Le Conseil mondial de l'Alimentation a examiné la situation actuelle des ressources alimentaires du monde et les perspectives qui se dessinent pour les quelques années à venir.
Les rapports reçus des Etats Membres et les autres renseignements dont dispose le Conseil font ressortir une certaine amélioration de la situation ainsi que des perspectives pour la prochaine récolte, par rapport à l'état des choses lors de la dernière session du Conseil (novembre 1947). Toutefois, malgré cette légère et toute récente amélioration, il n'y a eu aucun changement fondamental. La situation alimentaire mondiale reste grave.
Outre que les perspectives d'amélioration pour 1948 pourraient s'évanouir totalement si les conditions atmosphériques étaient défavorables au cours des quelques mois à venir, il importe de noter que même si les améliorations prévues se réalisent, la production mondiale restera encore bien inférieure aux besoins pour la campagne prochaine. Dans la plupart des pays dévastés par la guerre, le niveau d'avant-guerre n'a encore été rétabli ni quant à la consommation des produits alimentaires; au contraire de vastes régions du monde n'ont pu maintenir leur niveau de consommation d'il y a un an, déjà insuffisant. D ans beaucoup de pays, l'accroissement de production attendu ne suffirait pas à porter la nutrition à un niveau suffisant pour que le moral, la santé et la capacité de travail des populations puissent éviter d'ètre sérieusement atteints, et les repercussions en seraient particulièrement graves pour les enfants et la jeunesse.
Les améliorations légères attendues pour l'année en cours sont également négligeables au regard des perspectives à long terme. Les prévisions faites pour les quatre ou cinq prochaines années (période pour laquelle certains pays ont formulé des plans de production précis), n'indiquent nullement que le total de la production mondiale dépassera sensiblement la moyenne des années d'avant-guerre. Et même le retour aux conditions d'avant-guerre ne rétablirait pas le niveau moyen de consommation par tête, puisque la population du monde a nettement augmenté; elle s'accroit à la cadence annuelle de vingt à vingt-cinq millions d'individus. Enfin le fait que de nombreuses nations poursuivent une politique visant au plein emploi et à une meilleure répartition intérieure des aliments vient s'ajouter à l'ensemble des causes qui font que le total des denrées nécessaires a l'alimentation du monde sera nettement plus élevé qu'auparavant.
Une grande expansion de la production alimentaire est donc indispensable si l'on veut maintenir la moyenne des ressources alimentaires par tête d'habitant, fut-ce simplement au niveau d'aujourd'hui; et l'amélioration du régime actuel nécessitera une expansion plus rapide encore. Si l'on ne prend des mesures propres à réaliser cette expansion, il est à prévoir que le niveau de la nutrition et l'état de santé des peuples du monde tomberont au-dessous des normes d'avant-guerre. Or, c'est l'insuffisance même de ces normes qui incita les nations à créer la FAO.
Le Conseil est donc convaincu que la situation alimentaire mondiale exige de tous les Etats une action prompte et énergique, et il estime de son devoir d'attirer l'attention des gouvernements sur ces réalités brutales. Comme il lui incombe également de recommander les mesures à entreprendre, il présente dans ce rapport des conclusions qui visent à assurer d'urgence non seulement l'augmentation de la production, mais encore la réduction des pertes de produits alimentaires résultant de méthodes insuffisantes de conservation, ou causées par les insectes, les rongeurs, et les maladies épizootiques et épiphytiques.
On trouvera ci-après des recommandations de détail tant en ce qui concerne la lutte contre les pertes de produits alimentaires qu'au sujet des mesures propres a augmenter immédiatement la production alimentaire. En outre, le Conseil insiste particulièrement pour qu'on procède à un ensemencement maximum en céréales dans les régions où les semailles vont commencer.
Programmes à long terme
De l'avis du Conseil, c'est dans la recherche des moyens grâce auxquels la production alimentaire pourra être accrue que se trouve la clé du problème à long terme créé par la pénurie actuelle et par l'accroissement progressif de la population mondiale.
Dans le passé, l'écart entre l'offre et la demande totales a été le plus souvent comblé grâce à l'extension des superficies cultivées. C'est ainsi par exemple que pendant et immédiatement a près la première guerre mondiale, de vastes territoires nouveaux ont été défrichés dans les pays exporta teurs de produits agricoles. De 1910 à 1930, la superficie des terres cultivées ou améliorées dans les quatre principaux pays agricoles exportateurs. Etats-Unis d'Amérique, Canada, Argentine et Australie, s'est accrue de 44 500.000 hectares. Aucun accroissement semblable ne s'est produit ni pendant ni après la deuxième guerre mondiale. Bien qu'il soit encore possible, dans diverses parties du monde, de mettre de nouvelles terres en culture ces possibilités ne peuvent se réaliser que peu à peu. S'il y a lieu de n'epargner aucun effort pour utiliser a des fins de production toutes les terres disponibles, il semble toutefois probable que, pour combler l'écart entre l'ottre et la demande totales, il faudra surtout recourir à l'augmentation du rendement plutot qu'aux emblavures nouvelles. La première nécessite a son tour, un accroissement considérable des disponibilités en moyens de production, surtout en engrais et en machines agricoles. Elle nécessite également de meilleures variétés et espèces de semences et de bétail, une meilleure conservation du sol, une meilleure alimentation du bétail et généralement de meilleures méthodes d'agriculture.
