentaire par habitant inférieure à 1 900 calories; (c) l'accroissement annuel moyen de la production alimentaire presque nul.

Ce tableau sombre est un non-sens pour un pays comme la République centrafricaine qui dispose d'immenses atouts, notamment sur le plan agricole au sens large. Ce triste constat que nous avons malheureusement hérité, découle d'un ensemble de facteurs à la fois exogène et endogène au premier rang desquels l'absence de démocratie véritable qui caractérise les régimes qui se sont succédés. C'est fort de cela que nous sommes engagés dans la lutte de libération nationale. Oui, seul une démocratie véritable libère les énergies, crée les conditions propices à l'émancipation des peuples.

Notre foi en la démocratie et aux valeurs qu'elle incarne ont été alimentées par notre détermination dans la lutte de libération nationale. Le Peuple centrafricain, qui a compris le sens de notre combat, nous a fait confiance en nous portant à la Magistrature suprême de l'Etat après deux mandats successifs, d'abord en octobre 1993, puis en octobre 1999 et ceci à travers des élections libre et démocratiques.

Cependant, les ennemis de la République centrafricaine, résolus à mettre fin à la marche du pays vers le progrès, ont mis à rude épreuve les efforts de reconstruction nationale par des coups d'Etat à répétition (trois coups d'Etat manqués, déguisés sous forme de mutinerie en 1996/97 et quatre coups d'Etat francs en 2001).

La République centrafricaine vaste de 623 000 km2, regorge d'immenses potentialités naturelles et surtout agricoles car on y compte 15 millions d'hectares de terres agricoles exploitables, 3,8 millions d'hectares de forêts denses et 3,5 millions de têtes de bétail. Son réseau hydrographique dense, outre les possibilités d'aménagement hydro-agricole qu'elle offre, constitue un autre atout pour le développement des ressources halieutiques. Sa faible densité de population (5 habitants/km2 en moyenne) conjugue à d'énormes potentialités agro-sylvo-pastorales, n'autorisent pas de faibles performances sur le plan de la sécurité alimentaire. Hélas le constat est là. Il s'agit bien d'une situation paradoxale créée de toute pièce, que nous nous sommes résolus à endiguer n'eut été le manque de stabilité politique entretenue par les ennemis de la République.

C'est ici l'occasion de réitérer nos sincères remerciements à la Communauté internationale pour s'être mobilisée aux côtés de la République centrafricaine déchirée par des troubles militaro-politiques. En effet, les contingents de la mission de suivi des Accords de Bangui (MISAB) et ceux de la mission des Nations Unies en République centrafricaine (MINURCA) ont contribué efficacement à renforcer la stabilité politique après les mutineries à répétition de 1996 /97.

C'est dans ce contexte d'instabilité politique et de troubles graves que nous avons évolué dans le cadre de la mise en oeuvre des sept engagements résultant de la Déclaration de Rome en 1996. Nonobstant les obstacles artificiels ci-dessus décris, nous avons accompli des progrès à la dimension de l'environnement socio-politique interne, d'une part et de l'environnement économique international, d'autre part.

Le Gouvernement de la République centrafricaine a conclu un accord avec l'Organisation des Nations Unies par l'établissement d'un Bureau des Nations Unies en Centrafrique (BONUCA) après le départ de la MINURCA, le 15 février 2000. La mission essentielle du BONUCA est d'appuyer les efforts déployés par le Gouvernement centrafricain pour consolider la paix et la réconciliation nationale, d'aider au renforcement des institutions démocratiques et faciliter la mobilisation sur le plan international, du soutien politique et des ressources nécessaires pour la reconstruction et le redressement économique.

Sur le plan sécuritaire, des mesures ont été prise pour ramasser les armes de guerres dans le pays suite aux conflits dans les pays voisins et les conséquences des dernières mutinerie et coups d'Etat à Bangui et réprimer le grand banditisme. En outre, des mesures d'apaisement sont prises à l'endroit des déplacés suite aux coups d'Etat du 28 mai et de novembre 2001. La plupart d'entre-eux sont déjà de retour dans le pays.

