FAO/SMIAR - Cultures et Pénuries alimentaires 11/00 - CONGO, RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU* (8 novembre)

CONGO, RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU* (8 novembre)

La situation des approvisionnements alimentaires continue de se dégrader en raison de la persistance de la guerre civile qui a bouleversé toutes les activités économiques et agricoles et causé le déplacement de quelque 1,8 million de personnes.

Devant l'aggravation de la crise économique et alimentaire, le Gouvernement a demandé à la FAO d'envoyer une mission pour évaluer la situation alimentaire dans la capitale, Kinshasa, et dans les provinces avoisinantes de Bas-Congo et Bandundu, d'où proviennent une grande partie des approvisionnements alimentaires dont la ville a besoin. La persistance des hostilités n'a pas permis d'étendre cette évaluation à l'ensemble du pays.

La mission de la FAO s'est rendue dans le pays du 20 septembre au 10 octobre 2000. L'analyse des données disponibles concernant les disponibilités et les besoins alimentaires intérieurs a permis à la mission d'estimer le déficit vivrier de Kinshasa pour l'année 2000 à 1 million de tonnes, contre 954 000 tonnes en 1999. L'aide alimentaire actuellement distribuée est destinée aux groupes les plus vulnérables, enfants et personnes déplacées par suite de la guerre par exemple, tandis que les populations pauvres et affamées doivent se débrouiller. Les mécanismes de parade, comme la diminution des rations, la réduction du nombre des repas et la culture de légumes dans les enclos familiaux, ont été exploités au maximum. Soixante- dix pour cent de la population, actuellement estimée à 6-7 millions de personnes, dispose de moins d'un dollar E.-U. par jour pour se nourrir. La malnutrition chronique frappe 18 pour cent des enfants dans la ville et plus de 30 pour cent dans les quartiers périphériques où les populations déplacées à cause du conflit se sont installées.

Les principaux facteurs qui entravent l'approvisionnement alimentaire de Kinshasa sont notamment l'état de dégradation extrême du réseau routier, notamment des axes Kinshasa-Matadi et Kinshasa- Kikwit, et des routes de desserte; le harcèlement des expéditeurs, négociants et agriculteurs de la part des autorités policières et militaires; l'interruption des approvisionnements alimentaires en provenance des provinces d'Équateur et Kasaï Oriental due à la persistance des hostilités; le manque de carburant par suite de la pénurie de devises; et la surévaluation du taux de change officiel qui poussent les transactions commerciales vers le marché parallèle.

La mission a recommandé au gouvernement de faire appliquer ses directives visant à mettre fin au harcèlement policier et militaire, et aux prélèvements illégaux aux postes de contrôle routiers, dans les ports et sur les marchés. Il faudrait par ailleurs qu'il unifie les taux de change officiel et parallèle en dévaluant le franc congolais. Cette mesure déterminerait un accroissement des recettes fiscales et un afflux de monnaie forte dans le système bancaire, et par voie de conséquence la disponibilité de denrées importées aujourd'hui rares comme le carburant.

Si la réorganisation du système de transport dans son totalité est une entreprise de longue durée, les donateurs devraient néanmoins aider le Gouvernement à procéder aux réparations d'urgence de certains tronçons des routes principales menant à Kinshasa, en donnant la priorité au tronçon Bangu-Tumba (109km) sur la route de Matadi, et aux axes Mosango-Masimanimba et Kwango- Kenge, pour un total de 80 km, sur la route de Kikwit. Il s'agit d'une étape importante pour la restauration d'un flux de denrées alimentaires normal vers la capitale. Par ailleurs, l'aide aux autorités municipales et aux communautés locales pour l'entretien des routes de desserte devrait être considérablement accrue.

La communauté internationale devrait en outre inviter le gouvernement et les groupes rebelles impliqués dans le conflit, à mettre en place des couloirs humanitaires, afin que le commerce de produits alimentaires et autres puisse reprendre entre Kinshasa et les provinces de l'est et du nord. Pour Kinshasa, l'établissement d'un tel couloir avec la province d'Équateur aurait des retombées bénéfiques immédiates sur l'approvisionnement alimentaire de la ville, car on signale dans cette province l'existence de stocks très importants de manioc, de maïs et d'huile de palme.


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