Le Conseil désire souligner particulièrement combien il importe d'améliorer la production et l'économie des herbages. Les herbages et autres terres à fourrage constituent, pour de vastes régions du monde, les ressources agricoles les plus importantes et les possibilités ne manquent pas d'en accroitre rapidement le rendement et d'adopter des méthodes connues de conservation pour l'hiver. Les perspectives quant aux récoltes de céréales panifiables et de cultures pour l'alimentation du bétail indiquent qu'à l'avenir, les disponibilités mondiales en produits d'origine animale seront, plus que jamais, fonction de l'emploi judicieux des pâturages.
Le Conseil fait observer par ailleurs que pour son approvisionnement en céréales, l'Europe occidentale est de plus en plus tributaire non seulement de l'Amérique du Nord, mais encore de l'hémisphère sud, où l'on pourrait améliorer la production si l'on rassemblait les connaissances et l'expérience acquises et si l'on étudiait conjointement les problèmes communs aux pays intéressés.
C'est devant la Conférence que se présentera l'inéluctable nécessité d'une expansion de la production à longue échéance. Or, au cours de sa dernière session, elle a approuvé une recommandation selon laquelle les Etats Membres devront soumettre un rapport annuel sur leurs plans de production, en vue de dégager de ces plans nationaux un programme coordonné de développement de la production mondiale. Le Conseil a soigneusement étudié la forme sous laquelle ces rapports devront être présentés à la Conférence.
Il a estimé qu'il y aurait lieu d'analyser ces rapports à la lumière des facteurs économiques qui affectent la production et le commerce des produits alimentaires, et compte tenu de l'interdépendance qui existe entre les régions excédentaires et les régions déficitaires. Cette étude indiquera non seulement l'augmentation de production qui résulterait des programmes soumis par les Gouvernements, mais encore les fournitures qu'exigera leur exécution, (machines agricoles, engrais, etc.).
Pour ce qui est de la demande en ces divers moyens de production, le Conseil, dans le présent rapport, a recommandé un certain nombre de mesures au Directeur général. Mais en raison de la gravité présente et futu re de la situation alimentaire mondiale, le Conseil insiste auprès de tous les Etats sur la nécessité de fournir, dans leurs rapports, tous les détails nécessaires tant sur leurs possibilités de production que sur leurs besoins en moyens de production.
Il estime que lors de la conférence annuelle, l'examen d'ensemble des plans nationaux, et l'étude des bilans qui s'en dégageront, permettront de fixer les questions de principes et les problèmes particuliers dont la solution s'impose, et fourniront et même temps aux ministres qui représenteront leur pays à la Conférence l'occasion de prendre de concert les mesures nécessaires.
Celles-ci seront évidemment exécutées par les Gouvernements eux-mêmes. Mais la FAO peut rendre de précieux services en les aidant à appliquer les mesures pratiques indispensables à l'exécution des nouveaux programmes ou au rajustement des anciens plans. C'est là, bien entendu, la tâche fondamentale de l'Organisation.
Le Conseil a soigneusement étudié la forme optima à donner à cette aide, et il est arrivé à la conclusion qu'il est maintenant indispensable que le Directeur général soumette à la Conférence un rapport indiquant les priorités à accorder, selon lui, aux programmes de travail déjà proposés à la FAO. En effet, près de quatre cents résolutions appelant, pour la plupart, des mesures immédiates ont été adoptées au cours des diverses sessions de la Conférence de la FAO.
Dans les limites de ses ressources actuelles, l'Organisation n'est pas à même d'entreprendre toutes les activités qui lui ont été proposées. Le Conseil estime donc qu'il serait sage et commode de choisir un nombre limité de projets offrant des possibilités d'action efficace et immédiate. On éviterait ainsi le gaspillage des ressources de la FAO qui se produirait fatalement si l'on tentait de les étendre à tout le vaste domaine de l'Organisation. Grâce au développement des activités régionales et de la coopération entre la FAO d'une part et les commissions économiques régionales et autres institutions spécialisées de l'ONU d'autre part, l'Organisation pourra, de l'avis du Conseil, s'acquitter efficacement de la tâche qui lui incombe.
Outre cet examen dela situation alimentaire mondiale et des mesures que les Gouvernements devraient prendre d'urgence, le Conseil a étudié plusieurs autres questions importantes de politique générale: activités régionales, coopération avec les autres organisations internationales, siège permanent, et autres questions d'ordre administratif et financier qui toutes sont traitées assez à fond ci-après.