Page précédente Table des matières Page suivante


Expansion des exportations de produits forestiers en provenance des pays en voie de développement

SECRÉTARIAT DE LA FAO

Extraits d'une étude préparée par la Division des forêts et des produits forestiers en coopération avec les commissions économiques régionales des Nations Unies pour la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement.

Des études récemment entreprises par la FAO, en coopération avec les commissions économiques régionales des Nations Unies, il ressort qu'en 1975 les régions en vole de développement auront besoin, chaque année, de 3 milliards de dollars environ de produits forestiers en sus du quantum de 1959-61. Ce chiffre s'entend en sus des importations (qui représentent plus d'un demi-milliard de dollars) qu'elles effectuent actuellement en provenance des pays avancés. Abstraction faite des importantes perspectives d'augmentation des exportations à destination des pays développés, déjà signalées dans les derniers numéros d'Unasylva, l'accroissement continu des besoins des pays en voie de développement offre l'occasion d'une expansion rapide de leurs industries forestières. Si cette expansion est bien dirigée, elle aura pour conséquence l'implantation d'unités de production efficaces qui tireront pleinement parti de l'élargissement des marchés et de la complémentarité des ressources forestières et autres ressources en matière de fibres. Une industrie assise sur un marché intérieur et local solide est bien plus apte à entrer en lice sur le plan du commerce intercontinental qu'une industrie qui n'aurait pas de telles assises pour lui donner l'expérience nécessaire et lui permettre de se développer. Il est impératif que la future planification du développement des forêts et de l'industrie forestière dans les pays en voie de développement tienne pleinement compte des virtualités accrues de débouchés qui apparaissent à l'horizon.

Les possibilités de production sont résumées au tableau 1. Elles reposent sur l'hypothèse que, d'ici 1975, les pays en voie de développement auront implanté une capacité de production qui permette: a) de répondre à leurs propres besoins supplémentaires de toutes les catégories de produits, à l'exception de la pâte et du papier dont ils importeraient environ un quart du supplément nécessaire, produisant eux-mêmes les trois autres quarts de cette quantité, plus quelque 2 millions de mètres cubes de sciages; et b) d'accroître de 1 milliard de dollars par an leurs exportations de produits forestiers élaborés à destination des pays développés.

Pour atteindre cet objectif, il leur faudrait réaliser un investissement total de 5 milliards de dollars. Leurs importations de pâte, de papier et de sciages auraient certes augmenté de 600 millions de dollars, mais la balance totale de leur commerce des produits forestiers se solderait, non plus comme maintenant par une importation nette de 200 millions de dollars, mais par une exportation nette de 200 millions de dollars. Concurremment, ils auraient créé une fondation solide pour une augmentation rapide et progressive des recettes nettes de leurs exportations dans les années suivantes.

LA CONTRIBUTION REQUISE DES PAYS DÉVELOPPÉS

L'étude de la FAO présentée à la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement décrit et analyse la structure du commerce des produits forestiers et fait apparaître certaines possibilités d'accroissement du potentiel de gain grâce aux exportations des pays en vole de développement. Or, il appartient à la fois aux pays importateurs et exportateurs d'intervenir pour traduire ce potentiel dans la réalité. Le présent article appelle l'attention sur diverses mesures que les pays développés et les pays en voie de développement peuvent prendre chacun de leur côté, ou bien conjointement.

Elargissement des débouchés

On ne saurait espérer en un accroissement et une diversification du commerce d'exportation des pays en voie de développement sans que soient élargis tout d'abord les débouchés sur les marchés des pays développés. La structure et le niveau actuels des tarifs douaniers font obstacle à l'expansion et à l'élargissement du courant commercial des produits forestiers qui va des pays en voie de développement vers les pays développés.

La plupart des pays industrialisés ne perçoivent aucun droit de douane à l'importation sur les bois ronds bruts. Cependant certains pays, et notamment le Japon et l'Australie, frappent certaines espèces de droits qui vont de 20 à 27,5 pour cent. La plupart des types de sciages non rabotés n'acquittent d'ordinaire pas de droits. Quand des droits subsistent, ils dépassent rarement 10 pour cent, bien que dans certains cas mineurs soient appliqués des droits qui vont jusqu'à 20, 30, voire 60 pour cent. Jusqu'à une date récente, le Royaume-Uni et la France percevaient des droits de douane (allant de 6 à 20 pour cent) à la fois sur les bois ronds et les sciages en vue d'accorder une préférence, par voie d'exemption, aux produits du Commonwealth ou des anciennes colonies françaises respectivement1

1 Les pays de la CEE étaient en train de modifier leurs tarifs douaniers pour instituer un droit du tarif extérieur commun de 5 à 8 pour cent sur la plupart des bois en grumes, et de 10 ou 13 pour cent sur la plupart des sciages, lorsque certains faits ont conduit à un accord comportant un aménagement plus favorable aux pays en voie de développement. A partir du 1er janvier 1964 les pays de la CEE et le Royaume-Uni ont supprimé les droits sur les bois en grumes et les bois simplement dégrossis à la soie appartenant à 35 espèces tropicales.

TABLEAU 1. - Estimations provisoires de la production annuelle et des additionnelle et des investissements a effectuer jusqu'en 1975 dans les industries forestières des pays en voie de développement

Produits

Augmentation annuelle de la demande intérieure des pays en voie de développement

Production annuelle additionnelle des pays en voie de développement

Importations additionnelles en provenance des pays développés (par an)

Total des investissements additionnels qu'il y aura lieu d'effectuer entre 1960 et 1975

Total

A Pour la consommation intérieure

B Pour l'exportation vers les pays développés

Volumea

Valeur aux prix des importations

Volumea

Volumea

Valeur

Volumea

Valeur

A Pour les besoins intérieurs

B Pour l'exportation vers les pays développés

Millions de dollars

Millions de dollars

Millions de dollars

Millions de dollars

Bois ronds

b

b

b

10,0

220

-

-

a

50

50

Sciages

18,6

840

16,7

4,0

225

2,2

100

240

60

300

Placages et contre plaqués

1,3

210

1,3

3,5

500

-

-

150

400

550

Pâte de bois

c

c

c

0,60

80

0,6

100

c

270

270

Papier et carton

8,2

1850

6,4

0,18

25

1,8

400

3600

110

3710

Panneaux de fibres et panneaux de particules

1,2

150

1,2

-

-

-

-

140

-

140

TOTAL


3060



1050


600

4130

890

5020

a) Les unités de volume sont les suivantes: i) pour les bois ronds: millions de m3 ®; ii) pour les sciages, millions de m3 (s); iii) pour les placages et contre-plaqués, millions de m3 (s); iv) pour la pâte de bois, million de tonnes métriques; v) pour le papier et le carton, millions de tonnes métriques; vi) pour les panneaux de fibres ou de particules, millions de tonnes métriques

b) Chiffres comptés dans ceux des sciages placages et contre-plaqués, et panneaux.

c) Chiffres comptés dans ceux du papier, du carton, et des panneaux de fibres et de particules. Les investissements d'infrastructure afférents au transport des grumes (ou aux frais de cabotage) ne sont pas compris dans les estimations.

