Directeur général QU Dongyu

Colloque de haut niveau sur le thème «L’intelligence artificielle et l’avenir de la dignité humaine. Un pont à travers les transitions démographiques et professionnelles» Déclaration

de M. Qu Dongyu, Directeur général de la FAO

25/05/2026

Mesdames et Messieurs,

Il est opportun que nous soyons réunis à l’occasion de cette manifestation importante organisée par le Vatican, où la réflexion morale, la conscience humaine et la responsabilité mondiale convergent.

Je tiens à exprimer mon profond respect à Sa Sainteté le pape Léon XIV et au Saint‑Siège pour le rôle moteur infaillible et la direction morale qu’ils assurent dans le cadre du débat éthique sur l’intelligence artificielle (IA).

En 2020, la FAO a eu l’honneur de répondre à l’invitation du défunt pape François, qui nous demandait d’être l’un des premiers signataires de l’Appel de Rome pour une éthique de l’IA – l’objectif étant de souligner que les progrès technologiques doivent être respectueux de l’humanité, protéger les personnes vulnérables et préserver la planète.

La technologie évolue rapidement et nous devons garantir l’adaptation sociale.

À la FAO, nous avons conscience du pouvoir de transformation de l’IA et savons que le fossé numérique ne fera que croître si elle n’est pas mise au service des populations rurales.

Six ans après l’invitation du pape François, nous restons déterminés à faire en sorte que la technologie concoure à la dignité de chaque être humain, en particulier des plus vulnérables. 

Le pape Léon XIV a publié sa première lettre encyclique Magnifica Humanitas sur la question exactement 135 ans après que le pape Léon XIII a dénoncé les excès de la révolution industrielle dans l’encyclique Rerum Novarum.

Tout comme la révolution industrielle a bouleversé le travail et la société, la révolution de l’IA reconfigure nos économies, notre gouvernance sociale, nos systèmes agroalimentaires et l’essence même de notre action.

Aujourd’hui, l’impact de l’IA va bien au-delà de l’aspect technologique.

L’IA est entrée dans nos vies, que ce soit sur le lieu de travail ou en dehors – elle concerne les forêts tout comme les champs, les marchés financiers tout comme les marchés alimentaires, et l’action tout comme la dignité.

À la FAO, nous nous posons des questions cruciales: Comment tirer le meilleur parti de cette nouvelle dynamique pour en faire une passerelle dans le cadre de cette transformation? Comment en faire un pont efficace entre zones rurales et zones urbaines?

Un emploi sur quatre dans le monde est aujourd’hui susceptible d’être touché par la transformation induite par l’IA et on estime que celle-ci pourrait augmenter la croissance du PIB mondial de quelque 2 points de pourcentage par an.

Mais quelles sont les incidences pour les zones rurales? Est-ce que les technologies numériques, les compétences et l’appui institutionnel sont plus accessibles, ou ces zones sont-elles laissées pour compte?

En ce qui concerne ceux qui travaillent dans les systèmes agroalimentaires – soit une grande part des populations pauvres, des femmes et des jeunes –, il faut garder à l’esprit que l’IA se développe aux quatre coins du monde et ne connaît pas les frontières.

Quelles possibilités cela crée-t-il pour eux? Quels défis?

Nous devons utiliser l’IA pour rendre les systèmes agroalimentaires plus attrayants aux yeux des jeunes et son pouvoir de transformation doit profiter à tous, en particulier aux populations rurales.

Pour des millions de petits exploitants, d’éleveurs pastoraux, de pêcheurs et de communautés tributaires des forêts, la principale difficulté est la disponibilité et l’accessibilité – en particulier dans les zones rurales des pays moins développés dont l’infrastructure en matière d’IA est limitée.

Les outils novateurs qui s’appuient sur l’IA peuvent combler le manque d’informations et renforcer l’inclusion financière.

La FAO a déjà commencé à transformer le potentiel offert par l’IA en mesures concrètes dans les systèmes agroalimentaires et au service du développement rural.

Avec l’aide de nos partenaires, nous élargissons l’accès aux outils, aux compétences et à la formation en matière d’IA pour permettre aux travailleurs des systèmes agroalimentaires d’accroître leur productivité, réduire les pertes le long des chaînes de valeur et parvenir à un développement plus résilient et plus durable.

Une intelligence artificielle accessible et inclusive pourrait contribuer à transformer les perspectives d’emploi dans les systèmes agroalimentaires et à garantir un meilleur alignement entre la production, la nutrition et la durabilité environnementale.

L’IA pourrait appuyer et amplifier les capacités humaines.

C’est ce que j’appelle «l’alliance des intelligences», qui est l’alignement conscient de:

  • l’intelligence humaine, soit notre éthique;
  • l’intelligence artificielle, soit l’optimisation;
  • l’intelligence écologique, soit la sagesse de la nature;
  • et l’intelligence sociale, soit notre action collective.

Mesdames et Messieurs,

L’accélération du développement de l’IA devrait garantir un meilleur accès aux pays à faible revenu.

La progression de l’IA devrait harmoniser le développement social et économique, être inclusive et faciliter le partage des connaissances entre les agriculteurs et les consommateurs. 

L’IA devrait être définie comme une politique porteuse, adaptée aux besoins individuels et à des environnements donnés.

Depuis plus de 80 ans, la FAO s’attache à traduire les connaissances en actions concrètes et la solidarité en solutions.

À la FAO, nous œuvrons activement pour l’avenir plutôt que de rester passifs – et nous appliquons une approche axée sur les personnes selon laquelle les agriculteurs doivent être les bénéficiaires.

Nous aidons les pays à transformer les systèmes agroalimentaires afin de rendre ceux-ci plus efficaces, plus inclusifs, plus résilients et plus durables,

et ainsi concrétiser les quatre améliorations – en matière de production, de nutrition, d’environnement et de conditions de vie –, en ne laissant personne de côté.

Notre feuille de route pour l’innovation en matière d’agriculture numérique et d’intelligence artificielle, lancée l’année dernière, fait de l’IA un catalyseur devant donner à chacun les moyens d’agir.

La feuille de route est actuellement mise en œuvre et des utilisations prometteuses de l’IA sont constatées dans les filières du café, les services de conseil aux agriculteurs, l’horticulture et la gestion des sols et du microbiome.

Avec le concours de nos partenaires, nous développons les compétences numériques, mettons à l’essai des solutions et créons des perspectives économiques de l’échelon local à l’échelon mondial.

Mesdames et Messieurs,

Plus tôt cette année, le pape Léon XIV nous a rappelé une vérité fondamentale: «La technologie doit servir l’humanité, pas la diminuer.»

Il nous incombe de faire passer ce message avant nos ambitions pour l’IA. Nous devrions non seulement mesurer jusqu’où nous pouvons aller, mais aussi dans quelle mesure les avantages peuvent être partagés.

Nous devons placer la dignité humaine, l’inclusion et les perspectives au premier plan. Cette ère de bouleversements technologiques sera une passerelle vers la prospérité partagée.

Nous ne devons pas laisser le fossé numérique devenir un fossé de développement et de sécurité alimentaire.

Nous partageons la même conviction que le pape Léon, à savoir que le droit à l’alimentation est un droit humain fondamental et qu’il ne peut y avoir de sécurité alimentaire sans paix.

Nous avons besoin de l’IA pour faciliter le processus, mais l’IA ne se mange pas!

Franchissons ce pont ensemble – passons de la peur à la prospérité, de la supériorité à la solidarité – de sorte que toute l’humanité puisse profiter de l’IA aux fins d’un avenir meilleur.

Je vous remercie de votre attention.