Les pluies de mars ont amélioré les conditions de végétation pour les cultures vivrières de la seconde campagne de 1996, récemment semées. Cependant, les perspectives générales de récolte se sont dégradées du fait de l'insécurité qui règne depuis début mars et qui a de nouveau entraîné des déplacements de population, portant préjudice à l'agriculture. Des problèmes d'insécurité se posent en particulier dans les provinces du sud, qui étaient auparavant calmes, et dans la province rurale de Bujumbura. Les agressions sont fréquentes sur les routes de l'intérieur du pays. Des attaques contre des organisations internationales ont également gêné la distribution des secours.
Dans les provinces du nord, la production de la première campagne de 1996 a également souffert de l'insécurité qui a entraîné une importante réduction des semis et des rendements des cultures de haricots et de céréales. De plus, les mauvaises conditions météorologiques qui ont sévi dans certaines zones localisées ont compromis les récoltes. Début février, la mission FAO/PAM d'évaluation des récoltes et des disponibilités alimentaires a estimé la production à 1,26 million de tonnes, chiffre inférieur de 4 pour cent à celui de la première campagne de 1995 et de 15 pour cent aux niveaux atteints avant la crise. Le recul le plus notable par rapport aux niveaux normaux a été enregistré pour les haricots, le maïs et les pommes de terre qui ont chuté respectivement de 27 pour cent, 23 pour cent et 14 pour cent, passant à 113 000 tonnes, 104 000 tonnes et 17 000 tonnes. La mission avait prévu une production vivrière totale de 3,5 millions de tonnes en 1996 (4 pour cent de moins que la moyenne), à condition que la sécurité soit rétablie de façon durable, que les agriculteurs reçoivent des semences et des outils et que les conditions météorologiques soient favorables. Cependant, vu la détérioration récente de la situation politique et le retour de l'insécurité, il est improbable que ces prévisions se matérialisent.
Les besoins d'importations alimentaires pour 1996 sont estimés à 54 000 tonnes de céréales et 59 000 tonnes de légumes secs. Compte tenu des importations commerciales qui devraient fournir 31 000 tonnes de céréales et 5 000 tonnes de légumes secs, les besoins d'aide alimentaire sont estimés à 23 000 tonnes de céréales et 54 000 tonnes de légumes secs. Par ailleurs, les déficits de production pour les racines et tubercules (161 000 tonnes) et les bananes plantains (125 000 tonnes) devront être en partie comblés par des approvisionnements supplémentaires en céréales et légumes secs. A la mi-mars, l'aide alimentaire annoncée s'élevait à 8 500 tonnes.
La production de céréales et de légumes secs a chuté en 1995 à cause de l'irrégularité des pluies pendant la campagne agricole et des dégâts localisés dus à des ravageurs. En novembre, la mission FAO/PAM d'évaluation des récoltes et des disponibilités alimentaires a estimé la production à 149 000 tonnes, chiffre inférieur de 42 pour cent à celui de la récolte de l'année précédente et largement inférieur à la moyenne des trois dernières années. En conséquence, les besoins d'importations céréalières pour 1996 ont considérablement augmenté (291 000 tonnes). Les importations commerciales devraient atteindre 100 000 tonnes, ce qui s'explique par l'impact positif de la libéralisation des politiques d'importation et par l'accroissement des flux venant d'Ethiopie, où une récolte record a été engrangée en décembre dernier. Le déficit de 191 000 tonnes doit donc être comblé par l'aide alimentaire, dont 79 000 tonnes destinées à quelque 750 000 personnes vulnérables, notamment des agriculteurs dont la récolte a été mauvaise, essentiellement dans les provinces de Seraye, Akele Guzai, Senhit et Barka, et des personnes n'ayant pas un accès suffisant aux vivres. A la mi-mars, les annonces d'aide alimentaire s'élevaient à 58 000 tonnes, dont 18 000 avaient déjà été livrées.
Aucune pénurie alimentaire n'a encore été signalée mais, si une importante aide alimentaire n'est pas mobilisée sans délai, la situation risque de se détériorer à partir de mai/juin, quand les stocks seront épuisés.
