FAO/SMIAR - Cultures et Pénuries alimentaires 10/00 - TADJIKISTAN* (13 septembre)
La mission FAO/PAM d’évaluation des récoltes et des disponibilités alimentaires, qui s’est rendue dans le pays en juillet, a constaté qu’une grave sécheresse a provoqué la baisse de la production céréalière de 2000, tombée à 236 000 tonnes, soit 47 pour cent de moins qu’en 1999. La production de toutes les autres cultures (pommes de terre, légumes et coton) a également souffert. La mission a noté qu’à cause de la sécheresse, les récoltes des cultures pluviales de blé d’hiver et de printemps, engrangées normalement en juin/juillet, avaient été presque entièrement mauvaises dans la plupart des régions. Les perspectives concernant les autres cultures secondaires (riz, maïs) se sont sérieusement détériorées en raison de la sécheresse, qui a également nui à la production d’orge. Par ailleurs, le blé irrigué a souffert de la baisse du niveau de l’eau dans les rivières et les canaux. Ce problème a été aggravé par le mauvais état des réseaux d’irrigation dû à un entretien insuffisant. La pénurie de semences de bonne qualité a également créé des difficultés. L’incidence de la sécheresse a été particulièrement grave cette année, car elle a frappé à un moment où l’agriculture marquait déjà un recul à cause de l’aggravation des problèmes d’approvisionnement en semences et du délabrement des installations d’irrigation.
Du fait de la sécheresse, les besoins d’importations céréalières pour la campagne de commercialisation 2000/01 (juillet/juin) sont estimés à 794 000 tonnes, dont 787 000 tonnes de blé. Compte tenu des importations commerciales prévues (403 000 tonnes) et de l’aide alimentaire annoncée (74 000 tonnes), les besoins d’aide alimentaire restant à couvrir s’élèvent à 317 000 tonnes. Si la communauté internationale n’y remédiait pas, un déficit de cette importance dans ce pays appauvri pourrait avoir des conséquences catastrophiques pour la population. Par ailleurs, le pays a besoin sans plus attendre d’une aide pour ce qui est des semences nécessaires aux semis commençant en octobre.
Étant donné que 85 pour cent (chiffre estimatif) des habitants sont pauvres, les perspectives sont très sombres pour la plupart d’entre eux en raison de la forte baisse de la production céréalière enregistrée cette année. Beaucoup vivent déjà dans des conditions extrêmement difficiles et cette situation s’aggravera dans les prochains mois pour un nombre croissant d’entre eux, à mesure qu’ils épuiseront la récolte céréalière qu’ils ont engrangée ou engrangeront, ainsi que les autres moyens de subsistance dont ils pourraient disposer. On estime que 3 millions de personnes rentrent dans cette catégorie, 2 millions d’entre elles environ étant dans une situation désespérée. En conséquence, étant donné que l’accès aux vivres qu’elles s’assuraient grâce à leur propre production est fortement réduit, voire anéanti, et qu’elles ne disposent pratiquement pas de moyens d’obtenir des produits alimentaires sur les marchés (du fait de la rareté des possibilités d’emploi et des autres sources de revenus), ces personnes ne pourront pas couvrir leurs besoins nutritionnels minimums en 2000/01 si la communauté internationale n’apporte pas son assistance.
Même si les précipitations et les chutes de neige sont plus favorables l’année prochaine, la récolte de blé à venir ne sera pas disponible avant juin-juillet 2001. Toutefois, si les pluies étaient de nouveau insuffisantes, apporter une aide d’urgence au Tadjikistan dans le seul but de sauver des vies humaines exigerait des opérations beaucoup plus importantes. Il faut suivre attentivement l’évolution de la situation cruciale des approvisionnements alimentaires et de la production céréalière ainsi que l’accès des démunis aux vivres, en vue de remanier les programmes d’aide en cours et/ou d’en concevoir de nouveaux adaptés aux circonstances.
Le PAM a lancé un appel pour obtenir 126 000 tonnes d’aide alimentaire, d’un montant de 62 millions de dollars E.-U., afin de mettre en œuvre une opération d’urgence visant à aider plus d’un million de personnes menacées de famine pendant les neuf mois à venir. Sans assistance, environ 1,2 million de personnes se trouveront dans une situation désespérée sans pratiquement aucune possibilité d’emploi ni autre source de revenus pour acheter des vivres sur le marché.