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2. Aspects méthodologiques


2. Aspects méthodologiques

2.1 Unités de dénombrement

Pour les recensements agricoles, l'unité de dénombrement recommandée est l'exploitation agricole (FAO, 1986c). Toutefois, étant donné que dans de nombreux pays les activités agricoles sont menées dans le cadre du ménage, et qu'il existe souvent une corrélation directe entre le nombre d'exploitations et de ménages, l'emploi de deux notions peut entraîner une certaine confusion. Souvent aussi, l'exploitation est définie par l'intermédiaire du ménage, notamment lorsqu'on utilise les résultats du recensement de la population pour définir le cadre du recensement de l'agriculture.

Toutefois, en réunissant les données sur la base du ménage, on risque de laisser de côté des informations très utiles et sous-estimer la participation des femmes aux activités agricoles. C'est ce qui se produit lorsqu'on axe exclusivement la collecte des données sur le ménage, en se privant ainsi de toute information sur les travailleurs salariés, et lorsque plusieurs exploitations dépendant de différents membres du ménage sont réunies en une seule exploitation correspondant audit ménage.

L'exploitation servant d'unité statistique, les données doivent porter sur la main-d’oeuvre qu'elle utilise. Les données décomposées d'après le sexe doivent être réunies systématiquement à propos de toutes les personnes travaillant sur l'exploitation (membres du ménage et travailleurs salariés). Déjà, de nombreux pays ont introduit certaines questions détaillées sur les travailleurs salariés dans les questionnaires utilisés pour les recensements de l'agriculture.

Néanmoins, dans certains pays, on continue de privilégier les informations sur les membres du ménage aux dépens des données concernant la main-d'oeuvre employée sur l'exploitation. Ainsi, au Zaïre, dans le recensement de 1988-89, des informations détaillées sont réunies sur les membres de ménage tandis qu'à propos des travailleurs salariés il est simplement demandé s'il en est employé ou pas. Il en va de même pour le recensement de l'agriculture réalisé en République dominicaine en 1981, lors duquel des informations détaillées ont été réunies sur les membres du ménage tandis que seul le nombre de femmes et d'hommes employés comme travailleurs salariés était indiqué.

Deuxième aspect important lié à l'unité de dénombrement utilisée dans des recensements: la question des multiexploitations. Quand on retient l'exploitation comme unité de dénombrement, pour éviter le comptage en double des ménages, on est amené à réunir les multiexploitations en une seule. Dans ce cas, les femmes risquent davantage de perdre leur statut d'exploitant en faveur des hommes qui disposent de lopins plus grands et considérés comme les chefs de famille.

Le Programme du recensement mondial de l'agriculture de 1990 (FAO, 1986c) indique:

L'exploitation étant l'unité de dénombrement, toutes les exploitations devraient être dénombrées même si les exploitants appartiennent au même ménage. Il s'agit là d'un problème essentiel en matière de collecte de données. Dans le secteur agricole traditionnel il est très difficile de séparer les exploitations des ménages. On ne peut dénombrer correctement les exploitantes et les exploitants qu'en fixant des critères précis et en formant convenablement les recenseurs (ce problème est examiné plus en détail à la section 3.1).

2.2 Portée

L'idéal serait que les recensements de l'agriculture portent sur toutes les exploitations agricoles, quelles qu'en soient la taille et la situation géographique (en ville ou en zone rurale). Cette exigence correspond aussi au principal objectif du recensement: fournir un cadre à d'autres enquêtes agricoles. Le Programme de 1990 (FAO, 1986c) reconnaît l'importance du recensement en fournissant:

Certains pays ne tiennent pas compte des exploitations situées en zones urbaines ou inférieures à une certaine taille en raison de la difficulté de les identifier ou faute de ressources. Leur raisonnement est le suivant: les activités agricoles réalisées dans ces exploitations ne représentant qu'une part minime de la production agricole totale, elles sont considérées comme mineures ou secondaires.

2.2.1 Prise en compte des zones urbaines

L'exclusion des zones urbaines peut entraîner une sous-évaluation de la contribution des femmes à la production agricole, notamment dans les pays en développement. Dans nombre d'entre eux en effet, des activités telles que le maraîchage ou l'aviculture, activités souvent réalisées par les femmes, en zones urbaines ou périurbaines, représentent un pourcentage important de la production agricole dans ce secteur, cultures de subsistance et cultures de rente confondues.