Les précipitations moyennes ou supérieures à la moyenne de la troisième décade de février et de la première moitié de mars, qui ont succédé au temps sec, ont amélioré les perspectives de récolte de la campagne "Belg" de 1996, qui sera engrangée à partir de juin. Cependant, les régions occidentales de l'Oromia ont encore besoin de pluies. La campagne Belg ne représente que 7 pour cent environ de la production céréalière totale mais, dans certaines zones, elle assure plus de 50 pour cent des disponibilités alimentaires annuelles.
Les pluies abondantes de mars ont aussi reconstitué les réserves hydriques du sol nécessaires à la préparation des terres et aux semis de la campagne principale de céréales "Meher" de 1996. L'état des pâturages est également satisfaisant par suite de l'amélioration des précipitations.
On estime que la production céréalière "Meher" de 1995 a atteint un niveau record, grâce aux bonnes conditions météorologiques de la campagne, à l'amélioration de la distribution des engrais et à l'absence de ravageurs migrateurs. Si la récolte "Belg" est normale, la production totale de céréales et de légumes secs de 1995/96 devrait atteindre 9,4 millions de tonnes, soit environ 13 pour cent de plus que la récolte supérieure à la moyenne de l'année précédente.
Compte tenu de la bonne production et des niveaux suffisants des stocks de report d'aide alimentaire, la mission FAO/PAM d'évaluation des récoltes et des disponibilités alimentaires a estimé en décembre dernier qu'il ne sera pas nécessaire d'importer des céréales en 1996, en dehors des quantités limitées d'aide alimentaire déjà engagées. L'aide alimentaire annoncée jusqu'à la mi-mars s'élève à 227 00 tonnes, dont 136 000 tonnes ont été livrées.
La situation générale des disponibilités alimentaires reste stable, mais une aide alimentaire est nécessaire pour 3 millions de personnes vivant dans les régions où les récoltes "Meher" ont été réduites et dans des zones traditionnellement vulnérables et sujettes à l'insécurité alimentaire, en particulier les régions du Tigré, du Wollo septentrional, du Walaita et de l'Harar. Le gouvernement a demandé aux bailleurs de fonds d'acheter la majeure partie des secours sur place.
Les semis des cultures de la saison des longues pluies de 1996/97 ont démarré dans de bonnes conditions, après les précipitations abondantes tombées en janvier et en février dans les principales régions productrices, qui ont reconstitué l'humidité des sols.
Les récoltes de céréales de la campagne secondaire des "petites pluies" de 1996, récemment engrangées, sont inférieures aux prévisions en raison des pertes localisées enregistrées dans la province de l'Est, frappée d'épisodes de sécheresse. On estime cependant que la production dans son ensemble est normale. Dans la plupart des zones de pâturage, les petites pluies ont été en général suffisantes et l'état du bétail est satisfaisant.
La production céréalière de la campagne principale des "longues pluies" de 1995 a chuté par rapport à la récolte record de 1994, mais elle est restée au-dessus de la moyenne. La production totale de céréales de 1995/96 est estimée à 3,4 millions de tonnes, soit 9 pour cent de moins que la campagne précédente.
Du fait des deux bonnes récoltes successives et des niveaux élevés des stocks de report, les prix du maïs se sont effondrés depuis la fin d'octobre. Le gouvernement a exporté 400 000 tonnes pour assurer la rotation des stocks et dégager des revenus monétaires pour payer ses dettes envers les agriculteurs. Cependant, afin de satisfaire les besoins normaux de consommation alimentaire, le pays devra importer des quantités limitées de maïs avant la prochaine récolte principale, prévue à partir de septembre.
La récolte des cultures céréalières de la deuxième campagne de 1996, récemment engrangée, a été bonne grâce aux pluies normales ou supérieures à la normale qui sont tombées pendant la période de végétation. Les précipitations ont également facilité la préparation des terres pour les semis de la campagne principale de 1996, en cours actuellement. Les premières perspectives sont bonnes. Selon les prévisions, la production céréalière totale de 1996 s'établirait à 2,1 millions de tonnes, chiffre comparable au record de l'année dernière.
