La FAO en Amérique latine et aux Caraïbes

Sans une assistance immédiate, l’insécurité alimentaire aiguë va s’aggraver en Haïti

Le 2 septembre, lors de la réunion d’information des Nations Unies sur la situation humanitaire en Haïti, José Luis Fernández, Représentant de la FAO pour le pays, a appelé à un soutien urgent pour mobiliser 20 millions d’USD afin de soutenir 150 000 agriculteurs avant la saison agricole hivernale

Le Bureau des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA) a tenu une réunion d’information virtuelle sur la situation humanitaire en Haïti, afin de rendre compte de la situation dans la pays et de piloter les engagements financiers qui permettraient de répondre aux multiples besoins et aux urgences qui ont frappé le pays.

Le Représentant de la FAO en Haïti, José Luis Fernández, s’est exprimé depuis Port-de-Prince. Il a souligné l’urgence de préserver la sécurité alimentaire des populations, de protéger leurs moyens d’existence agricoles et de réhabiliter les capacités de production et les infrastructures du pays, après le tremblement de terre dévastateur du 14 août et les pluies torrentielles de la tempête tropicale Grace qui a frappé deux jours plus tard. En effet, ces deux catastrophes consécutives ont encore aggravé les vulnérabilités préexistantes. Les rapports préliminaires indiquent que le secteur agricole a subi de nombreux dégâts, notamment au niveau de certaines infrastructures agricoles, telles que des magasins de transformation et de stockage, des laiteries, des canaux d’irrigation et des routes rurales, qui ont été endommagées ou détruites.

Alors que la saison agricole d’hiver 2021 doit commencer en octobre, «si l’on n’apporte pas dès maintenant un soutien urgent pour aider les Haïtiens des zones rurales à se remettre des chocs consécutifs et à relancer la production alimentaire, les problèmes de sécurité alimentaire aiguë dans le pays continueront de s’aggraver», a déclaré M. Fernández. En outre, les effets conjugués de l’instabilité politique, des défis socio-économiques et de l’insécurité alimentaire continuent d’exacerber une situation humanitaire déjà précaire. Cette situation a fait d’Haïti l’un des hotspots de la faim, selon les dernières alertes précoces sur l’insécurité alimentaire aiguë de la FAO et du Programme alimentaire mondial.

«Afin d’assurer une réponse humanitaire efficace pour restaurer durablement la sécurité alimentaire des ménages vulnérables touchés, il est nécessaire de combiner une assistance alimentaire vitale et un soutien rapide à la restauration des capacités de production agricole, à la protection des moyens d’existence basés sur l’agriculture et à la réhabilitation des infrastructures agricoles essentielles», a expliqué le Représentant de la FAO.

Rétablir les moyens d’existence et relancer la production alimentaire

Dans un pays où 60 pour cent de la population rurale tire ses moyens d’existence de l’agriculture, indique M. Fernández, 4,4 millions de personnes - soit près de 46 pour cent de la population – souffraient déjà de faim aiguë (Phase 3 et plus du Cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire [IPC]), avant même l’arrivée du séisme et des pluies torrentielles. Parmi elles, 1,2 million sont touchés par des niveaux d’insécurité alimentaire d’urgence (phase 4 de l’IPC) et 3,2 millions à des niveaux de crise (phase 3). De plus, on estime que 217 000 enfants haïtiens souffrent de malnutrition aiguë modérée à sévère. Enfin, la dernière analyse de l’IPC (septembre 2021) fait état de près d’1 million de personnes en insécurité alimentaire aiguë dans les régions du sud du pays touchées par ces deux dernières catastrophes.

Dans le cadre du Flash Appel pour Haïti lancé par OCHA le 25 août dernier,  la FAO requiert au moins 20 millions d’USD d’ici Octobre 2021. L’Appel de fonds urgent de la FAO a pour objectif de soutenir, en coordination avec le Ministère de l’agriculture, 160 000 agriculteurs ruraux à se remettre sur pied et à relancer la production alimentaire. «Jusqu’à présent, nous n’avons reçu aucune promesse de don pour soutenir leurs moyens d’existence», a souligné M. Fernández.

La réponse de la FAO en Haïti est ancrée dans la conviction que les moyens d’existence résilients sont la meilleure défense à long terme des populations rurales contre la faim et la malnutrition. Protéger ces groupes vulnérables signifie que les agriculteurs touchés et leurs communautés locales peuvent recommencer à produire leur propre nourriture et à générer des revenus. «La réponse humanitaire seule ne suffit pas à réduire les risques et à renforcer la résilience à long terme», a déclaré M. Fernández, en appelant les donateurs et les partenaires de ressources à continuer d’investir pour minimiser les déficits structurels et s’attaquer aux causes profondes de la fragilité et des crises récurrentes en Haïti.