1. CADRES, OBJETS ET OBJECTIFS GENERAUX DE L'ETUDE
La République du Togo couvre une superficie de 56 600 km² pour une population estimée à 4 648 000 habitants en l’an 2000, et caractérisée par un taux de croissance annuel de 2,9%. Le Togo s’étire sur une longueur d'environ 600 km du Nord au Sud contre 50 km d'Est en Ouest sur sa façade maritime atteignant 120 km dans sa plus grande largeur.
La configuration géographique particulière du pays, ainsi que l'existence de reliefs se traduit par une forte hétérogénéité des conditions climatiques, édaphiques, des formations végétales naturelles, ainsi que des caractéristiques socioculturelles des populations et des stratégies de production mises en œuvre en milieu rural. Les sols sont également variés, les sols ferrugineux étant prédominants.
Le Togo est marqué par des caractéristiques différenciées du Nord au Sud. On distingue généralement :
- Au Sud un régime subéquatorial, caractérisé par deux saisons des pluies et deux saisons sèches.
- Un régime tropical à une saison sèche et une saison des pluies, lui-même différencié en fonction (i) du gradient de latitude du sud vers le nord, et (ii) de l’orographie et des reliefs.
Les températures moyennes annuelles sont comprises entre 25 et 28°C
Pour les reliefs, ils sont relativement élevés pour la région. Une chaîne de montagnes, qui atteint par endroits plus de 500 mètres d'altitude, et dont le point culminant est le Mont Agou (986 mètres), traverse le pays en le subdivisant d'une façon obliquo-horizontale selon un axe Sud-Ouest/Nord-Est en deux zones physiques (bloc sud et bloc nord) distincts, mais liés par une zone charnière constituée par la région des Plateaux, et une partie de la région centrale.
Sur le plan géomorphologique et pédologue, on distingue :
Les formations sédimentaires du Sud ;
Le socle cristallin granito-gneissique du Nord de Tsévié à Sokodé ;
Les monts Togo ;
La cuvette du Voltaien ;
Enfin la surface cristalline du Nord.
Sur le plan hydrographique, le territoire togolais est partagé du Sud au Nord en 3 bassins versants principaux :
- Les bassins du Sio et du Haho qui occupent toute la partie Sud et Sud-Ouest du pays (environ 6000 km²).
- Le bassin du Mono, qui occupe la majeure partie de la pénéplaine de la région centrale jusqu’à Sokodé.
- Le bassin de l’Oti qui occupe toute la partie Nord du Togo.
Quant aux écosystèmes naturels, le Togo, selon la classification de White (1983), est situé dans la zone de transition soudano-guinéo-congolaise. Toutefois, comme nous l’avons vu, les conditions climatiques propres au "hiatus dahoméen" induisent, surtout dans le Sud du pays, des limitations d'ordre pluviométrique (quantité et répartition des précipitations) au développement d'une végétation caractéristique de la zone de transition soudano-guinéenne.
De manière globale, les formations végétales naturelles s'ordonnent sur un gradient Sud-Nord d’une part, et en fonction des reliefs et de l’altitude d’autre part.
Concernant les zones de plaine on distingue :
- Les formations de la bande côtière et du cordon littoral ; On différenciera, sur les formations littorales récentes (sables quaternaires) une pelouse littorale à Ipomoea brasiliensis. Sur les sables quaternaires plus anciens et plus évolués, la végétation naturelle potentielle serait une forêt littorale dense à Diospyros tricolor, Cassipourea barteri, Dialium guineense. Cet écosystème a malheureusement pratiquement disparu à l’heure actuelle.
- Sur les plateaux de terre de barre se développe une forêt semi-décidue à Celtis spp. et Triplochiton scleroxylon, Milicia excelsa, Danieliia oliveria aujourd’hui pratiquement disparue. Les recrûs forestiers secondaires sont souvent envahis par Chromolaena odorata. Entre les différents plateaux de terre de barre se trouve la dépression de la Lama, caractérisée par la présence de vertisols, et où on retrouve une forêt plus proche des formations soudano-guinéo-congolaises avec Afzelia africana, Triplochiton scleroxylon, Milicia excelsa et Anogeissus leiocarpus. Dans cette zone, les fromagers (Ceiba pentandra) sont encore relativement nombreux.