En plus des documents sectoriels de politique et de stratégies, le Gouvernement a élaboré un document national de politique sur la pauvreté. L'élaboration et l'adoption du Plan national de lutte contre la pauvreté (PNLCP) en décembre 1994, a permis au pays de disposer d'un plan stratégique couvrant la période 1999 à 2015. Ce plan sera suivi par l'adoption d'une loi d'orientation, l'organisation d'une table ronde des bailleurs de fonds, sa mise en oeuvre et son suivi-évaluation.

Toutefois, le Gouvernement s'engage à revoir la pertinence des orientations stratégiques du PNLCP pour aboutir à un cadre cohérent de stratégies de lutte contre la pauvreté (CSLP) qui servira de base future de discussion des programmes de coopération avec les partenaires.

Le Gouvernement avait conclu en mi 1998, avec les institutions de Bretton Woods (FMI/Banque mondiale), un accord sur le programme à moyen terme (1998-2000) appuyé par une facilité d'ajustement structurel renforcée (FASR) sur la base d'un document cadre de politique économique. Cette stratégie à moyen terme du Gouvernement visait à mettre en place un cadre institutionnel et réglementaire transparent allant dans le sens d'une amélioration de la gouvernance afin d'accélérer le retour à la confiance de la population et des investisseurs nationaux et étrangers et d'encourager l'investissement direct par le secteur privé. En décembre 2000, le Gouvernement a signé un nouvel accord avec les institutions de Bretton Woods (FMI/Banque mondiale).

Conscient du fait que l'amélioration durable du secteur agricole dépend d'un plan cohérent de développement doté d'un financement conséquent, le Gouvernement s'est attelé à mettre en place un schéma Directeur agricole. Le développement du secteur agricole dans les années 1990 a fonctionné selon les dispositions de la Consultation sectorielle de juin 1989 et grâce au soutien des bailleurs de fonds dont le plus important est le projet d'appui aux institutions agricoles (PAIA) financé par la Banque mondiale. Depuis, il s'est avéré nécessaire d'élaborer un cadre de référence du secteur agricole grâce au soutien financier de la Banque africaine de développement (BAD) et du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD); la République centrafricaine a élaboré en 1999 le Plan directeur agricole (PDA) et le Plan national de lutte contre la pauvreté (PNLCP). L'harmonisation de ces deux documents-cadre est en cours de processus et le document stratégique a été adopté par le Gouvernement en l'an 2000.

Les orientations formulées dans le PDA (2000/2007), dans les domaines des cultures vivrières, de l'élevage et des sous-secteurs eaux, chasse et pêche, portent sur la mise en place d'un environnement institutionnel et économique efficace et de programmes/projets d'appui régionaux ou sectoriels dont la mise en oeuvre devrait permettre à la République centrafricaine de couvrir ses besoins alimentaires. Cependant, le Gouvernement a jugé indispensable de renforcer le PDA par des études complémentaires notamment: (a) la création d'un fonds de développement agricole; (b) la mise en place d'un système de crédit agricole; et (c) le plan stratégique de la recherche agricole.

Ces compléments d'étude ont été financés grâce à l'appui financier de la FAO. Un Atelier de validation de cadre d'orientation stratégique et des Plans d'action venait d'être organisé en février 202. La mise en cohérence du cadre stratégique de lutte contre la pauvreté et le Plan directeur agricole, aurait déjà été achevée, n'eut été l'absence de ressources nécessaires.

Il ne reste alors que cette dernière phase pour passer à l'étape ultime, à savoir, l'organisation d'une table ronde sectorielle des bailleurs de fonds en vue de la mise en oeuvre des projets contenus dans le Plan d'action.

D'ores et déjà nous lançons un pressant appel aux amis de la République centrafricaine, donateurs bilatéraux et multilatéraux, pour qu'une assistance notable soit accordée à notre pays dans le cadre du Plan directeur agricole, car il y va de la réduction de la pauvreté eu égard à l'importance du secteur agricole dans l'économie nationale.

