Previous PageTable Of ContentsNext Page

I. Utilisations

Les ressources forestières du Niger font l’objet de différents types de pressions qui conduisent à leur dégradation. Parmi les principales causes de cette dégradation on peut citer la satisfaction de la demande en bois, les effets des variabilités climatiques (sécheresses périodiques) et l’accroissement des terres de cultures. Nous allons voir ci-dessous les effets supposés de chacun de ces facteurs.

 

1.1. Demande en bois

1.1.1. Bois-énergie

L’une des principales utilisations des ressources forestières est l’exploitation du bois, notamment le bois de chauffe. Pour donner une idée du niveau de la demande en bois-énergie nous avons utilisé deux méthodes exposées ci-après.

 

a./ Estimation de la demande en fonction des différents milieux

Plusieurs enquêtes de consommation de bois-énergie ont été réalisées au Niger sur financement de divers projets : GTZ, FED, Projet Energie II, etc. Ces différentes enquêtes ont démontré que la demande de bois de feu est fonction de plusieurs paramètres, parmi lesquels le milieu (rural ou urbain) et la taille de l'agglomération. En 1989, pour la première fois, la Cellule Technique de Coordination Foyers Améliorés (CTFED) a fait le point de ces enquêtes, ce qui a permis de standardiser comme suit la consommation de bois des ménages selon le milieu :

Grands centres urbains : 0,6 kg/personne/jour ;

Villes moyennes : 0,7 kg/personne/jour ;

Milieu rural : 0,8 kg/personne/jour.

Cette compilation reste l'unique référence pour les études effectuées depuis.

En considérant les chiffres du dernier recensement général de la population (RGP 1988) et sur la base de données sus indiquées, les besoins en bois-énergie se présentaient comme suit en 1991, par département (tableau n°1) :

 

Tableau n° 1 : Besoins en bois-énergie calculés en 1991.

Département

Besoins en tonnes (1)

Besoins corrigés en tonnes (2)

Agadez

54.424

80.424

Diffa

53.613

53.613

Dosso

294.206

312.206

Maradi

395.146

435.146

Tahoua

375.203

394.203

Tillabéri

386.975

390.975

Zinder

400.997

425.995

Niamey (CUN)

87.220

220.220

Total besoins

2.047.784

2.312.784

Source: Plan National de Lutte Contre la Désertification (1991).

En corrigeant ces données calculées à partir de la population (colonne (1)) par la prise en compte des chiffres obtenus lors des enquêtes réelles de consommation au niveau des grands centres urbains, les besoins de bois de feu en 1991 sont donnés dans la colonne (2). Compte tenu de certaines questions que suscitent les données du RGP, ces derniers chiffres (colonne (2)) nous paraissent plus réalistes : la demande totale du pays en bois-énergie pouvait donc être estimée à 2.312.784 tonnes en 1991. Sur cette demande totale, les besoins des populations rurales se chiffraient à environ 1,8 millions de tonnes, contre 512.784 tonnes pour les grands et moyens centres urbains cumulés, soit respectivement 78% et 22 %.

La demande en bois-énergie croissant sensiblement au même rythme que la population (3,2% par an à l’échelle du pays), l'évolution du niveau de la demande se présenterait comme suit (Tableau n° 2) :

 

Tableau n°2 : Evolution de la demande en bois-énergie

Evolution de la demande en bois-énergie

Années

Besoins ruraux

Besoins urbains

Demande

totale

Tonnes

Tonne

Tonnes

Stères

1991

1 800 000

512 784

2 312 784

9 636 600

1992

1 857 600

529 193

2 386 793

9 944 971

1993

1 917 043

546 127

2 463 170

10 263 210

1994

1 978 389

563 603

2 541 992

10 591 633

1995

2 041 697

581 639

2 623 336

10 930 565

1996

2 107 031

600 251

2 707 282

11 280 343

1997

2 174 456

619 459

2 793 915

11 641 314

1998

2 244 039

639 282

2 883 321

12 013 836

1999

2 315 848

659 739

2 975 587

12 398 279

2000

2 389 955

680 850

3 070 806

12 795 024

2001

2 466 434

702 638

3 169 072

13 204 465

2002

2 545 360

725 122

3 270 482

13 627 008

2003

2 626 811

748 326

3 375 137

14 063 072

2004

2 710 869

772 272

3 483 142

14 513 090

2005

2 797 617

796 985

3 594 602

14 977 509

2006

2 887 141

822 489

3 709 629

15 456 789

2007

2 979 529

848 808

3 828 338

15 951 407

2008

3 074 874

875 970

3 950 844

16 461 852

2009

3 173 270

904 001

4 077 271

16 988 631

2010

3 274 815

932 929

4 207 744

17 532 267

Il y a lieu de rappeler que la particularité de ces chiffres est qu’ils n'intègrent pas la demande en bois de service et d'œuvre et ne prennent pas en compte l’effet de l’urbanisation.

b./ Estimation de la demande à partir de la consommation globale annuelle

Selon une autre étude effectuée par la Banque Mondiale en 1984, la demande globale annuelle de bois par personne est de 293 kg, soit 1,22 stères, dont :

- 91%, c'est-à-dire 267 kg ou encore 1,11 stères, correspondent au bois de feu sensu stricto ;

- 9%, soit 26 kg ou encore 0,1 stère pour le bois de service.

