C'est un fait bien connu que dans les pays en développement le bois est de loin la plus importante source d'énergie. En revanche, on sait moins que la production d'énergie est encore, en volume, la première utilisation qui est faite du bois en Europe, puisque plus de 45 % du volume des quantités enlevées y sont consacrés. Ce bois peut revêtir la forme de bois de chauffage classique, de déchets de bois provenant des industries de transformation (y compris les “liqueurs noires” produites par les sulfates utilisés dans la fabrication chimique des pâtes à papier) et de bois usagé. Ce chapitre décrit la situation actuelle et les tendances depuis les années 70, ainsi que les principaux facteurs susceptibles de déterminer les perspectives d'avenir, et présente deux scénarios sur l'utilisation du bois comme source d'énergie d'après une enquête faite auprès des correspondants nationaux.
La qualité de l'information statistique sur l'énergie tirée du bois est inférieure à celle des branches plus “industrialisées” du secteur, à cause du caractère décentralisé, dispersé, de l'utilisation énergétique du bois, et du fait que l'énergie ainsi obtenue est souvent consommée directement par les propriétaires de forêts eux-mêmes ou les industries forestières, qui n'ont rien à payer pour l'obtenir et ne sont donc pas obligés de tenir une comptabilité à ce sujet. Etant donné l'importance de cette question, le secrétariat, au cours des 15 dernières années, a instamment demandé aux correspondants nationaux d'établir et de soumettre des estimations dans le cas où les données effectives feraient défaut. L'analyse faite dans ce chapitre, comme dans le chapitre correspondant de la quatrième Etude, n'aurait pas été possible sans cette contribution.
Le présent chapitre s'inspire très largement du travail de M. G.A. Morin (France), consultant auprès du secrétariat, qui participe depuis les années 70 aux travaux de la CEE et de la FAO sur le bois et l'énergie. Le secrétariat saisit cette occasion pour remercier M. Morin de sa précieuse collaboration.
Comme indiqué dans l'alinéa ii) de la section 2.3, l'économie mondiale de l'énergie du milieu des années 90 se caractérise par une croissance lente de la demande dans les économies occidentales (puisque la consommation d'énergie n'est pas liée à la croissance du PIB), une offre abondante de combustibles fossiles et de faibles prix pour toutes les formes d'énergie. La forte baisse de ces prix en 1985–86 les a ramenés, en valeur réelle, aux niveaux d'avant 1973. Les pouvoirs publics cherchent à savoir s'il faut prendre les mesures économiquement et politiquement difficiles nécessaires pour relever les prix de l'énergie et encourager ainsi une utilisation accrue des énergies renouvelables. Jusqu'à présent, toutefois, il semble qu'il n'y ait pas une très grande volonté politique de prendre des décisions concrètes. Certaines préoccupations ont néanmoins été exprimées concernant les conséquences possibles de la forte croissance attendue de la demande d'énergie dans les pays en développement qui sont souvent tributaires des combustibles fossiles, lesquels ont tendance à polluer l'environnement.
Quoi qu'il en soit, vers le milieu des années 90, malgré les faibles prix de l'énergie, l'intérêt porté aux sources d'énergie renouvelables, y compris le bois et autres éléments de la biomasse, influe encore fortement sur la politique générale pour plusieurs raisons:
la reconnaissance du fait que, à très long terme, aucune économie ne peut fonctionner durablement avec des combustibles fossiles;
les préoccupations suscitées par une modification éventuelle du climat imputable à l'accumulation de CO2 et d'autres gaz à effet de serre dans l'atmosphère, qui provient principalement de l'utilisation de combustibles fossiles;
les problèmes de l'élimination des déchets (examinés au chapitre 7), qui incitent à brûler les résidus et les déchets de toute sorte, y compris le bois et le papier, plutôt qu'à les mettre en décharge (bien que la solution du recyclage soit préférée à celle de la production d'énergie);
la réorientation des politiques agricoles, qui a abouti à la mise en réserve de millions d'hectares d'anciennes terres agricoles et permis d'accroître fortement l'offre intérieure d'énergie tirée de la biomasse grâce à la création, sur ces terres, de plantations énergétiques intensives à croissance rapide. D'importantes recherches ont été menées sur les modalités de cette politique mais, jusqu'à présent, le supplément d'énergie ainsi obtenu pour l'offre nationale est resté très faible;
la situation des économies en transition, qui dépendaient largement d'importations d'énergie subventionnées (principalement de pétrole et de gaz) en provenance de l'ex-Union soviétique : les problèmes économiques de ces pays, qui compriment très fortement le revenu disponible et les réserves en devises, ont provoqué dans plusieurs d'entre eux de graves pénuries d'énergie, auxquelles une des solutions appliquées était l'utilisation énergétique du bois. Bien que cette affirmation ne repose pas sur une base statistique très solide, il y a peu de doute concernant la réalité du phénomène, notamment dans les zones rurales pauvres.
