Directeur général  QU Dongyu
Allocutions du directeur général de la FAO QU Dongyu

Points abordés

Directeur général de la FAO

Événement consacré à l’intelligence artificielle responsable

 

Introduction

  • Les systèmes alimentaires mondiaux ont besoin de solutions novatrices pour relever des défis internationaux tels que la sécurité alimentaire et la nutrition pour tous, la croissance inclusive et la gestion durable des ressources naturelles.
  • Le développement du numérique peut jouer un rôle de plus en plus important face à ces enjeux et contribuer à la réalisation des objectifs de développement durable (ODD), en particulier des ODD 1 et 2 (éradication de la pauvreté et faim zéro).
  • Le secteur agricole devra augmenter sa production mondiale de 50 pour cent d’ici à 2050 afin de pouvoir nourrir une population toujours plus nombreuse et prospère, et c’est un objectif qu’il faudra atteindre à l’aide de méthodes durables.
  • L’intelligence artificielle, nouvelle technologique de pointe, peut avoir de formidables effets positifs sur l’agriculture en la rendant plus productive et plus durable.
  • Cela étant, les possibilités qu’elle offre peuvent aussi comporter des risques et soulever des questions d’ordre économique, social et éthique.
  • La FAO travaille avec ardeur à l’élaboration de solutions alimentées par l’innovation et fondées sur les technologies numériques, les mégadonnées et l’intelligence artificielle.
  • Notre objectif est d’exploiter leur pouvoir de transformation afin de bâtir des systèmes alimentaires plus efficaces, plus durables et plus inclusifs.

 

L’intelligence artificielle dans l’agriculture: avantages

  • L’agriculture a de nombreux avantages à tirer de l’intelligence artificielle, et ce, dans toutes les régions et structures d’exploitation.
  • La culture, le transport, la transformation et la commercialisation de la nourriture se font au sein de chaînes de valeur complexes que l’intelligence artificielle peut contribuer à rendre plus efficaces et plus durables.
  • Nuru est un exemple d’application basée sur l’intelligence artificielle utilisée par la FAO au profit des petits exploitants. Grâce à l’apprentissage automatique et à l’intelligence artificielle, l’application a par exemple facilité la lutte contre la chenille légionnaire d’automne en Afrique subsaharienne, où le ravageur menaçait de détruire les récoltes et les moyens d’existence des agriculteurs.
  • Le Système d’accès, de traitement et d’analyse des données d’observation de la Terre (SEPAL) de la FAO aide quant à lui les pays à mener leurs activités de mesure, de suivi et de communion d’informations dans les domaines des forêts et de l’utilisation des terres. Il s’appuie sur des techniques avancées d’informatique en nuage, l’intelligence artificielle et l’apprentissage automatique pour permettre la détection des changements qui s’opèrent à petite échelle dans les forêts, notamment ceux qui découlent de l’exploitation illicite ou non durable du bois.
  • Les méthodes d’agriculture de précision utilisées dans les exploitations des pays développés et des pays émergents se fondent sur l’intelligence artificielle. Elles font appel à des machines intelligentes, telles que des drones, des capteurs, des robots et des tracteurs autonomes, que viennent compléter des données et des logiciels capables de «réfléchir», d’«apprendre» et de «résoudre» des problèmes comme l’exploitant
  • Il s’agit d’un changement majeur: les exploitants produisent de la nourriture à l’aide des connaissances tirées de l’expériences qu’ils ont acquise, lesquelles sont étayées par les données scientifiques obtenues grâce à la vulgarisation. Les agriculteurs ont également un rôle clé à jouer dans la fourniture, la mise en commun et l’utilisation des données et informations relatives à l’agriculture.
  • L’intelligence artificielle peut également aider ces agriculteurs à gérer leur production végétale et animale, à détecter les ravageurs et les maladies et à optimiser la manière dont ils utilisent la main-d’œuvre, les engrais, les pesticides, l’alimentation animale et l’eau.
  • Tout ceci peut avoir une incidence considérable sur la productivité, améliorer la gestion des ressources naturelles, telles que les sols et l’eau, réduire la pollution et les effets sur l’environnement et renforcer la sécurité sanitaire des aliments.
  • D’autre part, l’intelligence artificielle aura une influence profonde sur les activités en aval de la filière alimentaire: les systèmes automatisés s’appliqueront également au transport, à la transformation et à la commercialisation des produits alimentaires ainsi qu’aux échanges de ces produits.
  • Dans l’agriculture, comme dans tous les autres secteurs, les négociants utilisent de plus en plus les algorithmes informatiques pour tirer des conclusions des données économiques et repérer les possibilités à exploiter.
  • Nous devons tâcher de comprendre ces incidences et de maximiser les avantages tout en réduisant au minimum les risques possibles.

