Directeur général QU Dongyu

TURKMÉNISTAN Conférence internationale sur la sécurité alimentaire dans le contexte du changement climatique – Allocution

de M. Qu Dongyu, Directeur général de la FAO

22/01/2026

Bonjour,

Salam Aleykum,

Mesdames et Messieurs,

Je suis absolument ravi de me joindre à vous, ici à Achgabat, et je souhaite remercier le Gouvernement du Turkménistan d’avoir organisé cet important dialogue.

Aujourd’hui, nous avons parmi nous non seulement les ministres de l’agriculture, mais aussi les ministres de l’environnement, de la santé et bien d’autres.

Depuis que j’ai pris mes fonctions de directeur général de la FAO, je m’intéresse à cette région, et sous-région, en collaboration avec mes collègues, dont Vladimir Rahkmanin, ancien Sous-Directeur général et Représentant régional pour l’Europe et l’Asie centrale – région qui s’étend de Londres à Vladivostok. C’est l’une des cinq régions de la FAO, et la plus vaste. Elle est extrêmement diversifiée, non seulement du point de vue climatique, mais aussi sur le plan de la biodiversité.

L’alimentation est essentielle, et le droit à l’alimentation est un droit humain fondamental.

Cette région est particulièrement importante pour la sécurité alimentaire mondiale depuis de nombreuses années; elle a acquis cette importance au lendemain de la Seconde Guerre mondiale.

L’an dernier, en 2025, la FAO a célébré son 80e anniversaire. Nous avons tous eu la chance de jouir de la paix, en dépit du contexte géopolitique compliqué que nous connaissons depuis 80 ans.

Tout d’abord, nous avons savouré la victoire contre le fascisme lors de la Seconde Guerre mondiale et, peu après, la Guerre froide a commencé à avoir de lourdes conséquences sur cette terre, lesquelles persistent encore à ce jour. À l’issue de la Guerre froide, nous sommes entrés dans la période actuelle, qui est encore plus complexe.

On assiste à de nombreuses catastrophes d’origine humaine. Nous devons utiliser la sagesse, la technologie, l’éducation et la civilisation pour relever tous les défis qui vont se présenter à nous. Nous sommes des êtres humains et, en tant que biologiste, je suis convaincu que nous sommes suffisamment intelligents pour gérer toutes les crises, en particulier celles d’origine humaine.

Aujourd’hui, nous nous concentrons sur les catastrophes et crises naturelles.

Même si ces phénomènes concernent la nature, ils ne sont pas réellement naturels, car tous les effets du changement climatique auxquels nous devons faire face actuellement découlent du passé, de pratiques non durables appliquées à l’agriculture, à l’industrie, aux villes ou encore à l’urbanisation en général.

La FAO, en collaboration avec les ministères de l’agriculture, doit jouer un rôle fondamental dans la gestion de ces catastrophes naturelles, aux côtés de tous les partenaires pertinents, des ministères concernés, du secteur privé et de la société civile.

Il y a quelques années, nous avons lancé le dialogue sur la sécurité alimentaire en Ouzbékistan et, l’an dernier, je me suis rendu au Kazakhstan, au Kirghizistan et au Tadjikistan.

Vous savez maintenant que «stan» a un sens tout particulier.

Qu’il s’agisse du Kazakhstan ou de l’un des autres pays en «stan». Que ce soit à l’est ou à l’ouest. C’est notre patrie. C’est notre terre. Je la qualifie toujours de «verte», non seulement en référence à la couleur, mais aussi à la nature verdoyante. Par conséquent, nous devons mettre en place d’abord une économie verte, puis une énergie verte et un mode de vie vert.

Sans quoi, nous ne pourrons concrétiser l’approche «Une seule santé».

Je suis profondément heureux que le Ministre de la santé soit parmi nous également. Je lui ai dit en plaisantant que, grâce à sa présence, nous serions tous en bonne santé aujourd’hui! 

J’espère qu’il pourra se joindre à nous chaque année pour travailler avec le Ministre de l’agriculture, et pour conjuguer nos efforts en vue d’améliorer la santé du monde, des sociétés, des familles et des personnes.

