Lancement de la publication FAO and the SDGs – Accelerating Transformation through the Four Betters (La FAO et les ODD – Accélérer la transformation au moyen des «quatre améliorations») – Allocution d’ouverture
de M. Qu Dongyu, Directeur général de la FAO
29/05/2026
Mesdames, Messieurs,
Merci à M. Carlos Watson, nouveau Directeur par intérim du Bureau des ODD, pour la présentation de cette publication, que j’attends depuis six ans!
Le Bureau des objectifs de développement durable a été le premier bureau que j’ai créé lorsque je suis devenu Directeur général de la FAO; ont ensuite été créés le Bureau du changement climatique, de la biodiversité et de l’environnement, le Bureau de l’innovation, le Bureau des urgences et de la résilience, le Bureau des petits États insulaires en développement, des pays les moins avancés et des pays en développement sans littoral et, enfin, le Bureau des jeunes et des femmes. La grande différence entre ce dernier et les autres est que j’ai d’abord créé le Comité de la jeunesse et le Comité des femmes de la FAO, et ce n’est qu’après que nous avons commencé à obtenir des résultats que j’ai créé le Bureau des jeunes et des femmes.
Dans les provinces chinoises, quand on construit un temple, on engage des moines, mais ceux-ci ne viennent pas tous les jours accomplir leur office et inviter les gens à se rendre au temple. Comme on dit dans mon pays, «建了庙,招了和尚,他不敲木鱼», ce qui signifie: «Le temple est construit et le moine recruté, mais celui-ci ne frappe pas le muyu (cloche de bois rituelle)».
J’ai été déçu par le Bureau des objectifs de développement durable, car il revêtait une grande importance à mes yeux, mais il n’a pas produit de résultats.
Aujourd’hui, en revanche, je suis très heureux de constater que Carlos a obtenu si rapidement d’aussi bons résultats.
Dès 2019, nous avons commencé à concevoir les réformes de la FAO, en commençant par l’emploi des termes «centre» , «bureau» et «division»: on notera que les «bureaux» sont chargés de la coordination, tandis que les «divisions» sont chargées des connaissances et des activités techniques.
Ainsi, par exemple, nous avons supprimé le Bureau des statistiques pour le renforcer en le transformant en Division des statistiques. Il en a été de même pour la Division de la FAO numérique et de l’agro-informatique.
Il n’existe aucune contradiction entre les «divisions» et les «bureaux»: les «bureaux» doivent assurer la coordination externe au nom de la FAO et la coordination interne entre les divisions.
Pour montrer l’importance que j’accorde aux ODD, j’ai, à mon arrivée, remanié le logotype officiel de la FAO afin d’y faire figurer les ODD sous la forme d’un anneau représentant l’ensemble des activités de l’Organisation.
Le Secrétaire général, la Vice-Secrétaire générale ainsi que tous les secrétaires généraux adjoints de l’Organisation des Nations Unies (ONU) ont félicité la FAO d’être la seule institution des Nations Unies à mettre en évidence les liens avec l’ensemble des ODD.
J’ai dit: «On parle de la solidarité des Nations Unies, qui forment une grande famille», mais, plutôt que d’en parler, j’ai agi!
Puis, l’année dernière, nous avons également conçu un nouveau logotype pour commémorer le 80e anniversaire de la FAO.
Lorsque j’ai parlé devant le Conseil de la FAO, le 16 avril 2019, en qualité de candidat au poste de Directeur général, j’ai expliqué, pendant la séance de questions-réponses, comment ma grand-mère m’avait fait découvrir les ODD lorsque j’avais trois ou quatre ans. Tous les matins, elle allait dans les montagnes cueillir des champignons et me disait de choisir ceux qui n’étaient ni trop gros ni trop petits: lorsqu’ils sont trop gros, cela signifie qu’ils sont trop vieux et qu’ils ont atteint le stade de la production de spores – ils ne sont plus bons à manger et il est aussi important de laisser les spores se développer pour la saison suivante. S’ils sont trop petits, il faut les laisser pousser encore un jour ou une semaine, puis revenir les cueillir lorsqu’ils ont atteint une taille moyenne. Ainsi, les champignons se renouvellent de manière durable et l’on peut garantir une récolte continue dans la nature.
C’est ce que les Européens appellent des «solutions fondées sur la nature», mais c’est ma grand-mère qui me l’a appris il y a une soixantaine d’années! C’est cela, la véritable durabilité.