Les droits auxquels sont assujettis les placages et contre-plaqués sont suffisamment élevés pour influencer de façon marquée la possibilité de créer des usines de fabrication de ces produits en dehors des pays importateurs. Rares sont les pays développés où les droits sur les placages sont très bas ou inexistants. Dans la plupart des cas, ces droits sont compris entre 10 et 20 pour cent, mais parfois ils sont plus élevés, comme au Canada et en Australie, où ils arrivent jusqu'à 25 et 37,5 pour cent respectivement. Les droits sur les contre-plaqués s'établissent d'ordinaire entre 10 et 20 pour cent, mais plusieurs pays perçoivent des droits plus élevés, et l'un d'entre eux applique même un droit de 57,5 pour cent. Les droits sur les panneaux de fibres et de particules s'établissent d'ordinaire entre 10 et 20 pour cent, mais ils vont jusqu'à 70 pour cent en Nouvelle-Zélande.

La pâte de bois et le papier journal sont généralement exempts de droits, ou n'acquittent que des droits peu élevés. Par contre, les droits sur les autres papiers se situent généralement entre 10 et 20 pour cent. Les droits sur certains types de papier partiellement manufacturés sont beaucoup plus élevés, et les taux ad valorem de 40 à 60 pour cent ne sont pas rares dans cette catégorie.

Il se peut que l'effet de cette structure tarifaire sur le développement des usines d'élaboration dans les pays en voie de développement, ainsi que sur l'expansion et la stabilisation des recettes d'exportations de ces pays, soit trop marqué.

L'exonération des droits sur les produits tropicaux, compris les produits forestiers des régions tropicales, a été incluse à titre d'objectif à court terme dans le Programme d'action que le GATT a entrepris dans le cadre de son programme visant à l'expansion du commerce international2. L'élimination des droits sur les produits de la forêt tropicale a fait certains progrès. Toutefois, de nombreux droits frappent encore une vaste gamme de produits forestiers élaborés et limitent l'accès de ces produits sur les marchés des pays industrialisés. Il est évident que les mesures susceptibles de faciliter l'accès des produits élaborés aux marchés sont réputées préjudiciables aux intérêts à court terme de telle ou telle industrie ou de tels ou tels groupements commerciaux dans les pays développés. Mais, si l'on considère l'intérêt à long terme qu'ont tous les pays développés à importer plus de produits élaborés en provenance des pays en voie de développement, il est peu probable que ces intérêts fractionnels prennent le pas sur les autres.

2 Voir GATT, Instruments de base et documents divers, 1959, Paris.

On peut relever deux autres aspects de la question tarifaire. D'une part, la suppression des obstacles tarifaires tend, dans une large mesure, à profiter à d'autres pays industrialisés qui sont en mesure d'accroître rapidement leur production de produits forestiers. D'autre part, les plus gros déficits effectifs ou virtuels se présentent en Europe et au Japon, et il est également des motifs de penser que l'offre de feuillus tropicaux s'accroîtra peut-être sur le marché d'Amérique du Nord et sur les marchés des pays à planification économique centralisée. Il faudra prendre des mesures spéciales pour que les exportations des pays en voie de développement s'accroissent de manière à tirer profit des marchés ouverts grâce à la suppression des obstacles tarifaires.

Ces mesures prendront éventuellement la forme d'un abaissement sélectif des obstacles tarifaires, de manière à assurer un marché plus large aux régions en voie de développement. Il se peut, toutefois, que ce traitement préférentiel accordé aux régions en voie de développement ne suffise pas pour donner aux pays de ces régions une place sur ce marché sans qu'il soit besoin de prendre d'autres mesures complémentaires.

On comprendra mieux, en considérant diverses catégories de produits forestiers, quelle est la gamme des dispositions que les pays développés qui sont importateurs pourraient prendre, abstraction faite des abaissements de droits, afin de promouvoir l'accroissement du volume de leurs échanges avec les pays en voie de développement et la modification de structure de ces échanges. Il est évident que les mesures appropriées dans le cas des bois tropicaux et de leurs dérivés (dont les pays en vole de développement sont les fournisseurs exclusifs) doivent être différentes de celles qui conviennent dans le cas de la pâte, du papier et des sciages résineux. De même, il y a lieu d'établir une distinction entre l'accroissement de volume des échanges de produits bruts ou semi-transformés, et celui des échanges de produits transformés ou manufacturés. Cela, évidemment, n'importe pas seulement sur la valeur unitaire des produits commercialisés; l'opération a également une incidence sur la stabilité des échanges, sur la valeur ajoutée et sur la contribution du commerce à l'industrialisation et à la diversification de l'économie des pays exportateurs.

Les feuillus tropicaux et leurs dérivés

L'accroissement des courants d'échange des feuillus tropicaux est non seulement réalisable moyennant une augmentation du volume actuel du commerce, mais aussi par une diversification de la structure de la production et des marchés. L'énorme majorité des échanges de bois tropicaux est constituée par des exportations de produits originaires de l'Afrique occidentale ou de l'Asie du Sud-Est: mais d'autres pays de ces régions, ainsi que d'Amérique centrale et d'Amérique du Sud, possèdent des réserves qui pourraient être mises en oeuvre.

Dans ce domaine, le problème consiste non pas simplement à élargir les débouchés pour ces produits, mais aussi - chose plus importante - à accroître la proportion des produits transformés dans le courant d'exportation qui prend sa source dans les pays en voie de développement. Ces pays éprouvent des difficultés spéciales à mettre en place une nouvelle chaîne complète d'opérations intégrées, étant donné que par le passé ce sont principalement les capitaux issus du marché de ces produits qui ont réalisé cette intégration verticale en s'appuyant sur des marchés assurés. Il est plus facile pour les investisseurs de «remonter» pour ainsi dire à leurs sources d'approvisionnement, que pour les fournisseurs de développer une production dans l'espoir de conquérir de nouveaux marchés. Par conséquent, la formule la plus applicable, consisterait peut-être à inciter les fabricants, distributeurs et utilisateurs des produits transformés du bois, comme par exemple les grossistes, ou les fabricants de contre-plaqués ou de mobilier, à étendre leurs opérations dans les pays qui produisent ou sont capables de produire des feuillus tropicaux, en y finançant des industries d'élaboration du bois et les travaux connexes d'exploitation forestière.