Il convient donc de définir et de dénombrer ces exploitations. Il appartient ensuite aux pays de décider s'il faut obtenir des informations à leur sujet par l'intermédiaire du recensement de l'agriculture ou par des enquêtes spéciales, selon l'importance que représente le secteur, qu'il s'agisse du nombre d'unités, du nombre de gens concernés ou des activités réalisées.

L'identification des exploitations urbaines réalisant des activités agricoles pourrait être obtenue grâce à l'inclusion dans les questionnaires des recensements de la population de questions spécifiques, par exemple sur les activités économiques principales ou secondaires ou, plus directement, sur les activités agricoles exercées au sein du ménage.

Dans d'autres cas, l'identification des exploitations urbaines est réalisée dans le cadre du recensement de l'agriculture lui-même, comme l'illustre bien le recensement de l'agriculture réalisé en 1989 aux Palaos, où l'on a utilisé pour les zones urbaines un formulaire spécial comportant une question filtre destinée à sélectionner les ménages n'exerçant aucune activité agricole, les ménages (avec une superficie et/ou un nombre d'arbres inférieurs à un certain seuil) menant des activités agricoles réduites et les ménages à recenser au moyen du questionnaire de base. La question était la suivante: "Vous-même ou un membre de ce ménage cultive-t-il un jardin, des cocotiers, des bananiers ou d'autres arbres fruitiers?". En cas de réponse négative, les seules informations recueillies portaient sur la composition du ménage, le bétail et quelques autres points. En cas de réponse positive, si la superficie des terres et/ou le nombre d'arbres était inférieur au minimum, le recenseur utilisait le formulaire abrégé pour recueillir un supplément d'informations de base sur les cultures et les terres. Le questionnaire de base normal était utilisé pour les exploitations urbaines de plus grande taille.

Tous les suppléments régionaux au Programme de 1990 (FAO, 1990d; FAO, 1990e et FAO, 1991d) recommandent la prise en compte des exploitations urbaines.

2.2.2 Prise en compte des petites exploitations

En ne tenant pas compte des petites exploitations on enlève une grande partie de leur utilité comme source de données sur les ressources humaines et sur la production agricole aux recensements de l'agriculture. Dans certains pays, la taille minimum des exploitations à recenser est déterminée par la production de denrées destinées à la vente, ce qui exclut une proportion notable des exploitations produisant des denrées vivrières. Les femmes s'occupant plus souvent que les hommes de la production vivrière sur les petites exploitations, elles courent le risque d'être sous-représentées dans le recensement.

Dans de nombreux pays, les petites exploitations représentent une part non négligeable de la production agricole totale: les trois-quarts au Kenya, même pour les principales cultures de rente (au premier rang desquelles le café et le thé) ainsi que la quasi-totalité des vivres autoconsommés et des vivres commercialisés. Les deux cinquièmes au moins des petites exploitations de ce pays sont exploités par les femmes (Banque mondiale, 1989a).

Le Programme du recensement mondial de l'agriculture ne propose pas de limite minimum uniforme, ces limites variant en fonction de la structure de la production agricole dans chaque pays (FAO, 1965; FAO, 1976 et FAO, 1986c). Toutefois, étant donné la part importante jouée par les petites exploitations dans la production alimentaire, il est toujours souhaitable de fixer ces limites aussi bas que possible et de réaliser des enquêtes spéciales et/ou des études pour recueillir des données sur ces exploitations.

En l'absence de directives dans ce domaine, c'est au pays qu'il appartient seul de décider de la limite à fixer. Dans certains pays, le raisonnement est qu'il est préférable d'enquêter sur les cultures de rente plutôt que de réunir des données sur la production alimentaire, ce qui conduit à laisser de côté beaucoup d'exploitations. Il en résulte une perte d'informations d'une grande importance pour la formulation des politiques et la planification dans les domaines tels que l'amélioration des conditions d'existence de la population rurale et la sécurité alimentaire. Les pays peuvent trouver un juste équilibre entre la charge que représentent - sur le plan financier - la réalisation d'un recensement agricole et la nécessité d'obtenir ce type d'information. En outre, l'absence de tout critère de normalisation de la taille minimum rend difficiles les comparaisons entre pays.