Du fait de l'accroissement de la production de ces quatre dernières années, la situation générale des disponibilités alimentaires reste satisfaisante et le pays est devenu un gros exportateur de maïs dans la région.
Les pluies abondantes et généralisées des derniers mois, qui ont été excessives dans les régions occidentales, ont amélioré les conditions générales de végétation pour les cultures de céréales et de légumes secs de la deuxième campagne de 1996, récemment semées, et ont favorisé le développement des autres cultures vivrières. La disponibilité d'intrants agricoles s'est améliorée grâce à divers projets de relèvement de l'agriculture. Malgré ces conditions favorables, la production risque fort de ne progresser que légèrement par rapport aux récoltes médiocres des campagnes précédentes, en raison des déplacements de populations et des bouleversements économiques dus aux troubles civils. Le nombre de personnes rapatriées pendant le dernier trimestre de 1995 et au début de 1996 est loin d'avoir atteint le niveau espéré malgré es efforts déployés par la communauté internationale pour encourager le rapatriement volontaire.
La mission FAO/PAM d'évaluation des récoltes et des disponibilités alimentaires de décembre a estimé la production vivrière de la première campagne de 1996 à 1,8 million de tonnes, chiffre qui dépasse de quelque 25 pour cent celui de la récolte de l'an dernier, mais qui reste inférieur de 18 pour cent au niveau normal d'avant-guerre. La production de céréales a augmenté de 18 pour cent, passant à 73 000 tonnes, et celles des légumes secs de 56 pour cent, atteignant 117 000 tonnes. La production de racines et tubercules et celle de bananes plantains ont également progressé de 55 pour cent et de 10 pour cent, passant respectivement à 536 000 tonnes et à 1 million de tonnes. L'accroissement de la production est essentiellement dû à l'augmentation des superficies ensemencées, du fait de la reprise des activités agricoles par les personnes déplacées et les réfugiés.
On estime qu'un million de personnes environ continueront à dépendre de l'aide alimentaire pendant le premier semestre de 1996, notamment les groupes vulnérables et les rapatriés.
Les prix des denrées alimentaires, qui ont chuté depuis le deuxième semestre de 1995 du fait de l'amélioration relative de la production et de la distribution d'aide alimentaire, se sont stabilisés en février.
La récolte des céréales de la campagne secondaire "Der" de 1996, engrangée jusqu'en février, est estimée à 110000 tonnes (75 000 tonnes de sorgho et 35 000 tonnes de maïs), chiffre comparable à celui de l'année dernière et supérieur à la moyenne. Grâce aux bonnes précipitations du début de la campagne et par suite de la récolte médiocre de la campagne principale "Gu", les superficies ensemencées ont augmenté et les rendements se sont améliorés. Par contre, la production de la campagne principale "Gu" a reculé de 45 pour cent par rapport à l'année précédente, passant à 172 000 tonnes, ce qui s'explique par la réduction des superficies emblavées, les infestations de ravageurs et l'irrégularité des précipitations. La production céréalière totale de 1995/96 est estimée à 284 000 tonnes, c'est-à-dire un tiers de moins que le niveau d'avant-guerre.
En raison de la baisse de la production céréalière de 1995/96, la situation des disponibilités alimentaires se détériorera à partir de mai, quand les réserves seront quasiment épuisées. Cette situation a été aggravée par l'insécurité persistante régnant dans le pays, qui a entraîné l'interruption des échanges commerciaux et la fermeture fréquente du port de Mogadiscio. En conséquence, les prix n'ont pas baissé sur certains marchés après la récolte et les prix des denrées importées ont augmenté.