Les pays à planification économique centralisée sont, grâce à leurs organisations commerciales d'Etat, en mesure d'aider les pays en voie de développement à intensifier leur exploitation forestière et à créer des moyens de transformation, grâce à la négociation d'accords à long terme qui assurent un débouché important et durable aux produits transformés et, partant, la viabilité financière des usines de transformation. Les marchés de l'Europe orientale et de l'U.R.S.S. constituent un débouché potentiel important. A l'heure actuelle, leur consommation de feuillus tropicaux par habitant est très faible si on la compare à la consommation en Europe occidentale. Si ces pays décidaient d'établir des plans qui prévoient intentionnellement un accroissement régulier de la consommation de bois tropicaux, ils créeraient peut-être un nouvel et important courant commercial qui pourrait et devrait être constitué surtout par des produits élaborés.

Sciages résineux

Les pays en vole de développement ne jouent dans le commerce mondial qu'un rôle secondaire en tant que fournisseurs de sciages résineux. L'Europe est le plus intéressant des marchés internationaux pour cette importante catégorie de bois. Elle se procure la plus grande partie des importations dont elle a besoin en U.R.S.S., bien qu'elle achète au Canada des quantités variables, ce pays pouvant lui fournir des bois de dimensions difficiles à trouver en Europe ou en U.R.S.S. Le seul autre courant important vers l'Europe prend sa source au Brésil qui fournit du pin de paraña (Araucaria brasiliensis).

Dans l'ensemble, les pays en voie de développement ne constitueront peut-être jamais une source d'approvisionnement importante pour l'Europe, en raison de la dispersion de leurs réserves d'essences appropriées; mais les possibilités d'expansion existantes méritent d'être signalées, car elles offrent une occasion d'accroître les recettes d'exportation dans le cas des pays individuellement intéressés. Le problème crucial sera celui de la qualité et des prix, et sur ce plan certains pays en voie de développement pourront éventuellement soutenir la concurrence.

Les sciages résineux chiliens, produits dans des plantations de Pinus radiata, sont vendus en Argentine et au Pérou. Le Chili en a fait quelques expéditions en Europe. Ces bois pourraient éventuellement se faire une place sur le marché européen, à condition que leur prix puisse être abaissé suffisamment pour compenser les frets élevés et les différences de qualité. Les mêmes perspectives s'offrent pour les conifères de plantation produits en Afrique orientale et en Afrique du Sud-Est, qui ont pour le marché méditerranéen l'avantage de frets moindres que ceux des bois chiliens, mais qui sont moins bien placés par rapport aux points d'embarquement. Dans le cas des pins tropicaux de l'Asie du Sud-Est, un marché éventuel pourrait être créé par l'importation de sciages au Japon, qui en a besoin. Des possibilités d'expansion à l'exportation existent également pour le pin d'Amérique centrale.

Il serait exagéré de compter sur un accroissement tant soit peu substantiel du courant des exportations de sciages originaires des pays en voie développement à destination des pays développés d'Europe, qui constituent la principale région déficitaire en bois. Les exportations brésiliennes de pin de paraña vers l'Europe, où elles ont un marché bien établi, ne sauraient elles-mêmes s'accroître, malgré l'augmentation de la demande. En effet, la production, qui est soutenue, ne suffit pas à satisfaire à la fois la demande courante du Brésil lui-même, celle de la région du Rio de la Plata, et celle des importateurs d'outre-mer. De toute manière, l'U.R.S.S. et le Canada, qui sont des fournisseurs traditionnels bénéficiant d'une grande élasticité de production, ont de plus grandes chances de pouvoir satisfaire les besoins d'importation croissants de l'Europe que n'en ont les pays en voie de développement pris dans leur ensemble.

L'expansion des exportations des pays en voie de développement exigera, pour prendre des proportions tant soit peu significatives, des mesures de discrimination réelles en faveur de ces pays.

Pâte et papier

Les perspectives relatives à la création d'un commerce d'exportation de la pâte et du papier, à partir des pays en voie de développement et en direction du marché européen, se présentent sous un jour très favorable à longue échéance.

A l'heure actuelle, la Scandinavie fournit l'essentiel de la pâte de bois importée par les autres pays d'Europe. Le Canada fournit des quantités substantielles de papier journal, et l'Europe elle-même est exportateur net, vers les autres régions, de produits fabriqués à partir de la pâte de bois. Cependant, les conditions évoluent avec rapidité. C'est ainsi, par exemple, qu'en Europe occidentale la production du papier et celle de la pâte ont augmenté respectivement de 93 et 73 pour cent de 1949-51 à 1959-61. Pourtant, les exportations nettes de pâte et de papier combinés, expédiées par l'Europe occidentale vers d'autres régions, sont tombées dans le même laps de temps de 1,83 à 0,69 million de tonnes. La tendance observée en Europe orientale est assez semblable. Et ces tendances persisteront vraisemblablement. L'Europe ne dispose plus que d'une petite quantité de réserves inexploitées de conifères susceptibles d'alimenter une capacité additionnelle de production de pâte et de papier. En fait, l'excédent de capacité plutôt anormal qui existe en Europe à l'heure actuelle est pour beaucoup la conséquence d'une course entre les sociétés exploitantes pour obtenir une préemption sur les quelques réserves substantielles de conifères qui existent encore. C'est la raison pour laquelle bien des usines, en Europe du Nord notamment, diminuent actuellement leurs coefficients d'exploitation et diffèrent l'exécution de nombreux projets nouveaux. Cette situation ne durera pas. Vers la fin de la décennie, la demande sera arrivée au niveau de la capacité actuelle (et projetée) et, dans les années soixante-dix, le déficit européen ira croissant.

En prévision de cette éventualité, il faudra sans aucun doute prendre des mesures pour accroître les ressources disponibles en Europe: il sera possible de réaliser cet accroissement sur une courte période, en détournant une plus grande proportion de bois de chauffage vers des usages industriels, en transformant une plus grande quantité de bois de feuillus en pâte à papier, en procédant davantage à des coupes en éclaircie, et en raccourcissant les périodes de rotation. A longue échéance, on pourra mettre en oeuvre des programmes énergiques d'amélioration forestière, planter des essences à croissance rapide, et transformer en forêt les terres qui deviendront libres en raison de la révolution technique par laquelle passe l'agriculture européenne. Toutefois, ces mesures ne peuvent que modifier les perspectives, sans les transformer fondamentalement. De plus, il ne serait pas rationnel, sur le plan économique, de pousser cet effort trop loin car, au-delà d'un certain point, le prix de revient de la création de ressources additionnelles en Europe dépasserait largement le coût de la mise en oeuvre des ressources qui existent dans d'autres régions, ou de la création de ressources nouvelles dans ces régions. On peut signaler à ce propos que la production européenne de pâte de fibres courtes, à partir de feuillus de basse qualité, de paille, de roseaux et d'eucalyptus cultivés, peut être développée afin de satisfaire une partie des besoins.