De nombreux pays semblent vouloir se donner les moyens techniques de relever le niveau général des prix de l'énergie et d'appliquer, si nécessaire, des programmes à grande échelle d'exploitation des sources d'énergie renouvelables.
Le chapitre 2 propose le scénario de base suivant pour la politique générale dans le secteur de l'énergie : “Le maintien d'une offre abondante d'énergie continuera à freiner les changements d'orientation dans le secteur énergétique. Il n'y aura pas de bouleversements majeurs de l'offre et les nouvelles taxes sur l'énergie n'entraîneront pas de hausses substantielles des prix”. On y souligne aussi l'incertitude qui règne dans ce secteur : “un nouveau Tchernobyl ou un bouleversement politique dans une zone productrice qui entraînerait une interruption non temporaire des approvisionnements pourrait amener les gouvernements à modifier radicalement leur politique dans un délai assez bref.”
Au cours d'une enquête il a été demandé aux correspondants nationaux d'évaluer la structure de l'offre et de l'utilisation du bois pour la production d'énergie vers 1990 comme point de départ pour les scénarios allant jusqu'à 2020. La même forme de présentation et les mêmes définitions ont servi lors d'enquêtes précédentes effectuées à intervalle de cinq ans pour suivre l'évolution à moyen terme dans ce domaine 1. Pour plusieurs pays, il a fallu effectuer des estimations, du moins pour la partie de l'enquête portant sur le bois de chauffage, qui est essentielle pour l'établissement d'un bilan global du bois.
En 1990, selon les estimations nationales et celles du secrétariat, 208 millions de m3 environ de bois ont été utilisés comme source d'énergie, dont 159 millions sous forme de bois et 49 millions en équivalent bois de liqueurs. Ces volumes représentent au total 47 % environ du volume des quantités enlevées en Europe 2 faisant de la production d'énergie l'utilisation finale de loin la plus importante pour ce qui est du volume. Ce chiffre impressionnant est dû au fait qu'à la différence des principales utilisations du bois comme matière première (sciages, panneaux, etc.), la production d'énergie peut s'effectuer à tous les stades de la transformation et même après l'utilisation finale.
Les principales sources de bois énergie sont les suivantes:
le bois de chauffage (défini dans la cinquième Etude et d'autres travaux de la CEE/FAO comme du bois de forêt utilisé pour la production d'énergie). Ce bois peut venir de sources recensées (bois de fût dans les formations forestières) ou de sources non recensées, telles que les cimes et les branches, les arbres hors forêts, etc. Il peut être récolté commercialement et mis en vente, entrer dans des circuits “non structurés” ou être consommé par le propriétaire de la forêt lui-même;
les déchets industriels de toute sorte, y compris les plaquettes et chutes solides, l'écorce, les sciures, etc., propres ou contaminés par de la peinture et des laques. Ces produits servent très souvent à couvrir les besoins en énergie de l'usine de production, mais sont aussi vendus ou donnés à d'autres consommateurs, par exemple le personnel des usines. Dans ce contexte, la transformation “primaire” comprend le sciage et la fabrication de panneaux, tandis que l'industrie “secondaire” comprend la menuiserie, le mobilier, des éléments en bois, etc. Les déchets de bois et d'écorce de l'industrie de la pâte à papier et du papier sont indiqués séparément;
le bois récupéré est du bois qui sert à la production d'énergie après avoir rempli sa fonction initiale; il comprend des produits de courte durée de vie, notamment les palettes et les emballages, ainsi que le bois provenant de démolitions;
les substances appelées “liqueurs noires”, qui sont constituées par la lignine que l'on trouve naturellement dans le bois, sont obtenues par dissolution en même temps que l'hémi-cellulose au cours du sulfatage des pâtes, puis brûlées dans des chaudières de récupération qui fournissent de la chaleur industrielle et des produits chimiques secondaires.
