Des poches de famine sont apparues dans plusieurs régions du Liberia à la suite du recul marqué de la production vivrière et de graves perturbations des distributions de secours alimentaires. Quoique certaines zones soient récemment redevenues accessibles, de nombreuses routes permettant de gagner le centre du pays sont encore peu sûres, et l'aide alimentaire ne peut parvenir jusqu'à beaucoup de localités. Une malnutrition grave et des décès dus à la sous-alimentation sont signalés dans les districts de Bomi et de Grand Cape Mount, mais surtout aussi dans la région de Tubmanburg, où les secours alimentaires n'ont pu être livrés que début septembre, après une longue suspension des convois en raison des troubles civils.
Des pénuries alimentaires graves se dessinent dans le sud de la Somalie. Malgré le redressement de la récolte céréalière de campagne principale, la production est restée bien inférieure au niveaux antérieurs à la guerre civile, et elle est particulièrement réduite dans plusieurs régions. On estime que les approvisionnements vivriers seront particulièrement insuffisants dans la basse vallée de Juba, où l'on a pour la troisième fois consécutive rentré une très maigre récolte. La situation vivrière est aussi difficile dans les régions de Hiran et de Gedo, après les baisses de production marquées de l'an dernier. Au Soudan, les difficultés d'approvisionnement sont sérieuses dans les zones traditionnellement déficitaires du nord et de l'ouest du Kordofan, et du nord du Darfour, où la production céréalière de 1995/96 a accusé un net recul, où les réserves des ménages sont réduites et où le pouvoir d'achat est très faible. Une mission de la FAO effectue actuellement sur le terrain une évaluation de la production de céréales en 1996 et de la situation des approvisionnements alimentaires dans le sud du Soudan. Une aide alimentaire doit être apportée d'urgence aux populations frappées par la crise dans ces deux pays.
Au Burundi, la production agricole et les disponibilités alimentaires seront vraisemblablement réduites du fait des sanctions économiques et de l'intensification de la crise sociopolitique ces derniers mois. Les prix alimentaires ont accusé de fortes hausses depuis la fin juillet, et la situation risque fort de se dégrader encore dans les mois à venir, toute importation de céréales étant impossible. Ailleurs dans la région des Grands Lacs, malgré une récolte de céréales qui a été bonne dans l'ensemble en Tanzanie, un grand nombre de personnes ont besoin d'une aide alimentaire pour compenser des pertes localisées de production. Dans la province de Kivu, au Zaïre, l'aggravation des tensions politiques a provoqué de nouveaux déplacements de populations; la situation vivrière reste précaire dans cette zone, et il sera nécessaire de poursuivre l'assistance dans le domaine.
La situation vivrière s'améliore nettement en Afrique australe, après un redressement marqué de la récolte de céréales secondaires rentrée plus tôt dans l'année. La production céréalière totale de la sous-région est estimée à 24 millions de tonnes, soit 65 pour cent de plus qu'en 1995, et 35 pour cent de plus que la moyenne. Les disponibilités de maïs sont suffisantes pour les besoins de la campagne de commercialisation en cours, y compris la reconstitution des stocks, qui avaient été sérieusement dégarnis après la mauvaise récolte de l'an dernier, imputable à la sécheresse. Un excédent exportable de plus de deux millions de tonnes de maïs est attendu, principalement en provenance d'Afrique du Sud et du Zimbabwe. Toutefois une aide alimentaire non négligeable restera nécessaire dans plusieurs pays, en particulier en Angola et au Mozambique. En Namibie, l'état du cheptel s'est dégradé faute d'eau et de végétation sur les parcours.
En Afrique de l'Ouest, les perspectives de récolte sont jusqu'ici généralement favorables. Dans le Sahel, après des précipitations irrégulières en juillet, les pluies plus abondantes de la mi-août et de la fin août ont amélioré les perspectives de récoltes dans la plupart des pays. Toutefois dans les zones qui ont précédemment souffert de la sécheresse, le potentiel de rendement est réduit, et les superficies ensemencées tardivement ou réensemencées auront besoin de pluies jusqu'à une date avancée pour que les besoins hydriques soient satisfaits dans toute la période de végétation. Des acridiens sont signalés dans plusieurs pays du Sahel, mais les dommages aux cultures restent limités. Les perspectives de récolte sont par ailleurs favorables dans les pays riverains du Golfe de Guinée, où la première récolte de maïs a déjà été rentrée. En revanche on ne peut escompter que de médiocres récoltes au Liberia (voir plus haut) et en Sierra Leone, après plusieurs années de troubles civils qui ont gravement perturbé la production et la commercialisation agricoles.