C’est pourquoi nous avons besoin de véritables ODD, ainsi que du biogaz et d’une transition vers les bioénergies renouvelables.
Sur les toits de la FAO, grâce également au Gouvernement italien, nous produisons de l’énergie renouvelable au moyen de panneaux solaires.
Lorsque j’étais vice-gouverneur local d’une province chinoise en 2008 et que j’étais chargé de l’innovation, nous avions déjà commencé à soutenir la recherche sur les panneaux solaires.
Je répète depuis longtemps que les ODD ne sont pas seulement un slogan: ils ne se limitent pas à un simple bureau. Nous avons érigé un temple, nous avons recruté un moine et je suis aujourd’hui ravi d’accueillir M. Carlos Watson – ma seule erreur est de ne pas vous avoir transféré plus tôt à ce poste!
Mesdames, Messieurs,
La publication intitulée FAO and the SDGs - Accelerating Transformation through the Four Betters (La FAO et les ODD – Accélérer la transformation au moyen des «quatre améliorations») rassemble l’excellence technique, l’autorité normative et l’expérience de terrain de l’ensemble de cette Organisation.
Par exemple, je considère que le Bureau du changement climatique, de la biodiversité et de l’environnement (OCB) a très bien fonctionné ces dernières années et ce n’est pas seulement depuis la nomination de M. Kaveh Zahedi au poste de directeur, ce dont je suis très satisfait.
Chaque axe, chaque division, chaque région, qu’il s’agisse d’une entité distincte ou intégrée à l’ensemble de l’Organisation, s’exprime d’une seule et même voix, celle de la FAO unie dans l’action.
C’est cela qui rend l’Organisation plus forte: le fait d’être une grande équipe. Et non un ensemble de petits groupes cloisonnés.
Lorsque j’ai pris mes fonctions de directeur général de la FAO en août 2019, j’ai pris la décision stratégique de veiller à ce que les activités de la FAO soient axées sur la réalisation des ODD.
J’ai beaucoup appris de l’ancien Secrétaire général des Nations Unies, M. Ban Ki-moon. Tout en étant d’une extrême humilité, il a accompli de grandes choses au cours de son mandat, notamment l’adoption des ODD et du Programme de développement durable à l’horizon 2030 (Programme 2030) sous son impulsion, ainsi que celle de l’Accord de Paris. Il m’a raconté tout ce qui s’était joué en coulisses et cela n’a pas été facile. C’est un homme peu bavard, mais il a accompli de grandes choses qui resteront dans l’histoire. Lorsque l’on se penche sur son mandat, on mesure toute l’importance historique de ces deux réalisations pour notre civilisation.
Le Cadre stratégique 2022‑2031 de la FAO a été élaboré autour des ODD et repose sur le socle solide des quatre améliorations (améliorations en matière de production, de nutrition, d’environnement et de conditions de vie) sans laisser personne de côté.
Cette semaine, pendant la Semaine de la nutrition de Rome, j’ai, pour la première fois, véritablement ressenti et compris ce que la nutrition représentait pour les personnes; il ne s’agit pas d’un simple cours dispensé à des étudiants. Du dialogue de haut niveau engagé avec le Premier Ministre espagnol, M. Sanchez, à l’intervention de la Présidente d’ONU‑Nutrition, Mme Najat Mokhtar. Nous avons instauré une solidarité cohérente, assortie de résultats concrets, notamment en matière de nutrition des enfants. C’est là que réside véritablement notre mission.
J’ai également été ému de voir que Mme Cindy McCain, Directrice exécutive sortante du Programme alimentaire mondial (PAM), s’est vu remettre un bouquet de fleurs. J’ai beaucoup apprécié ce geste, car la FAO doit aussi savoir conjuguer professionnalisme et humanité, non seulement dans ses rapports avec son personnel ou ses membres, mais aussi à l’égard de la société dans son ensemble.
Nous ne vivons pas dans un château. En Chine, il y avait autrefois beaucoup de châteaux et de temples, notamment chez les taoïstes, qui vivaient dans des régions montagneuses isolées et inaccessibles, coupés du monde; on dit d’eux qu’ils «ne sentaient pas la fumée du bas monde»: «– 不识人间烟火».