| Millions de m3 | Pourcentage | |
| Bois de chauffage | 92 | 44 |
| Déchets de la transformation primaire | 24 | 12 |
| Déchets de la transformation secondaire | 17 | 8 |
| Déchets de la pâte et du papier (bois et écorce) | 13 | 6 |
| Produits ligneux récupérés | 13 | 6 |
| Total bois (non compris les liqueurs) | 159 | 76 |
| Liqueurs (équivalent bois) | 49 | 24 |
| Total bois pour la production d'énergie | 208 | 100 |
| Millions de m3 | En pourcentage du total pour l'Europe | En pourcentage des quantités enlevées | |
| Europe | 208 | 100 | 47 |
| Pays nordiques | 59 | 28 | 52 |
| Union européenne (12 pays) | 87 | 42 | 55 |
| Europe centrale | 16 | 8 | 66 |
| Europe orientale | 21 | 10 | 34 |
| Europe du Sud-Est | 23 | 11 | 56 |
| Pays baltes | 3 | 1 | 23 |
FIGURE 9.3.1
Europe : bois pour la production d'énergie

| FIGURE 9.3.2 | FIGURE 9.3.3 |
| Europe : bois pour la production d'énergie par catégorie, 1990 | Europe : bois pour la production d'énergie par groupe de pays, 1990 |
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Les principaux utilisateurs d'énergie tirée du bois sont les ménages (notamment ruraux), en premier lieu pour le chauffage; les industries forestières, pour leurs propres besoins en énergie; d'autres industries; les “consommateurs intermédiaires” (installations de chauffage urbain, bâtiments à usage collectif, etc.); les fabricants de pellets et de briquettes; les fabricants de charbon de bois. En outre, dans la plupart des pays certaines utilisations sont d'une importance potentielle plutôt qu'effective, par exemple la production d'électricité pour le réseau public et la fabrication de liquides synthétiques et de combustibles gazeux.
Les données ci-dessus montrent que la structure “traditionnelle” de l'énergie tirée du bois, avec prédominance de l'utilisation du bois de chauffage local et de l'autoconsommation rurale, est en train de céder la place à une utilisation industrielle du bois comme source d'énergie : dans les pays nordiques, le bois de chauffage (au sens restreint de la cinquième Etude) compte pour légèrement plus de 20 % de l'énergie provenant du bois, et les liqueurs pour 47 %, tandis que dans l'Europe du Sud-Est, la proportion dépasse 80 %. L'importance de l'industrie de la pâte chimique dans les pays nordiques est exceptionnelle, tandis que dans l'Union européenne (12 pays), le bois de chauffage compte pour moins de la moitié du total de l'énergie provenant du bois et les déchets d'usinage (primaires, secondaires, pâte et papier, non compris les liqueurs) pour plus d'un quart. Dans l'Union européenne des 12, la production d'énergie à partir de bois récupéré, précédemment une forme “invisible” de l'énergie tirée du bois, représente 10 % du total, même si un petit nombre seulement de pays de l'Union (Danemark, France et Allemagne) s'efforcent d'en donner une estimation.
| Millions de m3 | Pourcentage | |
| Ménages | 63 | 65 |
| Utilisateurs “intermédiaires” | 8 | 8 |
| Industries forestières | 27 | 27 |
| Total | 98 | 100 |
Note : Dix pays ont communiqué des données pour cette partie de l'enquête (Allemagne, Autriche, Danemark, Finlande, France, Norvège, Pologne, Suède, Suisse et ex-Yougoslavie). Les 98 millions de m3 de bois énergie (non compris les liqueurs) consommés par ces pays représentent à peu près la moitié du total pour l'Europe. Ce tableau ne comprend pas les liqueurs dérivées de la fabrication de pâte.