Comment procéder? En concrétisant la sécurité alimentaire.

La sécurité alimentaire ne se limite pas aux aliments ni aux glucides de base. Nous avons suffisamment de pain, de riz – peu importe que ce soit du riz blanc, du riz cuisiné, des sushis ou du riz frit à la chinoise, ou que vous l’ajoutiez à votre soupe de mouton ou de bœuf. Nous avons besoin de glucides de base, puis d’aliments nutritifs, et ensuite d’aliments sains.

Et, plus encore, d’aliments fonctionnels car certaines composantes des aliments ne contribuent pas à la nutrition, mais à des fonctions particulières de notre organisme.

Les fibres comestibles, par exemple, ne sont pas très nutritives, mais aident à nettoyer le corps.

Quand nous parlons de santé, nous avons besoin de quatre niveaux de sécurité alimentaire: alimentation de base, alimentation nutritive, alimentation saine et alimentation fonctionnelle. Ainsi que des trois dimensions de la sécurité alimentaire: disponibilité, accessibilité et abordabilité des produits alimentaires.

Les quatre niveaux, associés aux trois dimensions, forment 12 combinaisons. Au moyen de ces 12 combinaisons, nous pouvons évaluer notre situation individuelle, ainsi que celles de notre famille, de notre communauté et de notre pays, afin de mesurer le niveau atteint.

J’ai plaisanté avec Bill Gates, il est milliardaire et n’a aucun problème d’abordabilité, d’accessibilité ni de disponibilité. Pourtant, même lui n’a pas facilement accès à des aliments sains ou fonctionnels, il ne dispose que de glucides et d’aliments nutritifs.

M. Trump se nourrit uniquement de hamburgers et de sodas sucrés, ce n’est sans doute pas un secret. Cela ne veut pas dire qu’il a des difficultés en matière d’accessibilité, de disponibilité ou d’abordabilité; en revanche, il n’a pas accès en grande quantité à des aliments sains ou fonctionnels.

Il en est ainsi pour les individus, mais aussi pour les pays, les communautés et même les organisations comme la FAO, avec sa cafétéria. Nous avons mentionné les 12 combinaisons, mais nous avons encore une grande marge de progression.

La sécurité alimentaire n’est pas une problématique qui concerne simplement la production ou la disponibilité, en particulier dans les pays du Sud, où il n’est question que de disponibilité alimentaire au niveau de base et/ou au niveau nutritionnel.

À la FAO, juste avant ma prise de fonctions, on ne parlait que de deux niveaux: le niveau de base et le niveau nutritionnel. On ne parlait pas de santé. J’ai encouragé l’Économiste en chef à parler d’alimentation saine, mais ce n’est pas encore suffisant.

Nous devrions parler aussi des aliments fonctionnels, qui constituent le niveau le plus élevé. Depuis de très nombreuses années, c’est ce qui se pratique en Chine et dans toute l’Asie de l’Est, au Japon, en Corée, en Asie du Sud-Est et dans certaines parties de l’Afrique, qui partagent depuis longtemps cette culture alimentaire traditionnelle.

C’est la première chose.

Ensuite, nous devons nous intéresser au pourquoi et au comment, et nous doter d’une initiative et d’une approche adaptées. L’alimentation et les systèmes agroalimentaires font partie de la solution.

Toute exception crée des problèmes en matière de durabilité et de lutte contre le changement climatique. Cette approche est très importante; sans cela, on peut avoir de bonnes idées et une bonne philosophie, mais elles ne parviennent pas jusqu’aux familles et aux communautés sur le terrain.

Avant tout, nous avons besoin des quatre améliorations pour nous guider: amélioration de la production, amélioration de la nutrition, amélioration de l’environnement et amélioration des conditions de vie, sans laisser personne de côté. C’est la stratégie mondiale que les ministres de l’agriculture et, espérons-le, les autres ministres également doivent suivre.

L’amélioration de la production consiste non seulement à produire des aliments, mais aussi à créer un meilleur mode de vie, ce qui est extrêmement important.

