FAO/SMIAR - Cultures et Pénuries alimentaires  - 03/03 - CÔTE D'IVOIRE (20 février)

CÔTE D'IVOIRE (20 février)

Le conflit déclenché par la tentative de coup d’État, le 19 septembre 2002, a déplacé près d’un million de personnes. Il a éclaté d’abord dans la capitale, Abidjan, et dans les villes de Bouaké et Korogho au nord, puis s’est déplacé à l’ouest vers Man. Dans les bidonvilles d’Abidjan, des milliers de personnes ont fui devant les forces gouvernementales qui ont incendié leurs maisons à la poursuite des rebelles. Dans le nord et le centre du pays, au moins 800 000 personnes ont pris la route du sud. On a dénombré 300 000 PDI dans la région de Man, à l’ouest; 200 000 autres, pour la plupart des travailleurs migrants originaires de pays voisins (Burkina Faso, Guinée, Libéria et Mali) ont quitté le pays. Ces mouvements se sont poursuivis dans plusieurs régions du pays, multipliant le nombre de personnes vulnérables et totalement privées de ressources.

On prévoit pour cette année une diminution de riz (estimée à 617 000 tonnes avant le début de la rébellion) et des autres céréales. Ce recul est attribuable à la fois au mauvais temps et au conflit qui a contraint beaucoup d’agriculteurs à abandonner leurs terres et perturbé les activités de commercialisation. Les régions les plus durement touchées au nord (Bouaké, Katiola, Bouna et Korhogo) produisent normalement environ 80 pour cent du volume total d’ignames cultivés dans le pays, 40 pour cent du riz et presque tout le mil, le sorgho et le fonio. Or les récoltes seraient en train de pourrir dans les champs.

La situation alimentaire est précaire pour les populations vulnérables des régions contrôlées par les troupes rebelles et celles qui se trouvent dans les centres de transit. Dans la ville de Bouaké, occupée par les rebelles dans le centre du pays, plus de 60 pour cent des ménages sont totalement privés de revenu; les autres ont perdu 80 pour cent de leur pouvoir d’achat. Les services médicaux et les médicaments sont chers et très difficiles à obtenir (sans parler des déséquilibres nutritionnels, autre source d’inquiétude). Le PAM a lancé une opération régionale d’urgence visant à soutenir quelque 170 000 personnes pendant cinq mois. Elle se déroulera pour l’essentiel en Côte d’Ivoire mais s’étendra aux pays voisins, Burkina Faso, Mali et Ghana. Des corridors humanitaires établis par le PAM en novembre ont permis de distribuer des vivres dans les régions centrales et septentrionales mais l’ouest demeure difficile d’accès, ce qui préoccupe au plus haut point les organismes d’aide. Au début de février, le PAM avait rejoint environ 91 000 personnes vulnérables, dont 46 000 à Bouaké et dans les villages proches, 18 600 PDI à Daloa et Duekoué et 7 000 PDI à Yamoussoukro et ses environs.