Les données partielles disponibles pour la structure de la consommation (concernant les 10 pays énumérés dans la note du tableau 9.3.3) indiquent que les ménages sont encore, et de loin, les principaux consommateurs d'énergie tirée du bois, représentant 65 % environ du total (non compris les liqueurs). Les industries forestières sont aussi de gros consommateurs de cette forme d'énergie, avec une proportion de 27 % environ. Pour les ménages, la consommation enregistrée d'énergie tirée du bois est particulièrement élevée en France, en partie à cause de l'attitude des pouvoirs publics qui, dans ce pays, sont très conscients des multiples façons dont cette énergie peut être utilisée dans les zones rurales : il se peut que dans d'autres pays riches en ressources forestières (ainsi qu'en bois hors forêts) et à forte population rurale, les ménages ruraux utilisent aussi d'assez grandes quantités de bois, pour la production d'énergie, dont une part considérable provient de sources non recensées. Par contre, en Finlande, qui est aussi un grand pays rural doté d'importantes ressources forestières et d'une bonne base statistique, la structure de la consommation d'énergie tirée du bois est très différente : les ménages ne comptent que pour 39 % du total ainsi consommé et les industries forestières pour près de 60 %.
Le troisième important groupe d'utilisateurs d'énergie tirée du bois est celui des consommateurs “intermédiaires”, notamment les installations de chauffage urbain et les bâtiments à usage collectif : en 1990, ce secteur comptait pour 8 % de la consommation d'énergie tirée du bois dans les 10 pays couverts par l'enquête (mais pour 21 % en Suède et 34 % au Danemark).
FIGURE 9.3.4
Europe : bois pour la production d'énergie par utilisateur, 1990

Pour faire fonctionner ce genre d'installation avec de l'énergie tirée du bois, plusieurs conditions sont nécessaires :
existence d'un marché efficace du bois pour la production d'énergie ou possibilité pour le consommateur d'avoir un accès direct à d'importantes ressources en bois (par exemple, une forêt communale);
accès aisé aux connaissances techniques nécessaires pour installer et utiliser des chaudières de grand volume fonctionnant au bois;
utilisation traditionnelle de ce genre d'installation de chauffage (qui est radicalement différent des installations habituellement utilisées pour la production d'énergie tirée du bois, étant donné les techniques employées et l'échelle des opérations) ou bien existence d'un mode de vie qui encourage les individus à essayer de nouvelles solutions - ou du moins tolère qu'ils le fassent - pour fournir de l'énergie à leurs clients à un coût abordable : dans de nombreux pays, il faut beaucoup de largeur de vue et d'esprit d'initiative pour promouvoir une solution peu “orthodoxe” comme le chauffage urbain fonctionnant au bois alors que des solutions classiques utilisant le pétrole ou le gaz sont encore aisément applicables.
D'une manière générale, l'évolution enregistrée depuis 1980 est conforme aux prévisions de la cinquième Etude indiquant une croissance régulière mais non spectaculaire, malgré les faibles prix de l'énergie.
Le tour d'horizon sommaire ci-dessus montre que l'énergie tirée du bois est un facteur suffisamment important pour ne pas être négligé et que la situation dans ce domaine est à la fois complexe et peu comprise. Comment faut-il alors procéder pour établir des perspectives chiffrées concernant l'avenir à long terme ? Comme pour la quatrième Etude, la seule solution raisonnable a été de mener une enquête auprès des correspondants nationaux et de faire la synthèse de leurs informations. Leurs estimations détaillées, qui seront présentées dans le document de travail du secrétariat sur les scénarios, font ci-dessous l'objet de résumés et d'observations.