C'est ici l'occasion d'adresser nos vifs remerciements aux agences des systèmes des Nations Unies qui, depuis août 2000, ont lancé un Programme inter-agences de lutte contre la pauvreté dans une zone commune. Ce Programme pilote vient en appui au PNLCP et est exécuté dans trois préfectures de la République centrafricaine (Nana-Mambere, Ombella-M'Poko, Ouham). De même, nous saluons l'appui sans faille de la FAO sous l'impulsion de son Directeur général, Jacques Diouf, qui, outre les multiples actions menées en faveur de notre pays dans le domaine agricole, a lancé le Programme spécial de sécurité alimentaire (PSSA). Aujourd'hui, ce Programme compte à son actif deux projets TCP (maîtrise de l'eau à faible coût, production et diffusion de semences saines de manioc) et plusieurs projets Telefood.

Le Programme de coopération Sud/Sud, conclu avec le Royaume du Maroc, entrera en vigueur dans un bref délai.

Le Gouvernement a libéralisé le commerce des produits vivriers ainsi que la filière café quand même les prix indicatifs sont diffusés au début de chaque campagne. Aussi, le Gouvernement est-il en concertation avec les Etats Membres de la CEMAC pour prendre des mesures concernant la libre circulation des biens et des personnes.

Le Gouvernement collabore avec le PNUD, le HCR, le PAM et les autres agences du système des Nations Unies et la coopération bilatérale pour mieux gérer les catastrophes naturelles et les crises provoquées par l'homme. Un séminaire sur la gestion des catastrophes a été organisé à Bangui à l'attention des autorités et des agences du système des Nations Unies avec l'appui financier et technique du PNUD.

Dans le cadre de la coopération bilatérale, le Gouvernement bénéficie déjà de l'appui du Japon à travers le KR II pour le financement des infrastructures sociales et l'agriculture. Par ailleurs, un appui financier de la FAO permet d'apporter une assistance aux réfugiés congolais de la République démocratique du Congo et les populations déplacées consécutives au coup d'Etat manqué du 28 mai 2001.

Le PDA est cohérent avec le PSSA et cadre parfaitement avec les objectifs du Sommet mondial de l'alimentation. Le Gouvernement est à la recherche d'une assistance des donateurs bilatéraux et multilatéraux pour l'organisation d'une table ronde sur le PDA.

Notre engagement aux côtés de la Communauté internationale mobilisée pour la cause des populations pauvres et affamées est sans conteste en particulier pour le Peuple centrafricain. Notre combat pour éliminer la faim et réduire la pauvreté, s'inscrit dans la durée au regard des obstacles qui jalonnent la route du progrès dans notre pays. Quoiqu'il en soit, ni les mutineries, ni les coups d'Etat et autres ne pourront freiner notre élan démocratique. Ces événements qui ont marqué la vie politique dans notre pays sont les manifestations symptomatiques de la pauvreté. Alors, qui aime la République centrafricaine et qui veut l'aider à guérir de ses maux, doit s'attaquer au véritable problème, à savoir le germe de la pauvreté. Oui, la pauvreté est la mère de tous les maux dont souffrent les couches sociales les plus démunies. De ce point de vue, la pauvreté engendre la misère, la haine, l'égoïsme, la violence, l'intolérance, voire le terrorisme. Vous conviendrez avec nous que la pauvreté est un mauvais géniteur car, qui dans cette Assemblée peut se targuer de tolérer de telles progénitures et encore moins les perpétuer?

En effet, l'aide alimentaire d'urgence est nécessaire, elle ne revêt qu'un caractère symptomatique. En revanche, la véritable thérapie est celle qui consiste à prémunir les populations contre la virulence de ce pathogène social qu'est la pauvreté. Pour parvenir à cette fin, l'effort de la Communauté internationale contre la pauvreté doit être sans faille, soutenu, équilibré, juste et équitable, pour faire échec à des poches de survie et partant d'un phénomène cyclique.

Nous ne saurions clore notre propos sans remercier le Gouvernement italien pour l'accueil très chaleureux réservé à notre Délégation. A Monsieur Jacques Diouf, Directeur général de la FAO, nous lui sommes particulièrement reconnaissant pour l'attention particulière qu'il porte à notre pays.

Au Comité d'organisation de ce Sommet nous adressons nos sincères félicitations pour la qualité des services offerts aux participants.

Vive la Communauté internationale!

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