Mais nous ne sommes pas comme eux: nous sommes la FAO – nous parlons d’alimentation, d’eau, de sols, d’animaux, de cultures et de pêche. Nous nous sommes ouverts aux membres de notre personnel et à leurs familles en encourageant toutes les divisions à participer de manière concrète.
La FAO doit commencer par améliorer la production et la nutrition. Telle est la base de notre mandat.
L’amélioration de l’environnement est une notion nouvelle, mais elle ne l’est pas tant que cela, car, avant même l’invention des engrais et des insecticides, les systèmes agroalimentaires traditionnels ont toujours pris soin de l’environnement et respecté les écosystèmes.
Vient ensuite l’amélioration des conditions de vie. Hier, j’ai dit qu’il ne s’agissait pas uniquement d’améliorer les moyens d’existence des agriculteurs, car l’amélioration des conditions de vie concerne tous les consommateurs aux différentes étapes de leur existence: de la petite enfance à l’enfance, puis à l’âge mûr, mais aussi à la dernière étape de la vie, où il faut également préserver une qualité de vie aussi élevée que possible. Tel est mon objectif ultime pour toutes les personnes au service desquelles nous œuvrons.
J’ai également créé le Bureau des objectifs de développement durable afin d’assurer la cohérence institutionnelle, l’orientation technique et l’approche analytique nécessaires pour donner corps à cette vision au sein de l’ensemble de l’Organisation.
Nous avons mis en place notre propre processus de discussion, plus cohérent et plus approfondi, et sommes devenus une équipe plus forte: une grande équipe de la FAO unie dans l’action. Voilà la véritable réforme, qui ne consiste pas à «couper, couper et encore couper».
On peut conserver plusieurs centaines de personnes, mais, si elles sont mal organisées, l’ensemble n’a ni force ni compétence fondamentale. Chaque unité, division ou bureau, quelle que soit sa taille, doit disposer d’une compétence fondamentale.
Il ne faut pas perdre ses compétences fondamentales; depuis 81 ans, celles de la FAO résident dans les données et les publications. Nous ne devons pas négliger cette compétence clé si nous voulons que la FAO continue d’être reconnue à l’échelle mondiale.
Les systèmes agroalimentaires ne constituent pas un secteur parmi d’autres; ce sont des systèmes complexes et interconnectés qui sont reliés à tous les secteurs.
De nombreuses personnes considèrent que l’alimentation et l’agriculture sont des domaines simples. Eh bien non, car ces domaines ne relèvent pas d’une seule science, comme la physique, la chimie, la biologie, les mathématiques ou les sciences spatiales. Les systèmes agroalimentaires sont extrêmement complexes et intègrent simultanément toutes ces disciplines scientifiques.
Ils sont également imprévisibles, car nos activités concernent des êtres vivants, à savoir les cultures, les animaux et les végétaux, qui ont tous leur propre cycle de vie. C’est pourquoi il n’est pas facile de les gérer.
À mes yeux, l’intelligence artificielle, les ordinateurs ou les voitures sont bien plus simples, car ils sont faciles à maîtriser.
Les systèmes agroalimentaires sont au cœur de la concrétisation des 17 ODD.
De l’objectif qui consiste à éliminer la faim à la réalisation de la sécurité alimentaire et de la nutrition pour tous, en passant par l’accès à une eau propre, les mesures relatives à la lutte contre les changements climatiques et la vie aquatique (c’est pourquoi la FAO a joué un rôle technique aussi central dans les deux Conférences des Nations Unies sur l’océan, où ce rôle a été reconnu) ainsi que par la vie terrestre et la réduction des inégalités. Les systèmes agroalimentaires sont le trait d’union qui permet de faire progresser la vision du Programme 2030.
Cette publication en apporte la preuve.
Ce n’est peut-être qu’un début; il faut encore l’améliorer. Mais passer de zéro à un constitue une avancée décisive, c’est pourquoi je considère cette publication comme un jalon historique. Il s’agit de la première publication de ce type au sein du système des Nations Unies qui soit spécifiquement consacrée aux ODD.
Elle examine les liens essentiels entre la transformation des systèmes agroalimentaires et, plus largement, le programme de développement durable, et trace la voie d’une action collective en faveur du Programme 2030 et au-delà.