Les pays en voie de développement peuvent-ils tirer avantage de cet état de choses? Leur effort en vue de conquérir une partie du marché plus important de la pâte et du papier qui se crée en Europe est défavorisé dès le départ à maints points de vue: par le manque de capitaux, d'expérience pratique, de cadres de direction et de techniciens, de main-d'oeuvre bon marché et de produits chimiques dans certains cas, ainsi que par la distance qui les sépare des marchés. Cependant, quelques-uns d'entre eux possèdent un avantage décisif qui peut contrebalancer tous ces inconvénients, à savoir la rapidité de croissance qui caractérise leurs forêts. Au Chili, au Brésil et dans certaines parties de l'Afrique orientale et centrale, les fibres de conifères croissent 5 à 10 fois plus vite (par hectare et par an) que cela n'est possible dans la zone tempérée froide de l'hémisphère nord, où se trouve actuellement très concentrée la production de pâte et de papier; et il est de nombreuses autres régions, en Afrique, en Amérique latine et en Asie, où de nouvelles ressources pourraient être créées en des emplacements appropriés, sous forme de plantations d'essences résineuses à croissance rapide. De même, si l'on considère les pâtes de fibres courtes, certaines sources de production hors d'Europe pourraient être mises en valeur et fournir de la matière à meilleur marché, comme par exemple la pâte d'eucalyptus de Madagascar ou d'Afrique du Nord, la pâte d'okoumé du Gabon, la pâte de bagasse de la République arabe unie, d'Amérique centrale et d'Amérique du Sud.

Ce problème général présente un aspect important qui est de savoir comment donner aux pays en voie de développement la faculté de mettre en valeur leurs ressources en conifères, alors que les moyens financiers et techniques à cet effet leur font défaut.

Les possibilités d'aide au développement

La situation exposée plus haut fait clairement apparaître la nécessité, non seulement de supprimer les obstacles au commerce, mais aussi de prendre des mesures de plus vaste portée qui favoriseraient l'accroissement des exportations des pays en voie de développement. A cette fin, de grandes possibilités s'offrent dans le domaine des accords, qui ouvriraient de nouvelles voies au commerce et feraient par conséquent grossir le courant des échanges. Les accords de commerce ne doivent pas nécessairement être limités dans leur portée à la création de marchés assurés; chose non moins importante, ils peuvent jeter les fondations de courants de capitaux à la fois bilatéraux et multilatéraux, dirigés soit vers des réalisations isolées, soit vers des implantations d'infrastructures. Ces investissements seraient indispensables, à la fois pour accroître l'offre provenant des ressources des pays en voie de développement et, dans la mesure du possible, pour accroître cette offre sous la forme de produits le plus complètement élaborés, afin d'augmenter la valeur ajoutée par unité de ressources, et partant les recettes d'exportation de ces pays.

La place faite aux accords de commerce et de développement dépend de l'intérêt que les pays en voie de développement et les pays développés ont à établir entre eux de nouveaux courants d'échange. Cet intérêt mutuel existe à l'échelon gouvernemental. Il existe aussi à l'échelon des secteurs économiques, à la fois pour l'industrie et pour le commerce.

Considérons, par exemple, la pénurie prévue de pâte de fibres longues en Europe. C'est une situation assez anormale que celle où, d'une part, une douzaine environ de pays d'Europe cherchent activement à trouver et prendre à leur compte des sources nouvelles et durables de pâte de fibres longues, et où, d'autre part, un nombre équivalent de pays en voie de développement cherchent à mettre en oeuvre leurs ressources de conifères, mais ne disposent ni des moyens financiers, ni des moyens techniques nécessaires à cet effet. De toute évidence, une série de projets bilatéraux d'aide et de développement pourrait apporter des avantages aux uns et aux autres. L'importateur éventuel fournirait une partie du capital, une partie ou la totalité du matériel, des cadres de direction et des techniciens, et il concourrait à la mise en place et à l'exploitation de la fabrique, en assurant la formation du personnel et en conseillant les exploitants forestiers chargés d'alimenter l'usine. Le remboursement de ces prestations prendrait la forme de contrats de longue durée concernant la livraison d'une partie ou de la totalité de la pâte produite, dont le prix de vente pourrait être ajusté périodiquement en fonction de l'évolution du marché mondial. Des crédits à court ou moyen terme consentis par l'Etat pourraient aider l'institution ou le groupement patronnant l'entreprise à passer le cap de la période de mise en place et de rodage. S'il y a lieu de faire des dépenses dans des pays tiers (pour l'achat d'une partie du matériel, ou pour s'assurer les services de spécialistes), leur financement pourrait fort bien être assuré par des organisations internationales de prêt comme la BIRD ou l'AID. L'institution patronnesse dans le pays qui a l'intention d'importer pourrait être une institution d'Etat dans le cas d'un pays à planification économique centralisée, ou bien un consortium de papeteries existantes et de fabricants de matériel dans les pays à économie de marché. Il conviendrait souvent d'inclure dans les accords de cet ordre une clause comportant une aide importante. Tout élément d'aide dans cette forme d'entreprise conduit directement à l'établissement de relations commerciales.

Nous avons envisagé le cas des pâtes de fibres longues; mais le même type d'entreprise vaudrait dans le cas d'autres produits comme le papier journal. Il se pourrait fort bien que l'opération intéresse dans ce cas les éditeurs de journaux des pays éventuellement importateurs, au même titre que des négociants en papier. L'intégration des fabriques de papier journal et des éditions de journaux est un phénomène déjà couramment répandu. De même, la fabrication de papier kraft présenterait un intérêt considérable pour les importateurs de papier et pour les fabricants d'emballages.

Nous venons de parler exclusivement du rôle que pourraient jouer les accords entre pays d'Europe et pays en voie de développement, qui créeraient de nouveaux courants d'exportation dans le secteur de la pâte et du papier. Il s'agit là simplement d'un seul exemple. Tous les autres pays développés pourraient être tout aussi intéressés à la conclusion d'accords de cet ordre. Et le secteur de la pâte et du papier n'est évidemment pas le seul, parmi les secteurs des produits de l'exploitation forestière, qui se prête à de tels accords.