 

Cette étude fixe à environ 240 kg le poids d'un (1) stère.

Sur ces bases l’évolution des niveaux de la demande dans le temps est donnée dans le tableau n°3 ci-après.

 

Tableau n°3 : Evolution de la demande en bois-énergie

Années

Population

Demande en bois-énergie I

Demande en bois-énergie II

En Tonnes

En Stères

En Tonnes

En Stères

1988

7 250 000

1 935 750

8 065 625

2 124 250

8 851 042

1989

7 482 000

1 997 694

8 323 725

2 192 226

9 134 275

1990

7 721 424

2 061 620

8 590 084

2 262 377

9 426 572

1991

7 968 510

2 127 592

8 864 967

2 334 773

9 728 222

1992

8 223 502

2 195 675

9 148 646

2 409 486

10 039 525

1993

8 486 654

2 265 937

9 441 403

2 486 590

10 360 790

1994

8 758 227

2 338 447

9 743 527

2 566 160

10 692 335

1995

9 038 490

2 413 277

10 055 320

2 648 278

11 034 490

1996

9 327 722

2 490 502

10 377 091

2 733 022

11 387 594

1997

9 626 209

2 570 198

10 709 157

2 820 479

11 751 997

1998

9 934 248

2 652 444

11 051 850

2 910 735

12 128 061

1999

10 252 144

2 737 322

11 405 510

3 003 878

12 516 159

2000

10 580 212

2 824 917

11 770 486

3 100 002

12 916 676

2001

10 918 779

2 915 314

12 147 142

3 199 202

13 330 009

2002

11 268 180

3 008 604

12 535 850

3 301 577

13 756 570

2003

11 628 762

3 104 879

12 936 997

3 407 227

14 196 780

2004

12 000 882

3 204 235

13 350 981

3 516 258

14 651 077

2005

12 384 910

3 306 771

13 778 213

3 628 779

15 119 911

2006

12 781 227

3 412 588

14 219 115

3 744 900

15 603 748

2007

13 190 227

3 521 790

14 674 127

3 864 736

16 103 068

2008

13 612 314

3 634 488

15 143 699

3 988 408

16 618 366

2009

14 047 908

3 750 791

15 628 297

4 116 037

17 150 154

2010

14 497 441

3 870 817

16 128 403

4 247 750

17 698 959

NB:

- la Demande en bois-énergie I est la demande en bois-énergie sensu stricto, c'est à dire celle estimée sur la base de la demande unitaire de 267 kg/Personne/an ;

- la Demande en bois-énergie II est la demande en bois-énergie estimée sur la base de la demande totale (bois de feu et de service) et uniforme (quel que soit le milieu) de 293 kg/Personne/an (soit 0,8 kg/pers/jour), étant entendu qu’en fin de compte le bois de service est en général également utilisé comme bois de feu.

En conclusion on peut constater que les chiffres de demande en bois-énergie calculés par les deux (2) voies sont grossièrement identiques.

Ainsi, la demande nationale en bois-énergie sera de l’ordre de 3,1 millions de tonnes, soit environ 12,916 millions de stères en l’an 2000. Si les tendances actuelles (évolution de la population et des besoins...) se maintiennent, à l’horizon 2010, cette demande pourrait se situer à 4,248 millions de tonnes, soit 17,7 millions de stères ; ce qui est énorme en comparaison avec le capital forestier du pays et à sa capacité de régénération.

La proportion des quantités consommées dans les villes par rapport à la consommation totale augmente dans le temps. Mais, vu la prépondérance actuelle de la consommation rurale (78%), le faible revenu des ménages et le renchérissement des produits de substitution, il parait très difficile d’envisager à court ou même à moyen terme de se passer de cette ressource énergétique. Le bois-énergie restera donc, pour longtemps encore, la principale source d’énergie des ménages nigériens.

 

1.1.2. Bois de service et d'œuvre

La consommation nationale de bois de service est importante, mais encore plus difficile à évaluer. Cette consommation a la particularité de s’intéresser quasi exclusivement au bois vert. Elle a été évaluée en 1990 à 113.000 tonnes par an (Projet Energie II : M.Hamadou in Secteur économique bois au Niger). Remarquons que cette demande est intégrée dans l’évaluation de la demande en bois-énergie.

Quant au bois d’œuvre, il est essentiellement importé des pays côtiers tels que la Côte d’Ivoire, le Nigeria, le Bénin et le Ghana.

