La FAO en Amérique latine et aux Caraïbes

Les changements climatiques menacent la base de la sécurité alimentaire en Amérique Latine et dans les Caraïbes : le secteur agricole

Rapport FAO/CEPAL/ALADI: les changements climatiques affecteront le rendement des cultures, les économies locales et la sécurité alimentaire dans le Nord-est du Brésil, de l’Amérique Centrale et les autres parties de la région des Andes

3 août 2016, Santiago, Chili – L’impact des changements climatiques en Amérique Latine et dans les Caraïbes sera considérable en raison de sa dépendance économique en matière d’agriculture, la faible capacité d'adaptation de sa population et la position géographique de certains  pays, fait remarquer une nouvelle étude de la FAO, de la CEPAL et de l’ALADI.

L’étude a été présentée aujourd’hui devant la Communauté des États de l’Amérique Latine et des Caraïbes (CELAC), à Santiago de los Caballeros, en République Dominicaine, comme étant une contribution clé pour l’intégration de la gestion des changements climatiques dans le Plan de Sécurité Alimentaire, Nutrition et Eradication de la Faim de la CELAC.

Selon les trois agences, le secteur agricole est l’activité économique la plus affectée par les changements climatiques, un élément fondamental à prendre en compte si l’on considère qu’elle représente 5% du PIB, 23% des exportations de la région et emploie 16% de la population active.

« Avec un changement structurel dans les structures de production, les habitudes de consommation et un coup de pouce au secteur environnemental, l’Amérique Latine et les Caraïbes pourront atteindre le deuxième Objectif de Développement Durable, visant à éradiquer la faim », atteindre la sécurité alimentaire, améliorer la nutrition et promouvoir l’agriculture durable, a signalé Antonio Prado, Secrétaire exécutif adjoint de la CEPAL, dans son discours de présentation du rapport en République Dominicaine.

Selon Prado, le Plan de Sécurité Alimentaire de la CELAC et le nouveau Forum des Pays de l’Amérique Latine et des Caraïbes sur le Développement Durable seront deux piliers fondamentaux dans ce processus.

Le rapport des trois agences met en évidence le fait que les changements climatiques affecteront le rendement des cultures, impacteront négativement les économies locales et mettra en péril la sécurité alimentaire dans le Nord-est du Brésil, une partie de la région andine et de l’Amérique Centrale.

“Le défi actuel pour la région est considérable : comment poursuivre avec le processus positif d’éradication de la faim tandis que les effets des changements climatiques deviennent de plus en plus profonds et notoires dans ses systèmes productifs ?”, a expliqué Raúl Benítez, Représentant Régional de la FAO, aux Ministres de la CELAC.

Les pays dont les secteurs agricoles souffriront d’impacts majeurs (Bolivie, Equateur, El Salvador, Honduras, Nicaragua et Paraguay) font déjà face à des défis importants en termes de sécurité alimentaire.

Certains pays de la région, comme c’est le cas de la CELAC, ont déjà franchi des étapes importantes dans la conception des plans d’adaptation aux changements climatiques pour les secteurs de productions animale et végétale, mais le défi reste de taille. Seulement en termes de ressources financières, sans prendre en compte les changements politiques nécessaires, il faudra environ 0,02 % du PIB régional annuel.

Impact sur le secteur agricole et la sécurité alimentaire

De manière paradoxale, bien que la région contribue légèrement aux changements climatiques en termes d’émissions de gaz à effet de serre par rapport à d’autres régions du monde, elle est particulièrement vulnérable à ses effets négatifs.

Le nouveau rapport prévoit des déplacements en altitude et latitude des zones optimales pour la culture d’espèces importantes comme le café, la canne à sucre, les pommes de terre, le maïs, entre autres.

Au niveau national, ces impacts peuvent affecter sérieusement la sécurité alimentaire: selon le rapport, en Bolivie, les changements de température et les précipitations provoqueraient une réduction moyenne de 20 % des revenus ruraux.

Dans le cas du Pérou, les projections indiquent que l’impact des changements climatiques sur l’agriculture pourrait diminuer la production de plusieurs cultures basiques pour la sécurité alimentaire, spécialement celles qui nécessitent beaucoup plus d’eau, notamment le riz.

Le secteur agricole ne fait pas que subir les impacts des changements climatiques, mais  contribue également à ses effets. Voilà pourquoi il est urgent que les pays, avec l’appui de la CELAC, fassent une transition urgente vers les pratiques agricoles durables, tant sur les plans environnemental, économique que social.

Selon les trois agences, l’éradication de la faim en Amérique Latine et dans les Caraïbes requiert un changement de paradigme, un modèle agricole pleinement durable qui protège ses ressources naturelles, favorise le développement socio-économique équitable, permette de s’adapter aux changements climatiques et de contrôler ses effets.

Des changements dans les précipitations menacent l’alimentation en Amérique Centrale

Le rapport souligne que les changements climatiques augmenteront tant la sécheresse que l'excès des précipitations.

D'une part, cela va générer une diminution de la disponibilité de l'eau pour la production alimentaire et d’autres utilisations dans les zones semi-arides et les Andes tropicales, résultat de la fonte des glaciers, la diminution des précipitations et l’augmentation de l'évapotranspiration dans les zones semi-arides.

Cela affecte déjà les pays du Couloir-Sec d’Amérique Centrale, où près de 3,5 millions de personnes ont besoin d'aide humanitaire et 1,6 million vivent dans l'insécurité alimentaire modérée ou sévère. Les pays les plus touchés sont : El Salvador, Guatemala et Honduras.

D'autre part, on estime que d’intenses précipitations augmenteront à près de 7 % pour chaque degré Celsius d’augmentation de température, ce qui aura des conséquences négatives sur le secteur agricole, notamment, l'aggravation de l’érosion, le ruissellement accru avec la perte de l'eau disponible et des dommages au niveau des cultures.

Les changements dans la répartition des pluies tout au long de l'année peuvent mettre en danger la production de Milpa (Production de maïs, d’haricots et de courges), aliments de base dans les zones rurales de l’Amérique Centrale.

Tous ces aspects doivent être pris en compte par les pays et la CELAC dans leurs stratégies de sécurité alimentaire afin que la région puisse atteindre son objectif d’éradication de la faim d'ici à 2025, et continue d’avancer vers l’atteinte des Objectifs de Développement Durable.