Certains milieux entretiennent encore des vestiges du vieux préjugé contre les accords de commerce bilatéraux, qu'ils accusent de freiner inutilement l'expansion normale des échanges sur une base multilatérale; mais le type d'accord bilatéral de commerce et de développement qui a été décrit dans les paragraphes qui précèdent ne revêt à aucun égard un caractère restrictif. Au contraire, il s'agit d'un instrument propice à l'expansion constructive du commerce international, car à défaut du courant de capitaux qui fait partie intégrante de la mise en oeuvre des accords de ce genre, il ne saurait être créé de capacité d'exportation.

Nous avons vu plus haut quelles seraient les diverses méthodes de financement de l'implantation d'industries forestières, mais l'amélioration à long terme des ressources forestières des pays en voie de développement, notamment sur le plan de la création de plantations de conifères, ne doit pas être négligée. L'attention en ce domaine se concentre moins sur la forme des accords financiers, mais plutôt sur la source des fonds. Pour le financement des plantations, on ne disposera vraisemblablement pas de capitaux privés de l'étranger, non plus que de capitaux spécifiquement associés au développement des industries forestières, car la production des plantations ne peut être associée à tel ou tel projet précis. De même, les pays en voie de développement ne peuvent volontiers envisager d'immobiliser pendant 20 ans ou plus les rares fonds d'investissements dont ils disposent. Mais la création de plantations en des emplacements appropriés se justifie abondamment dans les pays en voie de développement. Bien que ces investissements commencent à rapporter un peu plus tard que ceux qui sont réalisés dans l'industrie de fabrication, leur rendement final est élevé. De plus, ces investissements doivent permettre d'importantes économies sur le plan extérieur, car la quasi-totalité de l'investissement produit alors un revenu dans le pays en voie de développement, allège le fardeau du sous-emploi, diversifie les sources de revenu dans les collectivités rurales, et exerce donc un puissant effet multiplicateur. Comment y a-t-il lieu par conséquent de financer ces plantations? Il s'agit certainement là d'un domaine où le financement public pourrait et devrait apporter une contribution spéciale. Les institutions internationales comme la BIRD et l'AID doivent être prêtes à aider au financement de ces projets.

Les institutions d'aide multilatérale pourraient jouer un rôle capital en ce qui concerne les investissements d'infrastructure dans les transports, les études et la formation, et en particulier l'exécution des inventaires des zones forestières existantes et l'intensification de l'exploitation moyennant un perfectionnement des méthodes de gestion et de direction des travaux.

Une autre forme d'arrangement en matière d'assistance pourrait porter sur l'utilisation de l'excédent de capacité qui existe actuellement en Europe et en Amérique du Nord pour la production de pâte et de papier (y compris le papier journal). Tandis que l'on trouve dans plusieurs pays développés cet excédent de capacité inutilisée, la consommation des pays en voie de développement est artificiellement freinée par l'incapacité où se trouvent ces pays de consacrer assez de devises précieuses à l'importation de ces produits. Les pénuries de matières premières pèsent lourdement sur la dimension et la circulation des quotidiens, sur la production de manuels scolaires et de cahiers, voire même sur la consommation de papier pour le commerce et l'emballage. Ces deux éléments capacité excédentaire et demande latente - pourraient être combinés moyennant des programmes d'aide et de développement, comme cela s'est fait avec l'emploi des excédents de denrées alimentaires pour les besoins du développement, dans le cadre du Programme alimentaire mondial par exemple. Il est évidemment moins simple de trouver des arrangements appropriés dans le cas d'un produit tel que le papier. En premier lieu, les excédents de papier existent à l'état de potentiel, pas de réalité. En second lieu, les gouvernements bénéficiaires auraient peut - être besoin d'être assurés que leur acceptation d'une aide sous cette forme n'entraînerait pas une réduction de l'aide sous d'autres formes, moins expressément conditionnelle. Les gouvernements donateurs, pour leur part, voudraient sans aucun doute avoir l'assurance que les dons de papier ne compromettraient pas les exportations commerciales contemporaines. Ces problèmes sont semblables à de nombreux autres problèmes que les programmes existants ont résolus. On pourrait proposer que le gouvernement du pays donateur achète le papier aux producteurs à un coût marginal, tandis que, dans le pays bénéficiaire, le papier donné pourrait soit être utilisé dans le secteur public (pour l'éducation, par exemple), soit écoulé dans le commerce, les recettes de sa vente étant alors versées à un fonds de contrepartie destiné au développement. L'aide au développement sous la forme de papier n'est d'ailleurs pas une nouveauté; par le passé, le Canada et la Suède ont l'un et l'autre fait des dons de cette sorte. La FAO et l'Unesco, qui s'intéresse très vivement au développement des moyens d'information collective et aux disponibilités en papier pour l'enseignement, ont en leur possession des renseignements d'où il ressort que le gouvernement de tout pays en voie de développement qui pourrait donner la preuve d'un besoin évident de papier cédé en don, et qui serait prêt à présenter une demande appropriée, pourra recevoir une réponse positive d'un ou plusieurs pays développés disposant déjà d'excédents de papier, ou susceptibles d'en avoir.

Cette forme d'aide a un important effet accessoire. Dans la plupart des pays en vole de développement, le marché national est extrêmement restreint, trop restreint pour assurer la viabilité d'une usine locale de dimensions économiques. L'aide sous forme de papier peut servir à amorcer un marché et à rapprocher le moment où l'on pourra sérieusement envisager la création de moyens de production locaux.

Le papier n'est pas le seul produit de l'exploitation forestière pour lequel les pays développés détiennent une capacité de production en excédent des besoins, et qui pourrait faire l'objet d'une aide de cet ordre. L'aide sous la forme de pâte de bois pourrait également être envisagée dans certains cas: par exemple, lorsque des usines ne faisant pas partie d'un ensemble dans les pays en voie de développement ont dû limiter leur exploitation faute de devises pour importer de la pâte. De même, des panneaux de particules ou de fibres pourraient être donnés en vue de la réalisation de programmes ou de la construction d'écoles, d'hôpitaux, etc. Dans ce domaine également, les programmes d'aide qui feraient appel à la capacité de production excédentaire des pays développés pourraient apporter une utile contribution au développement, tout en remplissant un rôle important par leur effet d'amorçage d'un marché.

Les mesures - allant de la suppression des droits de douane à la conclusion d'accords - qui ont été signalées dans les pages précédentes en tant que moyens appropriés que les pays développés pourraient mettre en oeuvre pour favoriser l'intensification du courant d'exportation de produits forestiers originaires des pays en vole de développement, ne suffisent pas à elles seules. Même si toutes les mesures suggérées ici étaient rapidement approuvées et mises en oeuvre sans délai, elles n'élimineraient pas la nécessité d'une aide toujours plus importante. Le slogan selon lequel il faut non pas accorder des secours mais développer le commerce est sans objet dans ce secteur en effet, l'expansion nécessaire des échanges ne saurait y être réalisée sans une intensification de l'aide, non seulement sous la forme de capitaux d'investissement, mais également par l'envoi d'ingénieurs et de techniciens qualifiés et l'organisation d'une formation spécialisée, ainsi que sous la forme de recherches et d'une technologie adaptée aux besoins.