 

1.2. Autres utilisations

1.2.1. Agriculture

Le défrichement des terres aux fins d’installation de cultures constitue également une importante cause de l’utilisation des ressources forestières. En effet, la pression foncière consécutive à l’augmentation de la population se traduit par des défrichements importants en vue de l’extension des superficies cultivées, la mise en cultures des terres marginales (pentes, sols pauvres) et la réduction, voire la disparition de la pratique des jachères, avec comme conséquences un abaissement de la fertilité des sols et l’exacerbation du phénomène d’érosion. Aucune estimation récente n’a été faite à ce sujet au Niger, mais selon le Centre Technique Forestier Tropical (France), dans les années 70 le taux de réduction des terres forestières sahéliennes au profit des terres cultivables était estimé à un taux de 0,625 hectare par an et par nouvel habitant rural.

 

1.2.2. Autres

Au Niger le couvert ligneux joue un rôle de première importance dans l ’alimentation du bétail, notamment en saison sèche quand la paille, lorsqu’elle existe, est de piètre qualité nutritive. Ici le problème réside dans le fait que la ressource est surexploitée, avec souvent des abus sur le potentiel (coupes sévères de branchages). Par ailleurs, les sous-produits forestiers (fruits, feuilles, racines,...) contribuent significativement à l’alimentation des populations, notamment en cas de disette, et à la pharmacopée.

A ces principales utilisations, il faut ajouter les feux de brousse qui contribuent également à la disparition du couvert forestier. Le tableau n°4 suivant donne une idée de l’importance de ce fléau.

 

Tableau n°4 : Situation des feux de brousse entre 1989 et 1996.

Paramètres

Années

 

1989

1991

1992

1993

1994

1995

1996

Fréquence des feux (nb de cas)

150

78

62

53

107

162

75

Estimation de la superficie brûlée (ha)

318535

103165

174110

79255

322872

255600

15532

Source: Ministère de l’Hydraulique et de l’Environnement (Direction de l’Environnement).

 

1.3. Conclusions partielles

Le niveau des besoins en produits forestiers est très important au Niger et les utilisations faites des ressources forestières ne sont pas de nature à permettre leur pérennité.

En plus de ces pressions anthropiques, le couvert forestier est soumis aux effets du climat. Sur la base de leurs constatations, les paysans nigériens savent qu'il y a régression climatique. En effet, dès qu’une question leur est posée dans ce sens, ils répondent qu'autrefois "il pleuvait plus abondamment et la saison pluvieuse était plus longue".

Des études et analyses faites sur la pluviométrie tendent à indiquer :

** soit un raccourcissement de la saison des pluies à cause d'un début tardif ou une fin précoce (Daouda, 1996) ;

** soit une tendance à la baisse des précipitations et un glissement des isohyètes vers le sud responsable (i) de la mort sur pied de certaines espèces ou de peuplements entiers (Souley, 1994) ou (ii) de la disparition de certaines espèces de leurs aires habituelles de distribution (Larwanou, 1998 et DFS, 1989).

Ainsi, le climat serait en partie responsable de l'évolution de la couverture forestière du Niger durant ces trois dernières décennies et qui se traduit notamment par :

** la mort sur pied d'espèces et peuplements forestiers : c'est le cas de la forêt de Mounouk (60.000 ha) ;

** la disparition de certaines espèces de leurs zones de répartition se traduisant par l'expansion vers le sud (zones plus arrosées) d'espèces anciennement connues au Nord. Cet état de fait a entraîné la disparition ou la raréfaction de certaines espèces dans certaines zones du territoire national. A titre d'exemple, selon Ahidon M. (1998), dans la région de Gouré, le Leptadenia pyrotechnica est devenu plus abondant à la suite de la sécheresse de 1984 qui a entraîné la disparition des Acacia, du Commiphora africana et du Balanites aegyptiaca ;

** la concentration de certaines espèces (exemple Acacia leata), autrefois plus répandues, dans des micro-habitats (forêts de dépression) ;

** et certainement des perturbations dans la croissance des peuplements (productivité), même si cet aspect est beaucoup plus difficile à évaluer.

 

Toutes ces diverses pressions se traduisent par une régression des terres forestières. Nous avons déjà vu que les superficies ainsi perdues sont véritablement inconnues.

Elles étaient évaluées à 70.000 ha en 1970. Mais en 1993, la FAO (CNEDD-Inventaire des Gaz à effet de serre, 1999) évaluait à 190.400 hectares la superficie totale des terres forestières annuellement défrichées (donc perdues) au Niger. Nous pensons que, compte tenu de toutes les pressions évoquées plus haut, ce chiffre se justifie largement ; c’est pourquoi nous le prenons (et conseillons de le prendre ) en considération dans l’analyse prospective de l’évolution des superficies des terres forestières du pays.

Notons enfin qu’une comparaison entre ce chiffre et celui des superficies plantées annuellement fait ressortir la faiblesse de l’impact des efforts actuellement déployés pour lutter contre la dégradation de cette ressource par le biais de la reconstitution artificielle.

 

 

 

 

Previous PageTop Of PageNext Page