Je suis ravi de voir nos collègues qui participent aux sessions de la Conférence des parties à la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques, notamment la 30e session (COP30), ainsi qu’à celles de la Convention des Nations Unies sur la lutte contre la désertification et de la Convention sur la diversité biologique, et je suis heureux de constater à quel point nous avons fait évoluer le discours sur ces questions.
Depuis mon arrivée, après la COP26, le rôle de la FAO dans le domaine des forêts a commencé à être reconnu; puis, à la COP27, qui s’est tenue à Charm el-Cheikh, nous avons commencé à élaborer des solutions ensemble. À la COP28, nous avons joué, avec davantage de professionnalisme, un rôle de premier plan et souligné que les systèmes agroalimentaires étaient la solution.
Comme tout autre domaine, le nôtre connaît de nombreux problèmes qu’il faut résoudre, mais nous devons les aborder de manière constructive, en mobilisant un ensemble de solutions, et non nous contenter de nous plaindre. Se plaindre n’est qu’un point de départ; il faut aboutir à une solution. Voilà la manière constructive de travailler ensemble.
Mesdames, Messieurs,
La vision des quatre améliorations de la FAO est au cœur de cette publication. Il ne s’agit pas d’idéaux abstraits. Ce sont des pistes d’action concrètes, fondées sur la science, conformes aux engagements mondiaux et adaptées aux besoins réels et particuliers de chaque pays.
Grâce à l’innovation, aux données, à la technologie et à des politiques favorables, aussi appelés «accélérateurs» ou «facilitateurs», la FAO aide les pays à gérer les arbitrages, à combler les lacunes et à obtenir des résultats à grande échelle.
La FAO est l’organisme des Nations Unies responsable de 22 indicateurs des ODD et, avec les membres, nous œuvrons dans plus de 130 pays à la mise en œuvre de solutions intégrées fondées sur des données factuelles.
Nous sommes à un moment décisif. Il reste moins de cinq ans avant 2030 et le monde n’est pas sur la bonne voie. Pour nous, il n’est pas question de céder au désespoir, mais bien d’accélérer nos efforts.
Cette publication est à la fois un outil et un témoignage: un outil qui permet aux décideurs de tirer parti de l’appui de la FAO de manière plus stratégique et un témoignage de la force d’une action coordonnée et déterminée, à savoir une action cohérente dans l’ensemble du système, à l’échelle de toute l’Organisation et des réseaux mondiaux et, bien entendu, qui passe par une collaboration renforcée avec les membres.
Nous devons commencer dès maintenant à réfléchir à ce qui viendra après le Programme 2030.
Carlos, le moment est venu pour nous de faire le point. De mesurer le chemin parcouru, d’examiner le rôle que nous avons joué au cours des sept à dix dernières années et de déterminer les domaines que nous devons renforcer afin de faire davantage et mieux dans le prochain programme de travail. Celui-ci portera peut-être un autre nom, mais notre mission doit être claire, et notre vision, stratégique et étayée par une véritable réflexion.
Car il faut parfois penser autrement pour proposer au monde un nouveau produit de connaissances.
Je continue d’exhorter l’ensemble de la FAO – sa direction centrale, son personnel d’encadrement et toutes ses divisions techniques – à réfléchir ensemble, à apprendre ensemble et à penser à plus grande échelle pour parvenir à des actions concrètes.
Nous devons concevoir des initiatives beaucoup plus ambitieuses et à bien plus long terme, afin de nous engager sur la voie qui nous rapprochera de la FAO que nous voulons bâtir.
C’est ainsi que, en tant que pôle d’excellence en matière de connaissances parmi les institutions intergouvernementales des Nations Unies, nous devons impérativement assumer ce rôle qui nous incombe.
À défaut, les membres sont en droit de demander comment sont utilisés les fonds qu’ils mettent à notre disposition. N’oubliez pas que vous agissez au nom des membres. Nous devons travailler ensemble et je suis là pour veiller au grain!
Il nous reste trois ans pour agir. L’échéance de 2030 se profile déjà à l’horizon.
Œuvrons donc ensemble de manière plus efficace, plus inclusive et plus ouverte et donnons davantage de poids au Bureau des objectifs de développement durable. Il n’y a aucune limite à ce que nous pouvons accomplir et je vous apporterai tout mon soutien.
Je vous remercie. Je suis désolé d’avoir parlé un peu plus longtemps que prévu, mais c’est parce que ce sujet me passionne!
Je vous remercie de votre attention.