La situation précaire des approvisionnements alimentaires dans l'ensemble du pays exacerbe les tensions ethniques et a donné lieu 6 000 personnes ont défilé contre les pénuries persistantes de pain à Leninabad en mai. La situation des approvisionnements en blé demeure extrêmement difficile car les pénuries de devises étrangères restreignent sérieusement les importations commerciales, l'aide alimentaire est limitée et le potentiel de production nationale est miné par la profonde récession économique. Par ailleurs, des pluies exceptionnellement fortes ont causé des inondations et des dégâts généralisés dans les régions occidentales, laissant des centaines de personnes sans abri qui nécessitent une aide d'urgence. Les effets destructeurs des pluies torrentielles et des crues saisonnières sont exacerbés par des années de mauvais entretien des infrastructures vitales mis sur le compte de la basse conjoncture économique.
Pour relancer la production céréalière nationale, en 1995/96, le gouvernement a entrepris des réformes, notamment légalisation de l'agriculture contractuelle, déréglementation des prix du blé et privatisation de 50 000 hectares de terres. L'impact de ces réformes, qui traduisent une évolution de facto au cours des dernières années, est difficile à évaluer. Toutefois, les pénuries de blé et les prix élevés ont amené les agriculteurs à semer du blé sur n'importe quel petit terrain libre non réservé aux cultures des exploitations d'Etat, à savoir parcelles privées, jardins potagers, vergers, bords des routes, rives des fleuves et terres marginales d'altitude non irriguées. Les emblavures de blé ont augmenté mais il est douteux que l'objectif officiel de doublement de la superficie ensemencée (400 000 hectares) ait été atteint. L'ampleur des dégâts dus aux inondations dans les oblasts de Kathlon et Leninabad n'a pas été encore estimée. On ne peut s'attendre de façon réaliste à un redressement abrupt de la production en l'espace d'un an, étant donné les pénuries accablantes de semences de qualité et de capital, d'engrais, d'herbicides, l'entretien médiocre du réseau d'irrigation, les dégâts dus aux inondations et la tendance à la baisse des rendements moyens. Toutefois, la récolte céréalière de 1996 pourrait atteindre entre 265 000 et 300 000 tonnes, si les dégâts dus aux inondations sont contenus et les conditions de croissance demeurent satisfaisantes jusqu'à la moisson de juillet. Le pays aura encore besoin d'aide pour couvrir ses besoins d'importations de 300 000 tonnes en 1996/97 ainsi que d'une aide humanitaire complémentaire.
Une aide alimentaire d'urgence est nécessaire pour une population de 620 000 personnes appartenant à des groupes vulnérables. Le PAM lance un appel pour couvrir les besoins de 400 000 d'entre elles (retraités, veuves de guerre, orphelins, invalides, parmi lesquels on compte des rapatriés et des personnes déplacées à l'intérieur du pays). Les contributions confirmées dans la filière ne couvrent que les besoins du PAM jusqu'en octobre. Les donateurs sont instamment priés de couvrir le déficit de 5 000 tonnes nécessaires d'ici la fin de l'année.