Bien que le Programme du recensement mondial de l'agriculture recommande que des enquêtes spéciales soient réalisées pour obtenir des informations sur les petites exploitations non recensées, de telles études sont rarement entreprises. Par ailleurs, dans de nombreux pays, le cadre utilisé pour des enquêtes spéciales sur l'agriculture est conçu à partir des résultats du recensement de l'agriculture. En conséquence, il existe le risque que toutes les enquêtes laissent de côté les petites exploitations. La catégorie la plus vulnérable de la population agricole - au sujet de laquelle on a le plus besoin d'information - risque d'être totalement laissée à l'écart.

Pour des raisons pratiques, on est souvent obligé de limiter le dénombrement aux exploitations d'une taille supérieure à un certain seuil. Le problème qui se pose alors est de recenser toutes les exploitations en distinguant:

Le problème de savoir comment fixer cette limite et comment enregistrer les petites exploitations en vue d'une enquête plus approfondie est en rapport direct avec la définition du cadre utilisé pour le recensement agricole. Il faut définir ce cadre en veillant à ce que toutes les exploitations soient au moins dénombrées. A partir de là, on peut rechercher des informations sur un groupe de ces exploitations en utilisant des instruments différents.

2.3 Bases de recensement

Certains pays disposent d'un registre des exploitations bien organisé et à jour, qui contient des informations essentielles sur les exploitations et indique celles qui se créent et celles qui disparaissent. Ces registres peuvent constituer une base idéale pour le recensement, qui peut dans ce cas se limiter sans trop de difficultés à un dénombrement par sondage. Le problème ne se pose que pour les exploitations qu'on pourrait qualifier de non institutionnalisées et qui ne seraient donc pas enregistrées. Malheureusement, un registre complet et mis à jour régulièrement est un instrument coûteux, qui suppose des systèmes administratifs et statistiques très élaborés. Dans la plupart des pays, de tels registres n'existent pas, et, s'ils existent, ils ne sont ni à jour ni complets. Dans ce cas, le dénombrement peut être basé sur les résultats du recensement de la population lorsque celui-ci n'a pas lieu trop longtemps avant le recensement de l'agriculture. Il est alors possible d'inclure dans le recensement de la population des questions essentielles pour mieux cerner les informations à obtenir dans le cadre du recensement de l'agriculture.

La méthode consistant à utiliser les résultats du recensement de la population pour établir la base du recensement de l'agriculture est très répandue. Toutefois, cette formule peut présenter certaines difficultés en raison du manque de coordination entre les organisateurs des deux recensements. L'expérience acquise dans les pays africains (FAO, 1991b) a permis de recenser les problèmes suivants:

A la treizième session de la Commission des statistiques agricoles pour l'Afrique, il a été proposé de favoriser l'exploitation des résultats des recensements de la population en prévision des recensements et enquêtes sur l'agriculture:

La dernière proposition est en contradiction avec l'un des principes fondamentaux du recensement de l'agriculture, qui consiste à retenir l'exploitation comme unité de dénombrement. Elle soulèverait également les problèmes déjà évoqués (voir section 2.1).

Dans de nombreux pays, les recensements de la population contiennent déjà certains éléments qui peuvent être utiles pour constituer la base des enquêtes sur l'agriculture. Ainsi, les questions sur les activités principales et secondaires permettent de définir les ménages dont un ou plusieurs membres s'adonnent à l'agriculture. Il est possible d'utiliser d'autres questions clé pour identifier les petites exploitations et celles où est pratiquée une agriculture de subsistance qui devront faire l'objet d'enquêtes ou de questionnaires spéciaux dans le cadre du recensement agricole.

Lorsqu'il n'est possible d'utiliser ni les registres ni les résultats du recensement de la population, il faut procéder à un dénombrement sur la base des zones utilisées pour le recensement de la population ou d'après les listes des villages ou des localités. Dans ce cas, le recenseur dénombre toutes les exploitations d'une localité ou d'un village donné soit en se rendant dans chaque foyer soit en interrogeant les autorités locales.