 

L’intelligence artificielle dans l’agriculture: problèmes

  • Malgré tous les bienfaits remarquables qu’elle est susceptible d’apporter aux exploitants et aux consommateurs, l’utilisation de l’intelligence artificielle dans le secteur agricole comporte des risques et soulève des problèmes.
  • Premièrement, nous devons faire en sorte que les outils fondés sur l’intelligence artificielle soient conçus, élaborés et employés dans le respect des principes universels des droits de l’homme, notamment en ce qui concerne les données et informations liées aux technologies, les aspects relatifs à la vie privée et la manière dont les informations sont diffusées. Il faut donc s’appuyer sur les responsabilités en matière de droits de l’homme pour élaborer des directives de conception technique à l’intention des secteurs public et privé[1].
  • Le développement des outils d’intelligence artificielle destinés au secteur agricole doit également s’appuyer sur les principes relatifs au bien-être animal et les aspects liés à l’environnement et à la sécurité sanitaire des aliments, dont il doit être tenu compte lors de la conception de machines «intelligentes» et de logiciels capables de «réfléchir» comme le cerveau humain. Il est donc fondamental d’établir un code de déontologie qui viendrait sous-tendre le développement de ces technologies et qui devra absolument être intégré à la conception et à l’élaboration des outils utilisant l’intelligence artificielle.
  • D’autres enjeux, qui ne sont pas, par nature, liés à l’éthique, mais concernent les conséquences économiques et sociales à long terme, sont à mentionner, et l’incidence de l’intelligence artificielle sur la main-d’œuvre agricole en fait partie. Étant donné que de nombreuses tâches agricoles pourront être réalisées par des machines «intelligentes», ces technologies feront très certainement reculer la demande de main-d’œuvre. On risque dès lors d’assister à une baisse des salaires et de voir apparaître de ce que l’on appelle le «chômage technologique», ce qui soulève la question des inégalités et des évolutions sociales négatives.
  • Le tracteur, par exemple, fait partie des technologies qui ont révolutionné l’agriculture. Aux États-Unis d’Amérique, son utilisation s’est généralisée entre 1910 et 1960 pour remplacer les chevaux et les travailleurs. Alors que l’on comptait un peu moins de 12 millions de travailleurs agricoles dans le pays en 1910, ils n’étaient plus que 6 millions en 1960. Cette diminution résulte également des migrations des zones rurales vers les urbaines qui ont eu lieu dans le pays au cours de cette période. L’intelligence artificielle peut aussi créer des problèmes d’ordre social, en particulier parce que, contrairement à ce qui s’est produit avec l’arrivée du tracteur, les possibilités qu’auront les travailleurs d’acquérir de nouvelles compétences pour conserver leur emploi risquent d’être limitées[2].
  • Les aspects liés aux inégalités et à la manière dont les gains obtenus grâce à la technologie seront distribués doivent également être examinés. En remplaçant la main-d’œuvre, l’intelligence artificielle peut faire baisser les salaires dans le secteur agricole et augmenter les bénéfices de ceux qui possèdent les terres. Les terres disponibles étant limitées, ces gains peuvent être considérables, et des inégalités peuvent apparaître. Une grande partie de ces gains reviendront aux créateurs des innovations, c’est-à-dire à ceux qui élaborent les outils fondés sur l’intelligence artificielle. Nous devons être prêts, selon l’ampleur des effets qu’auront ces technologies sur les inégalités, à réfléchir ensemble à des règles, telles que des lois antitrust et des systèmes de droits de propriété intellectuelle, qui soient de nature à promouvoir une croissance inclusive et durable dans l’agriculture.

 

Actions menées par la FAO pour résoudre les problèmes d’ordre économique, social et éthique liés aux technologies numériques

  • Parallèlement à l’élaboration d’outils utilisant l’intelligence artificielle, la FAO travaille à la création de la Plateforme internationale pour le développement du numérique dans l’alimentation et l’agriculture, forum multipartite inclusif qui sera consacré à l’examen des avantages et des risques qui sont susceptibles d’accompagner le développement du numérique dans les secteurs agricole et alimentaire.
  • Cette plateforme comblera l’écart important qui sépare les forums multilatéraux relatifs à l’économie numérique et ceux qui s’intéressent à l’alimentation et à l’agriculture, et veillera à ce que l’agriculture ait une place dans les discussions mondiales sur le passage au numérique. S’agissant de l’intelligence artificielle, le Sommet mondial «AI for Good» (l’intelligence artificielle au service du bien social), organisé par l’Union internationale des télécommunications, est un événement majeur en la matière.
  • La plateforme reliera toutes les parties prenantes et formulera des recommandations, telles que des directives volontaires et des meilleures pratiques, pour aider les décideurs à relever les défis d’ordre technique, économique, social et éthique liés à l’utilisation des technologies numériques dans le secteur agricole.


[1] Rapport du Rapporteur spécial sur la promotion et la protection du droit à la liberté d’opinion et d’expression. Soixante-treizième session de l’Assemblée générale des Nations Unies (2018), point 74 b) de l’ordre du jour provisoire: «Promotion et protection des droits de l’homme: questions relatives aux droits de l’homme, y compris les divers moyens de mieux assurer l’exercice effectif des droits de l’homme et des libertés fondamentales» (disponible à l’adresse https://www.ohchr.org/EN/Issues/FreedomOpinion/Pages/ReportGA73.aspx).

[2] Données tirées de Manuelli, R.E. et Seshadri, A. 2014. «Frictionless Technology Diffusion: The Case of Tractors». American Economic Review, 104(4): 1368-1391.

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