L'aide en matière de formation et de recherche

Les pays en voie de développement ont besoin de techniciens et d'ingénieurs. Ce besoin sera certainement satisfait avec le temps, au fur et à mesure de leur progrès économique, et lorsqu'ils pourront disposer des instructeurs et des établissements d'enseignement nécessaires. Mais sur une courte période, il est indispensable que les pays développés prêtent leur aide dans ce domaine. Pour l'avenir immédiat, c'est d'ingénieurs et de techniciens des divers secteurs de l'économie qu'on a le plus besoin, notamment dans l'exploitation forestière et l'industrie de transformation des produits forestiers. Le Fonds spécial des Nations Unies, ainsi que les programmes d'assistance technique des Nations Unies et des institutions spécialisées, font une place particulière à ce problème, encore que l'ampleur actuelle des efforts ne soit guère à la mesure des besoins, même si l'on fait entrer en ligne de compte les nombreux et importants programmes bilatéraux.

Toutefois, l'importance capitale qui s'attache à la formation considérée comme partie intégrante de tout programme d'aide est de plus en plus reconnue. Grâce au Programme élargi d'assistance technique ou au Fonds spécial des Nations Unies, la FAO a entrepris un programme d'urgence en matière d'enseignement forestier afin d'aider les pays à organiser, créer et renforcer les moyens de formation nécessaires pour fournir du personnel qualifié à tous les niveaux. Depuis 1962, des facultés, départements ou écoles de foresterie ont été créés ou ont bénéficié d'une aide grâce à des projets multilatéraux entrepris dans plusieurs pays, et d'autres projets sont en préparation. On organise des centres de perfectionnement sur des sujets spéciaux. Mais ces efforts sont, dans une certaine mesure, entravés par la pénurie de cadres qualifiés dans les pays développés. Pour accroître les disponibilités en cadres qualifiés et en tirer efficacement parti, il faut prendre des mesures à la fois sur le plan national et sur le plan international, et coordonner les programmes d'assistance technique. Il faut consacrer beaucoup plus de ressources au financement des établissements d'enseignement et des projets de formation spéciaux. Il se pourrait que l'on doive employer des moyens spéciaux pour inciter les universités et les sociétés exploitantes à détacher des experts en mission dans les pays en voie de développement.

La responsabilité qui incombe aux pays développés, s'agissant d'adapter les techniques appropriées et de les introduire dans les pays en voie de développement, est abondamment reconnue. De fait, le problème dans son ensemble a été longuement discuté en 1963 lors de la Conférence des Nations Unies sur l'application de la science et de la technique dans l'intérêt des régions peu développées. Dans ce domaine, l'Organisation des Nations Unies et les diverses institutions spécialisées apportent d'ores et déjà une contribution importante. Dans les secteurs de l'exploitation forestière et de l'industrie des produits forestiers, la FAO oriente depuis ces dernières années son programme de manière à faciliter la transmission de cette forme de connaissances techniques.

Toutefois, les expériences faites jusqu'ici ont révélé les difficultés considérables qui s'attachent en premier lieu à la réalisation du déplacement voulu des, efforts de recherche dans les pays développés, et en second lieu à la mise en place des moyens propres à une application des résultats de ces efforts dans les pays en voie de développement. Les travaux de recherche sont largement répartis entre des institutions publiques et privées très diverses; dans toutes ces institutions, les ressources mises à la disposition de la recherche sont bien en deçà des besoins des programmes en cours, de sorte qu'il est difficile de réaffecter des fonds ou des chercheurs à l'étude des problèmes qui intéressent principalement les pays en voie de développement; enfin, la coordination des recherches menées par les diverses institutions des pays développés est rarement satisfaisante, même sur le plan national.

Une revue de la situation dans les secteurs de l'exploitation forestière et des produits forestiers fait apparaître clairement que ce n'est pas d'exhortations dont on a besoin. La bonne volonté ne manque pas: pouvoirs publics et institutions publiques et privées ont signifié qu'ils étaient prêts à coopérer, mais il n'a été possible qu'en de rares occasions jusqu'ici de réaliser la concentration indispensable des efforts.

Il serait éventuellement possible d'accélérer les progrès si, notamment, les pays admettaient plus généralement le principe de la prise en charge des problèmes, qui peut s'exposer comme suit: tel ou tel pays développé accepterait de prendre en charge la solution d'un problème qui revêt une importance capitale pour un groupe de pays en yole de développement. Le pays «adoptant» créerait l'organisation nécessaire et fournirait au besoin des fonds pour assurer l'orientation des instituts de recherche, des instituts de formation et de l'industrie vers la solution du problème. Le cas échéant, il accorderait des bourses de perfectionnement, aussi bien pour la recherche que pour la formation en cours d'emploi, à des candidats présentés par les pays en voie de développement. Il collaborerait avec ces pays à l'exécution de tests sur place, à la mise en oeuvre d'opérations-pilotes, etc. Enfin, si les possibilités économiques se présentent et si l'on trouve la solution au problème, le pays adoptant aiderait les pays en voie de développement à mettre en place un dispositif de mise en oeuvre commerciale.

Il existe, dans le domaine de l'exploitation et des industries forestières, maints problèmes urgents qui pourraient trouver leur solution selon une formule de cet ordre. Il se pose par exemple à beaucoup de pays en voie de développement un problème important, qui est celui de la mise en place de programmes de logement à bon marché, fondés sur l'application des techniques de la préfabrication, et appelant parfois l'emploi de conifères, dans d'autres cas celui de feuillus de deuxième catégorie. La solution de ce problème exige l'exécution d'opérations nombreuses: essais de matériaux, méthodes de préservation, conception technique des unités de logement appropriées, organisation industrielle de l'approvisionnement en éléments par les usines productrices, et assemblage des éléments en unités; organisation, financement et crédit pour une institution de logement, etc. Plusieurs pays développés ont désormais une vaste expérience de toutes ces opérations; si cette expérience était mise en pratique, et si les programmes actuels de recherche étaient tant soit peu modifiés et complétés, il devrait être possible, dans un court laps de temps, de trouver une solution appropriée à la situation des pays en voie de développement sur les plans de la technique, de l'économie et de l'organisation.