Cette phase est extrêmement importante pour obtenir des informations sur les petites exploitations et sur celles où est pratiquée l'agriculture de subsistance. Habituellement, les recenseurs emploient quelques questions filtres ou un questionnaire abrégé pour identifier les exploitations. A ce stade, ils peuvent obtenir des informations utiles sur les petites exploitations et sur les activités agricoles réalisées par les ménages vivant en zone urbaine. Quelques questions supplémentaires du questionnaire abrégé pourraient en fournir des informations essentielles sur les catégories d'exploitation non inventoriées lors du recensement. Ces informations pourraient être utiles et suffisantes pour constituer le cadre d'une enquête spécifique. Il faut se demander s'il est préférable de compliquer légèrement le recensement de la population en y ajoutant quelques questions supplémentaires ou de supporter le coût d'une nouvelle enquête.

2.4 Unités de subsistance

L'agriculture de subsistance figurait parmi les thèmes importants examinés par la Consultation interinstitutions de 1991, qui a reconnu la nécessité de la rendre plus visible (FAO, 1991c).

On a défini l'unité de subsistance comme une unité qui ne procède à aucune transaction économique avec d'autres unités et consomme ce qu'elle produit (Urdaneta-Ferran, 1991). En réalité, à de rares exceptions près, une telle unité n'existe pas. On trouve souvent, notamment dans les pays en développement, des exploitations dont les échanges avec le reste de l'économie sont relativement peu fréquents.

On a constaté que la collecte de données exigeait une définition et des critères précis pour désigner les unités de subsistance et les unités de commercialisation. Définir les unités de subsistance est très utile pour orienter les politiques et la planification car leur contribution à la production agricole nationale peut être importante en termes monétaires. En outre, ces exploitations emploient beaucoup de gens, qui en tirent la base de leurs moyens d'existence. Cette catégorie de la population agricole - constituée en majeure partie de femmes - est celle qui a le plus besoin de formation, de crédits, de services de vulgarisation et d'autres prestations pour lesquelles il est indispensable de disposer d'informations détaillées. Des décisions appropriées dans ce domaine peuvent non seulement améliorer les conditions d'existence de la population concernée mais aussi influer sur le niveau général de production en permettant à ceux qui n'y ont généralement pas accès de disposer de ressources productives.

Même si l'éventail des unités de subsistance, des unités commerciales et des unités mixtes est très large, des critères précis peuvent aider à définir ces différentes catégories d'exploitations. La répartition des unités et son évolution peuvent modifier l'offre ainsi que l'importance relative des transactions monétaires et non monétaires (Urdaneta-Ferran, 1991).

Le problème du dénombrement des unités de subsistance dans le cadre du recensement de l'agriculture est strictement lié à celui de la taille minimum dont nous avons déjà parlé. En fixant cette limite le plus bas possible, on peut élargir le degré de couverture de ce secteur particulier de la population et de la production agricoles.

Le Programme de 1990 ne suggère ni définition ni critère en ce qui concerne le recensement des unités de subsistance. Le Programme de 1970 en avait envisagé mais l'idée avait ensuite été abandonnée à cause de mauvais résultats obtenus dans maints pays en développement.

Dans le Programme de 1970 (FAO, 1965), la distinction entre les deux types d'exploitations était fondée sur les définitions suivantes:

On pourrait reproposer d'adopter ce critère simplifié décidant de considérer comme unités de subsistance les exploitations dont plus de 50 pour cent de la production est autoconsommée. Toutefois, il faut pour cela que la classification soit faite a priori et que le recenseur et le déclarant optent pour l'une ou l'autre catégorie au début de l'interview. Des questions du type "une partie de la production est-elle destinée à la vente?" ou "avec quelle fréquence la production est-elle mise sur le marché?" permettraient de fixer la limite lors de l'analyse des résultats. La répartition entre unités de subsistance et autres unités serait faite a posteriori.

Lorsqu'on considère les catégories d'exploitation, la question se pose de savoir comment classer unités institutionnalisées et autres unités. Nous n'aborderons pas ce point ici. Toutefois, on peut remarquer qu'à l'échelon international on considère généralement que la distinction est fondée sur la façon dont l'unité productive est organisée et entretient des relations avec le reste de la société (Urdaneta-Ferran, 1991). En conséquence, l'utilisation de critères et de définitions appropriés pour les exploitations et une prise en compte de la totalité d'entre elles - petites unités et unités de subsistance comprises - seront une source de données non négligeable pour l'étude de ce secteur de l'économie. Les pays désireux de formuler des orientations spécifiques dans ce domaine ont besoin de tels critères et définitions, qui sont une base d'informations utile pour des comparaisons au niveau international.

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