Les importations pour la campagne de commercialisation de 1995/96 (septembre/août) sont estimées à 320 000 tonnes, chiffre nettement supérieur à celui de l'année précédente. Les importations commerciales sont estimées à 125 000 tonnes; il reste donc un déficit de 195 000 tonnes qui devra être comblé par l'aide alimentaire. A la mi-mars, les annonces de contribution ne s'élevaient qu'à 22 000 tonnes. Une aide alimentaire substantielle reste indispensable et urgente dans les mois à venir, avant la prochaine récolte de septembre 1996.
Dans les régions pastorales septentrionales, des sécheresses ont été signalées dans plusieurs zones, en particulier dans la région d'Awdal dans le nord-est. Cependant, il y a des raisons de croire que la structure inhabituelle des migrations a permis aux pasteurs de faire face à cette situation. Les prochaines pluies "Gu" à partir d'avril seront déterminantes pour l'état des pâturages et la reprise de l'élevage dans la région.
La moisson du blé de 1996 est commencée. Les perspectives sont bonnes, car la superficie emblavée a augmenté par suite de la hausse des prix et de la politique du gouvernement visant à développer les semis dans les périmètres irrigués. Les rendements devraient être bons en raison des conditions météorologiques satisfaisantes et de l'absence de ravageurs migrateurs. Les dernières estimations établissent la production de blé à 570 000 tonnes, chiffre supérieur à la moyenne et dépassant de 27 pour cent le niveau de l'année dernière.
La principale récolte de céréales secondaires de 1995 a été estimée en décembre par la mission FAO/PAM d'évaluation des récoltes et des disponibilités alimentaires à 3,3 millions de tonnes, soit 28 pour cent de moins que la récolte record de l'an dernier. La superficie emblavée a diminué, car des terres ont été converties à des cultures plus lucratives et les pluies ont été irrégulières en début de campagne; par ailleurs, les rendements ont souffert des précipitations insuffisantes du milieu de la campagne. Le recul de la production est particulièrement net dans les régions traditionnellement vulnérables du Kordofan Nord et Ouest et du Darfour-Nord. Des expédients devraient permettre aux agriculteurs de combler le déficit, mais la situation alimentaire doit être suivie de près dans ces régions.
Au niveau de production prévu, les importations de céréales seront limitées en 1996 à quelque 480 000 tonnes de blé, tandis que les exportations seront réduites au minimum.
Dans les régions méridionales, frappées par des troubles civils prolongés, les difficultés d'approvisionnement alimentaire persistent même si la production est en général bonne. Les besoins d'aide alimentaire pour les victimes de la guerre, les personnes déplacées et les personnes vulnérables sont estimés à quelque 78 000 tonnes. L'insécurité qui se propage depuis le début de l'année a limité l'accès aux zones touchées et gêné la distribution de l'aide alimentaire.
Selon les estimations, la récolte totale des cultures céréalières des petites pluies "Vuli" de 1996, rentrée jusqu'en février, est bonne. Cependant, dans certaines zones localisées du nord du pays, l'insuffisance des précipitations pendant la campagne a nui aux cultures et réduit quelque peu la production.
Dans les zones ayant une seule saison des pluies (les zones centrales, méridionales et occidentales et les hautes-terres du sud-ouest, productrices d'excédents de maïs), les perspectives sont bonnes pour les céréales secondaires de la campagne principale de 1996 en raison des précipitations cumulatives supérieures à la normale tombées depuis le début de la campagne. On signale que l'état du maïs, qui est dans sa phase végétative, est assez satisfaisant; les rendements devraient être bons.
Dans les zones ayant deux saisons des pluies (ceinture côtière septentrionale et hautes-terres septentrionales), les semis des cultures de la campagne principale "Masika" sont en cours. L'humidité des sols est suffisante en raison des pluies normales de février, mais il faudrait encore d'autres précipitations, celles de la première quinzaine de mars ayant été inférieures à la moyenne.
Selon les premières prévisions concernant la récolte céréalière de 1996/97, la production totale s'élèverait à près de 4 millions de tonnes, soit quelque 13 pour cent de moins que la récolte exceptionnelle de l'année dernière, ce qui s'explique par un retour à des rendements normaux.
Les précipitations bénéfiques des derniers mois ont également amélioré l'état des pâturages et du bétail.