La production économique et l'application pratique de colles et résines satisfaisantes, fabriquées à partir des ressources animales et végétales du pays, constituent un autre problème qui se prêterait peut-être à une solution selon une formule similaire. Dans l'industrie des contre-plaqués et des panneaux de particules, le coût de fabrication peut être constitué à concurrence de 20 et 50 pour cent respectivement par les résines synthétiques que ces pays doivent, à l'heure actuelle, importer de pays avancés et dotés d'industries chimiques bien développées. On croit savoir que les progrès récents de la technique réalisés dans deux pays avancés au moins permettent désormais de produire dans des conditions économiques des résines phénoliques à partir de diverses matières tanniques. Toutefois, aucune mesure n'a encore été prise pour enseigner cette nouvelle technique aux pays en voie de développement qui sont à même d'en tirer utilement parti. Là encore, le système de la prise en charge des problèmes constituerait peut être le meilleur moyen d'assurer la diffusion de cette technique et son application pratique.

Ce sont là simplement deux exemples, mais il n'est pas nécessaire d'en donner davantage ici. Aucun de ces problèmes n'est complètement négligé. Mais la solution d'aucun d'entre eux ne se dessine rapidement pour la simple raison que les efforts ne sont pas concentrés vers l'objectif précis que constitue l'aide aux pays en voie de développement. L'acceptation du principe de la prise en charge des problèmes donnerait immédiatement un but précis à de nombreux efforts d'aide bilatérale et assurerait en même temps cette concentration des efforts qui pourrait conduire à une solution rapide. A eux seuls, les efforts spéciaux déployés dans le cadre d'un plan de prise en charge des problèmes sont insuffisants. Il faut également mettre en oeuvre un programme beaucoup plus intense concernant la formation de spécialistes et de techniciens subalternes, l'adaptation des résultats de la recherche et leur application. C'est surtout aux organismes internationaux qu'il appartient de patronner ces entreprises, mais celles-ci pourraient fort bien bénéficier d'un appui au titre d'arrangements bilatéraux.

LES TÂCHES DES PAYS EN VOIE DE DÉVELOPPEMENT

Il y a lieu, on l'a vu, que les pays développés prennent certaines mesures: abaissement et suppression des obstacles tarifaires, augmentation des courants de capitaux, et octroi d'une assistance technique pour la prospection des ressources, la formation et la recherche. Mais ces mesures ne serviraient pas à grand-chose si les pays en voie de développement eux-mêmes n'agissaient pas avec énergie. Ces pays se heurtent à une multitude de problèmes lorsqu'ils essaient d'utiliser efficacement leurs ressources forestières afin d'accroître leurs recettes d'exportation et d'accélérer leur industrialisation. En premier lieu, il leur manque généralement une bonne documentation de base, qui comprenne un état suffisamment détaillé de l'étendue et de la nature de leurs ressources et des facteurs économiques sur lesquels ils pourraient faire reposer la planification de la mise en valeur de leurs forêts. Grâce aux progrès récents des techniques de prospection, il est maintenant possible de se procurer beaucoup plus rapidement et à bien moindres frais qu'il y a quelques années encore les renseignements indispensables concernant les ressources forestières. Cet obstacle est donc devenu moins insurmontable, mais les experts versés dans les nouvelles techniques sont encore trop peu nombreux, surtout quand il s'agit d'appliquer ces techniques aux peuplements hétérogènes des forêts tropicales.

Si l'infrastructure de transports et de communications des pays en voie de développement est généralement très faible, l'existence de tarifs et autres droits qui grèvent les importations de matériel, de combustibles, etc., de ces pays, constitue un sérieux obstacle à leur industrialisation. Le secteur forestier dans lequel les coûts de transport sont élevés est particulièrement vulnérable à cet égard. Ces ressources sont parfois dispersées dans le pays, et se trouvent d'ordinaire situées à de grandes distances des concentrations urbaines, des marchés potentiels et des ports. Il arrive que de gros investissements dans les communications par route, fer et eau, ainsi que dans les installations portuaires, soient indispensables pour la mise en valeur de ces ressources, sans parler des investissements dans l'infrastructure sociale sur les chantiers mêmes. Une bonne partie de cet investissement sera inévitablement à fins multiples, et l'on ne saurait attendre de l'exploitation forestière et de l'industrie des produits forestiers qu'elles assument la totalité de son coût.

Il est permis de faire observer au passage que l'éloignement des ressources forestières a aussi un aspect positif. La création de nouveaux complexes industriels pour l'élaboration des produits forestiers, à distance des concentrations urbaines existantes, suscitera de nouveaux pôles de développement dont bien des pays en voie de développement ont très grand besoin. La mise en place de nouvelles industries forestières et la mise en valeur et en exploitation efficaces des ressources forestières exigeront donc qu'on fasse appel à de nombreux cadres de direction, ingénieurs et techniciens. C'est là évidemment un problème commun à tous les secteurs de l'économie.

Nous avons fait remarquer plus haut que l'expansion de l'exploitation et de l'industrie forestières exigera des investissements considérables en capital au cours des années à venir. Il ne faut pas perdre de vue que l'essentiel du capital nécessaire pour le développement de ces secteurs devra, comme dans le cas de tous les autres secteurs, être mobilisé dans leur propre économie par les pays en voie de développement eux-mêmes. Les apports de capitaux étrangers ne sauraient que compléter le capital originaire du pays même. Sur le plan global, et relativement aux besoins des pays en voie de développement, le courant actuel de capitaux qui s'écoule des pays développés vers les pays en voie de développement est insuffisant, à la fois par sa masse totale et par sa répartition entre les régions géographiques et entre les secteurs. Il est vraisemblable qu'il le restera pendant beaucoup d'années encore. Cette considération vaut à la fois pour les courants de capitaux privés et pour les dons et prêts bilatéraux et multilatéraux.

Etant donné la rareté chronique du capital, quels arguments peut-on faire valoir en faveur de l'octroi d'une priorité à ces secteurs: Il est possible de les résumer sommairement comme suit: forte élasticité-revenu de la demande de produits forestiers, notamment dans la gamme des revenus peu élevés; puissant effet d'économie à l'importation; potentiel d'exportation considérable; effet de multiplicateur des investissements dans ce secteur; réalisation d'économies très substantielles en compte extérieur; flexibilité considérable du vaste éventail des industries forestières en ce qui concerne l'échelle d'exploitation et les facteurs nécessaires à la production.

On a signalé précédemment dans Unasylva que les perspectives en matière d'apport de capital extérieur à ces secteurs sont brillantes, plus brillantes mêmes que pour bien d'autres secteurs de l'économie. Cela provient de ce que beaucoup de pays développés auront un intérêt direct à promouvoir la mise en valeur des forêts et le développement des industries forestières dans les pays en voie de développement. Ce fait lui-même justifie et encouragera vraisemblablement l'orientation du capital intérieur vers ces secteurs. La justification réside dans le fait que l'apport extérieur accroît la masse totale des disponibilités en capital. Quant à l'encouragement, il résulte de ce que le capital intérieur, qu'il soit public ou privé, verra son avantage à une association avec le capital étranger et avec les connaissances et qualifications que ce capital peut mobiliser en vue du développement de ces secteurs.

