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Synthèse de l'Atelier

Y. Bigot*

[* CIRAD, B.P. 5035, 34302 Montpellier Cedex (France).]

Dans son allocution, M. Bigot s'est longuement étendu sur les thèmes abordés au cours des débats. Il a rappelé que la technologie de la traction animale (TA) ne datait pas de hier et qu'il fallait tirer les leçons du passé. Certains programmes de recherche-développement mis en place en Afrique de l'Ouest semblent avoir été conçus comme si rien n'avait jamais existé auparavant alors qu'en Afrique subsaharienne, les tentatives, réussies ou non, d'introduction de la TA faites depuis plus d'un siècle sont riches d'enseignements. Il s'agit non seulement de dégager les leçons du passé mais aussi de tirer parti des expériences réalisées partout dans le monde. Il n'est pas nécessaire de refaire des recherches qui ont déjà été conduites ailleurs.

Le Réseau a donc un rôle de premier plan à jouer pour indiquer aux programmes nationaux les réalisations et les connaissances spécialisées qui existent déjà. D'une certaine façon, c'est ce à quoi s'est employé l'Atelier. Bien que l'objectif visé était de susciter l'émergence de thèmes de recherche, la plus grande partie du temps avait été consacrée à l'échange d'expériences. Dans ce sens, l'Atelier avait constitué un événement fécond, mais n'avait pas atteint le but qu'il s'était fixé.

M. Bigot a ensuite fait le point sur l'évolution de la TA en Afrique de l'Ouest depuis la création du ROATA en 1985. L'une des principales caractéristiques de cette évolution était que la technologie avait acquis ses lettres de noblesse en Afrique de l'Ouest et que les politiciens s'épargnaient désormais le mal qu'ils se donnaient dans les années 60 et 70 pour entraver les opérations de TA. D'une importance comparable est le fait que l'on se rende compte que les technologies de la TA sont souvent subordonnées aux particularités des régions. C'est ainsi que dans les ouvrages publiés de nos jours, ou ne trouve plus guère les directives généralisées ou les recommandations d'application générale qui caractérisaient les publications sur la TA des années 50, 60 et 70. Il ne faudrait pas sous-estimer l'importance de cette évolution, car elle représente un changement d'attitude radical à l'égard de la recherche et du développement: on s'abstient aujourd'hui de rechercher ou de recommander des solutions universelles.

Par ailleurs, il apparaît que la TA est intégrée aux systèmes de production, et que l'effet de l'approche système adoptée par le Réseau s'étend à l'ensemble du processus de recherche-développement. Ce phénomène s'observe également dans la planification des projets et la modélisation économique: les projets ne se fondent plus sur des modèles économiques et financiers rigides d'utilisation de la TA. Cette approche pluridisciplinaire a également contribué à l'engagement de zootechniciens et de spécialistes de l'élevage dans les programmes de recherche et de développement dans le domaine de la TA. Ainsi, comme on a pu l'observer, un grand nombre de participants à l'Atelier étaient des zootechniciens, et l'animal était au coeur de plusieurs débats. Il y a quelques années, un atelier comme celui-ci aurait été dominé par la présence d'ingénieurs du génie rural. C'est un autre signe d'évolution. Le regain d'intérêt pour la TA ne devra toutefois pas masquer l'importance des rôles complémentaires de l'énergie humaine et de l'énergie mécanique; c'est un risque dont le Réseau devra prendre conscience.

Après avoir rappelé que les groupes de discussion étaient arrivés à la conclusion qu'il était superflu d'entreprendre des recherches fondamentales sur le matériel de culture attelée, M. Bigot a constaté que l'opposition entre avantages et désavantages des instruments polyvalents et monovalents n'était toujours pas résolue et qu'elle ne le sera qu'au cas par cas. D'autre part, si la recherche fondamentale sur le matériel n'apparaît pas nécessaire, il y a lieu en revanche d'étudier l'aspect approvisionnement en matériel de trait ainsi que sur les distorsions dues aux interventions effectuées par les projets, à l'unicité des fournisseurs et au peu de cas fait du secteur artisanal ou informel.

Alors qu'il ne semble y avoir aucune raison valable d'engager des études sur les questions économiques ou sur la modélisation, le champ d'application de recherches fondamentales plus poussées sur les animaux apparaît considérable, encore que la question de savoir s'il fallait effectuer des recherches de type "masque à gaz" en milieu contrôlé ou s'il était préférable de conduire toutes les recherches dans les systèmes de production cibles demeure controversée. L'expérimentation avec des animaux comporte un certain nombre de problèmes et la normalisation des protocoles expérimentaux est indispensable. Les recherches zootechniques ne devraient pas simplement concerner des animaux particuliers mais englober l'analyse de l'ensemble du secteur de l'élevage, y compris les interactions agriculture-élevage.

L'une des principales conclusions de l'Atelier est que la recherche fondamentale s'avère rarement nécessaire et que la recherche - action appliquée répond mieux aux situations prévalant en Afrique. Les technologies actuellement utilisées pourraient être adaptées à divers systèmes de production selon un processus itératif. Bon nombre de technologies sont propres aux zones écologiques où elles sont mises en oeuvre et il faudrait privilégier l'échange d'expériences au sein de chacune de ces zones.

Sur la base de cette analyse, M. Bigot a conclu que le Réseau devrait s'attacher à faire la distinction entre les différentes zones bioclimatiques de l'Afrique de l'Ouest et organiser les futurs ateliers en conséquence. Le rassemblement de praticiens de la TA opérant dans des conditions écologiques semblables favoriserait les discussions approfondies centrées sur une région précise et permettrait de déboucher sur des recommandations de recherche bien définies. Il reste cependant que le Réseau doit éviter de mettre l'accent sur la recherche en tant que telle mais devrait plutôt s'employer à constituer une source internationale d'information. Il s'attachera par ailleurs à renforcer, au travers d'activités d'échangés et de formation, les compétences de ses membres individuels, qu'il engagera à effectuer des études de diagnostic bien définies dans leur propre pays. La recherche sur la TA faisant appel à un type particulier d'opérateur, les projets devront avoir la souplesse requise pour permettre aux personnes et aux ressources de passer d'un pays à l'autre. Il faudrait peut-être envisager la possibilité de mettre les programmes de recherche en adjudication afin que les meilleures équipes de recherche thématique obtiennent l'appui qu'elles requièrent.

Les commentaires de l'auditoire avaient insisté sur le risque potentiel de se concentrer sur la recherche pour la recherche, au détriment des petits exploitants agricoles. Il existe un autre risque: celui de considérer la TA d'un point de vue masculin et de se désintéresser de l'utilisation potentielle de l'énergie animale comme moyen de soulager le travail des femmes.


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