Il est difficile d'obtenir des informations systématiques et fiables concernant la production agricole dans ce pays déchiré par les troubles. Cependant, après les pénuries chroniques de blé des dernières années, les superficies ensemencées en céréales ont été considérablement étendues pour atteindre quelque 400 000 hectares, dont 150 000 hectares environ sont irrigués.
Cette année, les conditions de végétation ont été meilleures que l'année dernière et on s'accorde généralement à dire, comme l'a confirmé la mission FAO de juin/juillet, que la récolte céréalière de 1996 sera de l'ordre de 400 000 tonnes, soit une récolte bien meilleure que celle de l'année dernière. Cependant, la production de la plupart des autres cultures vivrières et fourragères devrait être en baisse, des terres ayant été réaffectées à la culture du blé. La production de coton, principale culture de rente, devrait reculer d'un tiers. La production de viande, de lait et d'oeufs devrait également accuser un fort recul du fait de la pénurie d'aliments concentrés pour animaux et de la réduction des superficies disponibles pour l'affouragement et le pâturage.
Malgré une production céréalière plus abondante en 1996, le pays est très déficitaire en céréales vivrières. Du fait de la pauvreté générale, la situation des approvisionnements devrait rester précaire. Le risque de pénurie alimentaire est particulièrement aigu chez les pauvres des zones urbaines et dans les zones touchées par les troubles civils. On estime à près de 760 000 tonnes les besoins de céréales pour 1996/97, dont 660 000 tonnes destinées à la consommation humaine (soit quelque 360 grammes par personne et par jour pour une population de 5,5 millions d'habitants) et 100 000 tonnes pour l'alimentation animale et d'autres usages, essentiellement semencier. Quant aux disponibilités intérieures, elles s’élèvent à 390 000 tonnes (à l'exclusion des légumineuses et du riz en équivalent de riz usiné), de sorte qu’il reste à importer 370 000 tonnes. Les problèmes de disponibilités de devises étrangères et de solvabilité vont limiter la capacité d'importation du pays et on estime que celui-ci aura besoin de 107 000 tonnes d'aide alimentaire, dont 41 000 tonnes ont été annoncées à ce jour, ce qui laisse un solde non couvert de 66 000 tonnes, outre les disponibilités d’aide d’urgence humanitaire en faveur de 620 000 personnes très vulnérables. Il s'agit notamment des populations déplacées à la suite des troubles civils, des retraités âgés, des veuves de guerre avec enfants, des familles nombreuses monoparentales, des orphelins et des handicapés/invalides. En 1996/97, le pays recevra un appui budgétaire direct de la CE au lieu de l'aide alimentaire à monétiser. Le débours de ces sommes est assujetti à la mise en oeuvre de réformes du secteur agricole, en particulier la réforme agraire et la privatisation de la chaîne de transformation et de distribution des céréales/du pain et la libéralisation des prix des céréales.
Une mission interinstitutions d'évaluation des besoins conduite par le Département des affaires humanitaires s'est rendue dans le pays en octobre et a identifié les besoins d'aide humanitaire d’urgence. Le PAM, les ONG, le CICR et la Fédération internationale des sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge continuent à distribuer des secours, mais on a besoin d'urgence de contributions supplémentaires des donateurs afin d'assurer le maintien de la filière de l'aide d'urgence au-delà de l'hiver en cours.