Il importe qu'à l'intérieur même des secteurs en question, les investissements en capital soient judicieusement dirigés. Les pays en voie de développement ont la responsabilité d'assurer cette judicieuse affectation. Il s'est présenté par le passé des cas graves d'investissements mal dirigés. Parfois, dans leur zèle à réaliser de substantielles économies à l'importation, les pays en voie de développement ont entrepris des projets sans tenir compte de la possibilité de se procurer en permanence de la matière première. Dans d'autres cas, ils n'ont pas assez prêté attention à d'autres facteurs de production, comme l'eau ou les produits chimiques par exemple. Dans d'autres cas encore, il a été choisi des techniques de production qui ne convenaient pas.

Les dangers d'erreur dans l'affectation des investissements sont encore plus grands aujourd'hui que jamais, en raison précisément du fait que l'on reconnaît de plus en plus, dans toutes les régions du monde en vole de développement, la nécessité de rechercher dans un contexte régional la solution aux problèmes du développement. La thèse de l'approche régionale est particulièrement bien étayée dans le cas des industries forestières, car les économies d'échelle y sont très fortes dans de nombreuses branches, et en particulier dans celles du papier journal, de la pâte chimique et des panneaux de fibres, alors que bien des marchés nationaux sont trop limités pour absorber la production d'usines qui travailleraient à une échelle économique. La coordination des plans nationaux est indispensable pour que l'on puisse créer des industries efficaces et à faible prix de revient, qui soient capables de se faire une place sur le marché d'exportation. De plus, une coordination de ce genre facilitera certainement le flux des capitaux en direction de ce secteur.

D'autres considérations militent en faveur de l'approche régionale. Celle-ci rend possible l'utilisation rationnelle des ressources complémentaires entre elles, qui existent dans des pays limitrophes (bois à fibres courtes et à fibres longues, fibre à papier et produits chimiques pour la transformation, énergie hydroélectrique à bon marché, grumes de placage, déchets de bois et résines synthétiques, etc.). Elle favorise la mise en place de complexes intégrés d'industries forestières. Avec une approche régionale, il est possible d'utiliser économiquement les ressources peu abondantes en cadres de direction et techniciens, et de coordonner la recherche. Le tarif commun, qui est l'une des caractéristiques de toutes les intégrations économiques régionales proposées jusqu'ici, ne constitue évidemment qu'une première étape. Il peut faciliter la matérialisation des avantages qui s'attachent à l'approche régionale, mais il ne saurait à lui seul l'assurer.

Certains des avantages mentionnés peuvent évidemment se traduire dans la réalité sans qu'il y ait de planification régionale formelle, voire même sans marché commun.

Rares sont jusqu'à présent les pays en voie de développement qui ont pu créer un dispositif systématique de planification et trouver ou former les cadres d'administrateurs et d'ingénieurs qualifiés. Toutefois, certaines indications dénotent des progrès: les politiques de développement des industries forestières sont plus clairement définies dans le contexte de la politique de développement d'ensemble; les structures et les processus administratifs sont renforcés; et les programmes de documentation et d'interprétation des renseignements recueillis pour les besoins de l'élaboration des politiques sont mis à exécution de façon plus efficace.

La nécessité du resserrement des relations entre les administrateurs responsables des secteurs étudiés ici et des responsables de la planification d'ensemble apparaît avec suffisamment d'évidence. Plus évidente encore est la nécessité d'une coordination maximale entre les responsables de la gestion des ressources forestières et les responsables du développement des industries du bois. C'est précisément là pourtant que persiste dans un très grand nombre de pays en voie de développement une lacune critique. Cette absence de collaboration effective nuit aux efforts accomplis pour réaliser un développement des industries forestières qui repose sur des bases solides. A plusieurs reprises des arguments ont été avancés qui militent - à tout le moins dans les pays où les industries forestières jouent déjà ou bien sont destinées à jouer un rôle-clé - en faveur de la concentration des responsabilités en matière d'exploitation et d'industries forestières dans les mains d'un même département ou d'un même ministère.

Abstraction faite de l'impulsion que cette formule pourrait donner au développement des industries forestières, elle constitue aussi le meilleur moyen d'assurer que les ressources non agricoles de la forêt ne sont pas négligées et qu'une exploitation irrationnelle de ces ressources ne conduira pas à des inondations, à l'érosion des sols et à une pénurie de ressources en eau.

Plus vite le dispositif de planification et le dispositif institutionnel que nous venons d'exposer seront mis en place, plus vite ils pourront produire leurs effets. Les conditions techniques et économiques de la création de nouvelles industries des produits forestiers dans les pays en voie de développement se réalisent avec rapidité. Les gouvernements qui ont conscience de la situation prennent déjà les premières mesures indispensables, en sollicitant souvent l'assistance des institutions d'aide multilatérale compétentes - parmi lesquelles figurent notamment le Fonds spécial des Nations Unies, le Programme élargi d'assistance technique et la FAO - ainsi que celle des programmes d'aide bilatérale. Ainsi sont rassemblés et analysés des renseignements essentiels concernant les ressources; les marchés existants et potentiels sont étudiés; parfois même il est établi des plans pour créer des marchés; la formation des cadres indispensables s'organise, et enfin, il est dressé des plans pilotes de démonstration et d'instruction. Des mesures sont prises pour sauvegarder le patrimoine forestier et pour mettre efficacement en valeur les régions clés. On procède à des études des possibilités d'exploitation et l'on établit les grandes lignes d'un développement à moyen et à long terme.

Cependant, compte tenu des possibilités spéciales qu'offrent les secteurs de l'exploitation et des industries forestières, en ce qui concerne notamment la création d'un courant d'exportations substantiel à destination des pays développés, il est à craindre que la cadence des progrès ne soit encore trop lente et que bien des pays qui possèdent les ressources nécessaires n'aient pas encore pris conscience des possibilités qui s'offrent dans ce domaine.

Etant donné l'objectif de la présente communication, nous avons mis l'accent sur les possibilités d'exportation qui semblent devoir se présenter pour les pays en voie de développement. L'ampleur de la mise en valeur de ces possibilités d'ici 1975 et dans les décennies qui suivront dépendra de la rapidité avec laquelle, dans les quelques années à venir, ces pays modèleront leurs politiques de manière à mettre à profit lesdites possibilités.


Page précédente Début de page Page suivante