From the podium

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Son Excellence Sultan Chouzour (Ambassadeur de la République fédérale et islamique des Comores en Belgique)

Je vous remercie de me donner l'opportunité de lire le message du Président de l'Union des Comores, le Colonel Azali devant cette auguste assemblée.

"A l'heure où les Comores viennent de tourner une des pages les plus sombres de leur histoire récente, une histoire plutôt perturbée, en ma qualité de premier Président élu de la Nouvelle Union des Comores qui a succédé à la République fédérale islamique des Comores, permettez-moi de vous dire combien j'aurais été heureux et honoré d'être parmi vous à l 'occasion de ce deuxième Sommet Mondial de l'Alimentation, d'autant qu'il se déroule dans cette belle cité de Rome, connue pour sa légendaire et chaleureuse hospitalité.

Je voudrais également saisir cette opportunité pour adresser mes sincères remerciements à tous ceux dont l'engagement et les contributions ont permis l'organisation de cette importante rencontre, et plus particulièrement notre Organisation, la FAO et les Autorités italiennes.

Il faut également être reconnaissant à tous les participants, sans distinction, dont la présence à ce Sommet traduit l'engagement et la volonté de faire face, avec une détermination renouvelée, à ces fléaux que sont la faim et la malnutrition qui, malheureusement, affectent encore durement et profondément des centaines de millions d'individus à travers le monde, et plus particulièrement en Afrique. Mais, reconnaissons-le, ceux qui souffrent de la faim et qui ont le courage de le dire pour chercher les moyens de s'en libérer, forcent encore plus le respect. Car l'on n'ose avouer sa faim qu'au prix d'une violence insoutenable contre soi-même, contre sa dignité, contre son honneur.

Nous sommes là pour rappeler notre refus d'accepter la fatalité et notre détermination à tout faire pour que les objectifs fixés par le précédent Sommet se réalisent, suivant le calendrier arrêté, à savoir réduire de moitié en 2015 le nombre de victimes de la faim estimé à 800 millions d'humains. Cet objectif louable, que l'on pense à atteindre, cache en fait un autre drame que nous ne devons jamais perdre de vue, celui de l'autre moitié à qui l'on reconnaît n'être pas en mesure d'offrir le moindre espoir, du moins dans les dix années à venir.

C'est vous dire que les Comores s'engagent résolument dans la nouvelle alliance mondiale contre la faim, et se préparent à œuvrer dans l'esprit et pour les objectifs des recommandations et résolutions qui sortiront de vos travaux.

C'était déjà le cas après le précédent Sommet mondial de l'alimentation en 1996 qui avait permis aux Comores de réactualiser leur stratégie agricole sur la base du Plan d'action qui avait alors été adopté. Je passe sur les énumérations de ces actions.

Mais les efforts consentis sont loin d'avoir apporté les progrès attendus alors que, par ailleurs, les Comores souffrent de nombreux et lourds handicaps autant structurels que conjoncturels. C'est d'abord une économie très fragile, puisque essentiellement et exclusivement dépendante du secteur agricole, qui fournit plus de 40 pour cent du PIB et la quasi-totalité des recettes d'exportation, tout en occupant près de 70 pour cent de la population active. L'autre handicap, et non des moindres, est constitué par le trop fort taux d'accroissement démographique annuel, de l'ordre de 2,7 pour cent, alors que le PIB n'a progressé en moyenne que de 1,2 pour cent au cours de ces cinq dernières années. Il faut aussi mentionner le sous-développement paradoxal du secteur de la pêche alors que le pays compte 350 km de côtes, avec une zone économique exclusive de 160 000 km.2. Par ailleurs, le pays n'est pas à l'abri de calamités naturelles telles les éruptions volcaniques et les cyclones, heureusement moins fréquents que chez nos voisins. Tout ceci constituant des menaces supplémentaires pour un écosystème et une biodiversité aussi riches que fragiles, mais fortement menacés de destructions par l'inconscience ou les nécessités de survie de certains de mes concitoyens.

Pour clore cette triste énumération, il convient de souligner l'instabilité politique et institutionnelle qui frappe le pays depuis son indépendance en 1975, instabilité liée en partie au fait qu'à ce jour, les Comores n'ont toujours pas encore recouvré leur pleine souveraineté sur l'ensemble de leur territoire national. C'est d'ailleurs dans ce contexte que s'est radicalisé en 1997, un mouvement séparatiste qui a failli remettre en cause l'existence même du pays. La situation politique, économique et sociale était profondément bouleversée par cette crise dont le règlement était devenu une priorité absolue qui reléguait au second plan la lutte pour relever tous les autres défis.

Mais Dieu merci, avec la mobilisation, l'engagement, la persévérance de tout le pays, avec le précieux concours de la communauté internationale, les compromis indispensables ont été trouvés, et la réconciliation est aujourd'hui formellement établie sur des bases politiques et juridiques. Ainsi, à l'issue d'un référendum populaire, le pays s'est doté d'une constitution réellement fédérale qui, conformément aux aspirations de la population, accorde à chaque île la plus large autonomie possible au sein d'une nouvelle union des Comores, seul sujet du droit international.

Je suis heureux d'annoncer que, conformément aux engagements que j'avais pris devant l'opinion nationale et internationale, à l'issue de l'adoption de la Constitution, j'ai démissionné de mes fonctions de Chef de l'Etat et me suis présenté, dans les mêmes conditions que tous les autres candidats, aux élections qui se sont déroulées sous la supervision d'une commission d'observateurs internationaux qui sont les garants du parfait déroulement du scrutin dans des conditions optimales de transparence, objectivité et sincérité. En même temps, et dans les mêmes conditions, chaque île a adopté sa constitution et élu son président. Ainsi, en ce mois de juin 2002, je peux dire que les Comores ont enfin réussi à surmonter la double crise politique et institutionnelle qui les frappait en disposant enfin d'une constitution librement adoptée et d'instances dirigeantes librement élues.

Les souffrances et les drames vécus m'amènent à penser que, dans la lutte contre la pauvreté, la première des priorités demeure la préservation de la paix et de la stabilité. Il en est de même dans la lutte contre la faim qui est une cause en même temps qu'un effet de la pauvreté. C'est pourquoi, je voudrais insister sur ce fait, et inviter cette honorable assistance à en reconnaître le caractère absolu. Partout, où la paix est menacée, quelles qu'en soient les causes. il faut que les communautés nationale et internationale se mobilisent pour trouver une issue heureuse. Les Comores ont fait l'heureuse expérience de cette mobilisation.

C'est donc pour moi un agréable devoir que d'exprimer ici, en mon nom personnel, et au nom du Peuple comorien, les remerciements et la reconnaissance que nous devons aux partenaires qui ont contribué au règlement de la crise. Je cite notamment l'OUA, l'Union européenne, l'Organisation internationale de la francophonie, la Ligue des Etats arabes, la France, Madagascar, l'Afrique du Sud, les Iles Maurice, le PNUD, mais également et surtout l'Union européenne.

Le pays a eu, lui aussi, une contribution à consentir. Pour concrétiser la réconciliation, d'autres moyens sont nécessaires, notamment, pour la mise en place d'institutions issues de l'adoption de la nouvelle constitution. Mais nous continuons à faire confiance à la solidarité internationale qui, je l'espère, ne nous abandonnera pas sur le rivage, après nous avoir sauvés de la noyade.

C'est par cette note d'espoir que je clos mon propos, en souhaitant plein succès à vos travaux.

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