- Sur la pénéplaine située entre les 7° et 9° de latitude Nord, zone de transition entre les climats subéquatoriaux du Sud, et les profils tropicaux soudaniens du Nord, on rencontre une forêt soudano-guinéenne composée de peuplements assez riches, où dominent Isoberlinia doka, Isoberlinia tomentosa, Parkia biglobosa et divers Combretum et Daniella oliveri. Ils sont aussi fréquents dans les zones secondaires au travers de différentes formations de recrûs consécutifs aux feux. Sur les affleurements rocheux cristallins, on rencontre un groupement saxicole caractéristique à Afrotilepis pilosa, ainsi que des formations herbacées à hygrophilie saisonnière dans les zones déprimées à Cyanotis lanata et Fimbristylis sp.. Il faut noter au pied de ces affleurements rocheux la présence de bourrelets colluviaux de bas de pente (moins secs), qui supportent des formations forestières bien développées, et souvent moins atteintes par les activités humaines.
- Dans la zone Nord, soudanienne, entre 9° et 11° de latitude Nord, on découvre tout d'abord des forêts sèches denses à Isoberlinia doka, Pterocarpus erinaceus, Erythrophleum guineense, ainsi que des forêts sèches claires à Anogeissus leiocarpus, Butyrospermum paradoxum et Daniella oliveri. Dans le premier cas, le sous-bois est peu fourni et floralement distinct des savanes voisines ; dans le second cas, ces forêts ont une canopée plus basse et relativement discontinue, et sont aussi caractérisées par un sous-bois plus dense incluant un tapis graminé. Progressivement, à mesure que l'on monte vers le Nord, les forêts s'éclaircissent, et laissent la place à de larges taches de savane boisée composée essentiellement de Combretum sp. et Boscia sp.
Les zones montagneuses peuvent être divisées en deux grands ensembles :
- Les montagnes du Sud : il s’agit des plateaux de Dayes, d’Akposso, Akébou et Adélé où se développait une forêt humide semi-décidue à Antiaris africana, Milicia excelsa, Triplochiton sp., Scleroxylon sp., Cola cordifolia, Parinari excelsa, Bombax sp. Le développement des cultures pérennes, et le défrichement de natures diverses ont profondément altéré cet écosystème, aujourd’hui très largement secondaire, et souvent recolonisé par une savane à Pennisetum sp.
- Les montagnes du Nord : elles sont occupées par des savanes arborées soudano-guinéennes recolonisant des défriches forestières sur des sols souvent cuirassés et fortement érodés par le ruissellement. Compte tenu de la fréquence des feux, les espèces pyrophiles y sont dominantes (comme Daniella oliveri).
A ces différentes formations végétales s'ajoutent, le long des cours d’eau, les forêts galeries, initialement omniprésentes, quoi que fortement dégradées, où l'on rencontre Ceiba pentandra, Milicia excelsa, Khaya senegalensis et Vitex doniana. Dans les stations les plus humides, Mitragyna stipulosa est présent.
Cette présentation rapide des principales formations végétales doit cependant être pondérée par la prise en compte des activités humaines qui ont, dans la plus grande partie du territoire, et en particulier dans les zones sud et nord, très fortement altéré et fragmenté les espaces forestiers naturels.
Signalons que les forêts mésophiles semi-caducifoliée auxquelles appartiennent la plupart des forêts du centre du Togo (région montagneuse des monts Togo notamment, et région de Sokodé) sont parmi les écosystèmes qui ont le plus régressé en Afrique et dans le monde au cours des 50 dernières années. Hormis dans certaines aires protégées, ces écosystèmes naturels forestiers ne subsistent au sein des espaces ruraux que sous quatre formes :
-Forêts reliques, fétiches, et/ou forêts sacrées ;
-Vestiges (parfois peu altérés) de forêts galeries le long des cours d'eau ;
-Autres reliques forestières souvent situées sur des sols superficiels ou colluviaux ;
-Les arbres isolés.
1.2. Objets et objectifs généraux de l'étude
Cette étude qui concerne le bois-énergie au Togo s’inscrit dans la suite des «études de collecte et analyse de données pour l’aménagement durable des forêts dans les pays ACP (bois d’œuvre, arbres hors forêt, produits non ligneux….) » dans un programme de partenariat CE-FAO.
Les objectifs assignés à cette étude sont :
- Présenter une revue des données existantes relatives au bois-énergie (bois de feu, charbon de bois et liqueur noire) disponible dans le pays, et cela pour les cinq dernières années à l’échelon national et/ou sub-national ; la revue et la compilation des données devront couvrir les aspects de la production, du commerce et de la consommation du bois-énergie ;
- Comparer et évaluer l’information collectée avec les données fournies par la FAO ; commenter les résultats et compléter les lacunes présentées dans le document FAO, cela de la manière la plus complète possible ; et
- Analyser les tendances passées et présentes du bois-énergie et les orientations futures dans le pays ; cette analyse se fera pour les aspects de l’approvisionnement, de la demande, de la consommation et du commerce dans un contexte national et local.