Pour établir une perspective, il convient d'abord d'énumérer les facteurs qui vont déterminer le niveau de la consommation d'énergie tirée du bois :
le prix et la disponibilité d'autres formes d'énergie, qui détermineront naturellement si l'énergie tirée du bois présente plus ou moins d'attraits sur le plan économique;
la présence ou l'absence d'aide des pouvoirs publics en faveur de l'énergie tirée du bois (ou de mesures qui rendent les combustibles concurrents moins intéressants);
le prix du bois de trituration et, d'une manière générale, une assez forte demande dans d'autres secteurs qui pourraient faire concurrence au secteur de l'énergie utilisant le menu bois;
la politique de la mise hors culture de terres agricoles et, en particulier, la question de savoir si la production à grande échelle de bois énergie occupe une place importante dans ce domaine d'action;
les règlements concernant les émissions des chaudières, par exemple les hydrocarbures volatils (COV) responsables des “fumées bleues” résultant parfois de la combustion de bois : si l'on impose de très faibles niveaux d'émission, de nombreuses installations fonctionnant au bois devront fermer ou être remplacées par des installations plus modernes et de plus grande dimension;
la structure et l'ordre de grandeur de l'approvisionnement en énergie tirée du bois : s'ils devaient rester voisins de ce qu'ils étaient au cours des années 90, aucune technique entièrement nouvelle ni recherche de pointe ne seraient nécessaires. Si, au contraire, la fabrication de combustibles de synthèse ou la création de plantations énergétiques progressait fortement, les programmes de recherche actuels devraient être élargis et accélérés.
| Volume | Variation 1990-2020 | ||||
| 1990 | 2020 | ||||
| Variante basse | Variante haute | Variante basse | Variante haute | ||
| (millions de m3) | (pourcentage annuel) | ||||
| Bois de chauffage | 92 | 110 | 138 | 0,6 | 1,4 |
| Déchets de la transformation primaire | 24 | 31 | 39 | 0,9 | 1,6 |
| Déchets de la transformation secondaire | 17 | 23 | 27 | 1,1 | 1,5 |
| Déchets de la pâte et du papier | 13 | 15 | 18 | 0,6 | 1,2 |
| Produits de bois récupéré | 13 | 29 | 43 | 2,6 | 4,0 |
| Total bois (non compris les liqueurs) | 159 | 209 | 265 | 0,9 | 1,7 |
| Liqueurs (équivalent bois) | 49 | 56 | 60 | 0,4 | 0,7 |
| Total bois pour la production d'énergie | 208 | 265 | 325 | 0,8 | 1,5 |
Note : Les variantes basses et hautes sont celles du scénario de base.
| Volume | Variation 1990-2020 | ||||
| 1990 | 2020 | ||||
| Variante basse | Variante haute | Variante basse | Variante haute | ||
| (millions de m3) | (pourcentage annuel) | ||||
| Europe | 208 | 265 | 325 | 0,8 | 1,5 |
| Pays nordiques | 59 | 66 | 87 | 0,4 | 1,3 |
| Union européenne (12 pays) | 87 | 126 | 157 | 1,3 | 2,0 |
| Europe centrale | 16 | 17 | 20 | 0,3 | 0,8 |
| Europe orientale | 21 | 21 | 22 | 0,0 | 0,2 |
| Europe du Sud-Est | 23 | 29 | 32 | 0,8 | 1,2 |
| Pays baltes | 3 | 6 | 6 | 1,9 | 1,9 |
Note : Les variantes basses et hautes sont celles du scénario de base.
FIGURE 9.4.1
Europe : croissance deIénergie tirée du bois, 1990-2020

Différentes opinions sont possibles sur tous les points précités, mais les données et les méthodes disponibles à l'heure actuelle pour les besoins de la cinquième Etude ne permettent pas d'établir des scénarios du genre “Qu'arrivera–t–il si …”, qui seraient nécessaires pour répondre à des questions d'orientation précises. Les scénarios présentés ci–dessous sont une synthèse des opinions des correspondants, qui ont chacun formulé des hypothèses (explicites ou, le plus souvent, implicites) concernant chacun des points de la liste. Il faut aussi garder à l'esprit que, pour certains pays, il a fallu se contenter d'estimations - bien que tous les grands pays forestiers aient communiqué certaines données - et que la couverture statistique est bien meilleure pour le bois de chauffage que pour les autres catégories de bois productrices d'énergie.