Bien sûr, des innovations, des investissements et des politiques favorables sont nécessaires. Voilà l’approche à adopter.

Et nous avons besoin de partenariats, non seulement entre différents gouvernements, mais aussi entre différents partenaires et acteurs clés. Les partenariats peuvent aussi apporter des solutions. Autrement, nous ne faisons que nous rejeter la faute mutuellement et nous plaindre les uns des autres, sans véritable solution cohérente.

À la FAO, nous voulons jouer le rôle d’un coordonnateur professionnel. Je salue vivement les présentations réalisées par des collègues aujourd’hui. Vous jouez vraiment un rôle de coordination. Je m’en réjouis. Peu de personnes sont disposées à coopérer et à coordonner.

Actuellement, les organismes des Nations Unies, y compris la FAO, doivent être des prestataires de services. Nous n’avons pas de pouvoir ni d’argent. Nous devons être vos humbles serviteurs – en fournissant des services professionnels. La FAO est prête à offrir des services professionnels à ses 194 membres.

Je souhaite remercier le Turkménistan, Monsieur le Président et les ministres concernés d’avoir parachevé l’accord avec le pays hôte en vue de l’installation d’un bureau de pays de la FAO. C’était le dernier pays de la région sans représentant de la FAO. Il s’agit réellement d’un tournant pour ce qui est de renforcer la collaboration entre la FAO et le Turkménistan.

Dans ce pays, l’agriculture traditionnelle présente des limites. Mais grâce à l’innovation et à la technologie moderne, vous pouvez exploiter le plus gros potentiel de cette région.

Certains aliments produits en plein désert, dans des conditions météorologiques extrêmes, ne pourraient l’être dans d’autres environnements, tropicaux ou subtropicaux, pourtant magnifiques et verdoyants.

Cela représente un potentiel énorme pour la production d’aliments fonctionnels.

Hier, j’ai eu une longue discussion avec le Président, qui a duré une heure, beaucoup plus longtemps que je ne l’avais imaginé, et je me suis aussi entretenu avec le Vice‑Président du Conseil des ministres, pendant deux heures.

Mes attentes concernant le Turkménistan reposent sur le fait que, même s’ils arrivent peut-être un peu tard, ils sont en mesure d’amplifier et d’accélérer leur démarche!

Je n’ai aucun doute quant au fait que ce dialogue, cette conférence internationale, dont c’est la troisième édition, sera fructueux.

En septembre 2026, nous organiserons au siège de la FAO, à Rome, la Conférence ministérielle «Une seule santé». Et, comme vous le savez, le Président Macron présidera le Sommet «Une seule santé» le 7 avril, à Lyon (France).

M. Macron a déjà accepté mon invitation à venir prononcer une allocution lors de notre conférence ministérielle «Une seule santé».

J’espère que les ministres de l’agriculture ne seront pas les seuls à participer à cette conférence – la toute première de l’histoire de la FAO, et des Nations Unies.

Nous tentons d’inciter davantage de ministres de l’environnement et de ministres de la santé à venir à Rome pour participer à un dialogue professionnel. Le Sommet «Une seule santé» représente un engagement politique, et il faut que les ministres prennent des mesures fondées sur les priorités nationales, en collaboration avec leurs homologues et leurs partenaires. C’est ainsi que nous pourrons faire en sorte que l’approche «Une seule santé» produise des résultats tangibles et un véritable impact.

Cela étant dit, je vous adresse tous mes vœux de succès. Il s’agit de mon premier voyage international de l’année. J’ai beaucoup de respect pour votre pays et votre dirigeant, ce depuis de nombreuses années. Il a été le Président qui a assuré la promotion du cheval, le cheval le plus célèbre du monde: l’Akhal-Téké. En chinois, on l’appelle «le cheval d’or» et 2026 est l’année du cheval dans le calendrier lunaire chinois.

Alors, inspirons-nous du cheval: allons vite et loin, sans nous arrêter.

Je vous adresse encore une fois tous mes vœux de succès. Je vous souhaite une bonne santé, un foyer heureux et une alimentation saine et fonctionnelle au quotidien.

Je vous remercie de votre attention.