Aujourd'hui il y a un consensus croissant sur le fait que le secteur rural a un rôle décisif et crucial à jouer dans les objectifs de réduction de la pauvreté, de sécurité alimentaire et d'amélioration de la gestion des ressources naturelles. Il est reconnu aussi que la décentralisation peut améliorer les performances des actions orientées vers le développement de ce secteur. La décentralisation et le développement du secteur rural deviennent donc l'une des stratégies principales des organisations internationales. Mais le consensus ne suffit pas. Il faut que dans chaque nation soit organisé le dispositif institutionnel qui permette de transformer ce consensus en développement rural durable et participatif. L'objectif du modèle RED-IFO est d'éclairer les acteurs du développement rural sur les risques, les potentialités et les conditions du succès d'une politique de décentralisation. La clé de voûte du modèle est la création des conditions permettant la participation des populations aux choix et à la réalisation des actions qui déterminent leur devenir.
Mis à part le fait que la décentralisation, pour réussir, doit être un processus général qui doit inclure toutes les modalités de l'intervention publique et une révision du cadre législatif de chaque pays, en ce qui concerne le secteur rural le grand défi de la décentralisation consiste en la gestion de la tension entre la reconnaissance à des initiatives collectives mais locales et l'exigence d'intégrer ces initiatives dans une vision d'ensemble. Comment résoudre cette tension alors que, d'une part, il n'y a pas de marges de manoeuvre ni volonté politique pour revenir aux anciens états interventionnistes et que, d'autre part, une vision d'ensemble et cohérente ne peut pas apparaître automatiquement sur la base seulement de l'addition d'initiatives locales? La différenciation, la régionalisation et le renforcement des associations intermédiaires peuvent aider à la résolution de cette tension. Ces trois dispositifs créent les conditions d'un dialogue entre les acteurs du développement rural.
La FAO reconnaît implicitement dans le modèle présenté que la décentralisation ne peut déployer toutes ses potentialités qu'en étroite relation avec le renforcement de la démocratie en tant que système d'expression des intérêts, des conflits et de médiation. C'est de cette manière que le passage d'une logique de l'offre vers une logique de la demande peut se faire: i) sous l'impulsion des bénéficiaires des politiques, ii) sans que la décentralisation produise de vides et iii) en construisant une stratégie globale, cohérente, participative et porteuse d'une logique incluante de spécialisation productive, modernisation technologique et création d'avantages comparatifs dynamiques, et qui ne joue pas seulement au profit des acteurs les plus forts et les mieux organisés. Ce qui est proposé donc c'est la création d'une nouvelle alliance pour le développement rural durable, viable et participatif, dans lequel les populations rurales participent pleinement "à l'extension des marchés ruraux, de l'épargne et de l'investissement, trois facteurs-clés dans tout processus de développement rural".[28]
La nouvelle alliance ainsi construite permettrait de passer d'une approche sociale du développement rural à une politique d'identification et d'utilisation efficace des activités productives et rentables, non seulement agricoles, dans l'espace rural. Une priorité pourrait ainsi être donnée à la recherche d'alternatives économiques et à l'élargissement des options à disposition des populations rurales.
En dernière analyse, les conditions de la décentralisation supposent que ce qui n'est pas le centre, autrement dit la périphérie vers laquelle on décentralise, soit forte et dynamique, afin que ses acteurs puissent accueillir les fonctions et les actions décentralisées. C'est pourquoi l'orientation de la décentralisation doit être vers un développement de l'espace rural, pour que celui-ci soit un espace de reproduction élargie. Les formes traditionnelles d'intervention de l'Etat centralisé n'avaient pas cette orientation ou, quand elles l'avaient, elle était trop focalisée sur les grands producteurs laissant de côté les petits et moyens producteurs. Le modèle de décentralisation doit donc se traduire par une réorientation des ressources humaines et financières vers l'espace rural et, dans cet espace, vers les populations les plus défavorisées. Ce qui suppose de reconnaître que: "investir dans le développement durable du potentiel de l'agriculture, la foret et la pêche coûtera beaucoup moins dans le long terme que résoudre les problèmes sociaux que produit le manque de développement rural".[29]
14 juillet 1997
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FAO (1992), p. 3. [29] FAO (1995a), p. 1. |