Selon les correspondants, l'offre et l'utilisation d'énergie provenant du bois 3 devraient croître de 1 % environ par an entre 1990 et 2020, rythme comparable à celui de la consommation des sciages, mais plus lent que celui des panneaux ou du papier. En volume, cette augmentation serait, au cours de la période de 30 ans, de 60–120 millions de m3 ou de 50–105 millions si l'on ne considère que le bois et l'écorce. Une grande partie de cette progression serait imputable à la réduction des déchets à tous les stades de la transformation et à l'utilisation de produits à forte teneur en bois : l'augmentation de la consommation de “bois de chauffage” (dont la demande s'exerce directement sur les ressources forestières) devrait être comprise entre 18 et 46 millions de m3.
Des taux de croissance supérieurs à la moyenne sont escomptés pour la production d'énergie à partir de produits de bois récupéré, probablement parce que l'importance de cette source n'a été reconnue que très récemment et qu'il y a dans ce sous-secteur un potentiel considérable d'expansion. Selon les correspondants (qui n'avaient pas accès aux prévisions de la cinquième Etude pour la production de pâte), l'exploitation de l'énergie provenant des liqueurs devrait croître plus lentement que celle des autres énergies tirées du bois.
FIGURE 9.4.2
Europe : scénarious pour l'offre d'énergie tirée du bois

Par groupe de pays, les correspondants s'attendent à ce que la croissance la plus rapide de la consommation d'énergie tirée du bois ait lieu dans l'Union européenne (12 pays), notamment dans le secteur de la transformation des déchets et des produits de bois récupéré. Cette région est très sensible aux questions et possibilités écologiques et possède des industries et des marchés considérables qui la mettent en mesure d'exploiter judicieusement une grande quantité de bois comme source d'énergie. L'Europe orientale, en revanche, s'attend à une croissance pratiquement nulle de l'offre et de l'utilisation d'énergie tirée du bois, prévision surprenante étant donné les pénuries d'énergie que connaissent plusieurs des pays de cette région (dues à la diminution des importations d'énergie en provenance de l'ex-Union soviétique) et l'importance des ressources et industries forestières. Cette prévision pourrait s'expliquer, en partie, par la crainte que la demande de bois énergie ne menace l'approvisionnement en matières premières des industries de la pâte et des panneaux.
En 1990, la contribution du bois à l'offre totale d'énergie était estimée à 3,3 % environ pour l'ensemble de l'Europe. Ce chiffre serait moindre dans les pays riches densément peuplés comme l'Allemagne et sensiblement plus élevé dans les quelques pays dotés de grandes industries forestières, dont l'Autriche (13 %), la Suède (17 %) et la Finlande (19 %). Dans la variante basse, cette part devrait diminuer légèrement d'ici l'an 2000, tandis que dans la variante haute elle augmenterait dans de très faibles proportions. Il n'existe pas de scénarios officiels par pays pour la consommation totale d'énergie au-delà de 2020 et les estimations pour cette année-là ne sont que partielles.
Il ressort des scénarios que les correspondants partagent l'opinion exprimée au chapitre 2, à savoir qu'il n'y aura pas de bouleversements majeurs dans le secteur de l'énergie, ni fortes hausses des prix de l'énergie pour le long terme, ni aide publique massive pour les sources d'énergie renouvelables, y compris le bois, en raison du coût social et économique qu'entraineraît un relèvement des prix de l'énergie.
En bref, ils s'attendent à ce que la consommation d'énergie tirée du bois évolue à peu près de la même façon que celle des autres catégories de produits forestiers, c'est-à-dire d'une manière, organique. Ces scénarios de la demande apparaissent comme tout à fait vraisemblables étant donné les conditions qui régnaient sur les marchés de l'énergie vers le milieu des années 90 et les hypothèses de politique générale avancées au chapitre 2. En outre, ils sont tout aussi probables du point de vue de l'offre:
les chiffres des scénarios pour la consommation des déchets destinés à la production d'énergie augmentent à peu près au même rythme que ceux de la production d'articles;
l'expansion la plus rapide est prévue pour un secteur (celui des produits de bois récupéré) qui a été peu exploité jusqu'à présent (sauf pour l'élimination de déchets composites) et qui offre un potentiel considérable de production d'énergie tirée du bois;
selon les scénarios concernant l'offre globale de bois ronds figurant au chapitre 4, l'augmentation de l'offre de bois de chauffage est possible dans une perspective durable, comme en témoigne l'analyse de cohérence qui sera présentée au chapitre 12.
Toutefois, dans le secteur de l'énergie, il est toujours possible, comme indiqué au chapitre 2, d'établir un scénario radicalement différent, caractérisé par une hausse des prix de l'énergie et une politique officielle vigoureuse en faveur des énergies renouvelables, dont le bois, ce qui se traduirait par une consommation sensiblement plus élevée de bois énergie. Quelles seraient les conséquences d'un tel scénario pour l'utilisation du bois comme source d'énergie ?
Il est évident qu'un scénario comportant des prix élevés de l'énergie ne tolérerait pratiquement aucun gaspillage de bois : de plus fortes quantités de déchets, primaires et secondaires, seraient utilisées pour produire de l'énergie et la combustion des produits de bois récupéré connaîtrait une expansion très rapide. L'on verrait se multiplier les unités de chauffage urbains fonctionnant au bois et d'autres installations de dimension intermédiaire.
Cette expansion de l'utilisation du bois pour la production d'énergie toucherait naturellement d'autres branches du secteur, en particulier à cause de la concurrence entre l'utilisation du bois comme source d'énergie et son emploi comme matière première, là où, sur le plan de la qualité, bois de trituration et bois de chauffage se rejoignaient. En fait, la valeur énergétique du bois imposerait un prix plancher au bois matière première, entraînant probablement une augmentation des coûts des industries de transformation et d'utilisation du bois. Cette évolution se situerait dans le contexte d'une plus faible croissance de l'économie dans son ensemble, en raison des prix plus élevés de l'énergie et des matériaux à plus forte intensité énergétique, qui sont recherchés par de nombreux concurrents sur le marché des produits forestiers.
La possibilité d'une évolution en hausse selon le schéma indiqué ci-dessus est toutefois limitée et la contribution du bois au bilan global de l'énergie restera certainement très inférieure à 5 % au niveau européen, à moins d'adopter des modifications encore plus radicales. Si, pour une raison quelconque (difficultés d'approvisionnement en pétrole, abandon de l'énergie nucléaire, préoccupations concernant le changement du climat mondial, etc.), la contribution du bois à l'offre d'énergie en Europe passait à 10 % ou plus, la structure du secteur subirait nécessairement des transformations énormes.
Pour commencer, il faudrait des millions d'hectares de plantations de bois énergie exploitées en vue d'un rendement maximum et rapide de la biomasse, d'où, éventuellement, une moindre priorité accordée accordée à d'autres objectifs de gestion, par exemple, la préservation de la biodiversité. Il faudrait aussi que le bois devienne une source d'énergie pour des utilisateurs autres que les ménages ruraux et les industries forestières, évolution qui aurait elle-même certaines conséquences majeures :
la création de circuits de commercialisation à grande échelle pour l'énergie tirée du bois;
la conversion à grande échelle du bois en formes d'énergie plus faciles à utiliser et à transporter, notamment les pellets et briquettes, l'électricité, le méthanol ou l'éthanol;
la création d'un important secteur de l'énergie tirée du bois, qui modifierait le bilan global du secteur de la foresterie et des produits forestiers. Il faudrait pour cela de nouvelles installations, de nouvelles enterprises (ou l'expansion des enterprises existantes, notamment les fabriques de pâte à papier) et des investissements massifs consacrés à la sylviculture, à la recherche, au matériel, à l'infrastructure des transports, etc.;
avec un marché dynamique pour le bois énergie, la transformation certaine de l'économie de la sylviculture, encourageant les coupes d'éclaircie et les cycles de croissance courts et rétablissant l'exploitation forestière intensive dans les zones qui, si elles ont été exploitées, l'ont été jusqu' à présent de manière extensive.
Dans un tel scénario, les risques de conflits d'intérêts entre un secteur nouveau de l'énergie tirée du bois et d'autres secteurs sont évidents, notamment entre les organismes de préservation des paysages et de la biodiversité et les industries forestières traditionnelles.
Notes du chapitre 9