Directeur général QU Dongyu

FORUM MONDIAL DE L’ALIMENTATION 2025 – Forum de la science et de l’innovation 2025, «Une seule santé dans les systèmes agroalimentaires pour la santé de tous» – Allocution d’ouverture

de M. Qu Dongyu, Directeur général de la FAO

17/10/2025

Mesdames et Messieurs,

Bonjour.

Une seule santé, une seule voix!

Alors que nous célébrons les 80 ans de la FAO en tant que chef de file mondial dans les domaines de l’alimentation et de l’agriculture, notre planète continue de faire face à des défis grandissants et liés entre eux, auxquels nous devons apporter des solutions collectives à même de les transformer en opportunités pour tous.

Lorsqu’ils sont performants, les systèmes agroalimentaires soutiennent la production, la nutrition, l’environnement et les moyens d’existence, autrement dit les quatre améliorations – amélioration de la production, de la nutrition, de l’environnement et des conditions de vie –, en ne laissant personne de côté.

Pour que cela soit le cas, nous devons transformer nos systèmes agroalimentaires pour les rendre plus efficaces, plus inclusifs, plus résilients et plus durables.

L’approche intégrée «Une seule santé» de la FAO aide les pays:

  • premièrement, à renforcer la gouvernance et la capacité à mener des actions coordonnées dans différents secteurs;
  • deuxièmement, à intégrer l’approche «Une seule santé» dans les politiques et les plans d’investissement relatifs aux systèmes agroalimentaires; et
  • troisièmement, à intégrer les données, la surveillance et l’évaluation des risques.

En tant que Directeur général de la FAO, ma priorité est d’assurer la coordination entre les divisions.

J’ai déjà évoqué le concept «Une seule santé» à de nombreuses reprises depuis mon arrivée à la FAO. Laissez-moi préciser que ce concept va au-delà de «l’unité d’action à la FAO» – il implique également d’intégrer les petites unités au sein de la Division de la production et de la santé animales. Même au sein des divisions, il existe un manque de systèmes coordonnés.

À mon arrivée, j’ai remarqué qu’il existait de nombreux petits groupes composés de trois à cinq personnes, qui discutaient entre elles, en tant que représentantes de la FAO, de questions, d’initiatives et de stratégies de portée mondiale. Malgré leur petite taille, ces groupes avaient acquis une présence considérable, maniant les slogans audacieux et les grands mots.

Cette situation a été dommageable, car elle a affaibli le sens des responsabilités et entraîné une perte de réputation. Auparavant, lorsque l’approche «Une seule santé» était évoquée, l’accent portait uniquement sur les zoonoses et la résistance aux antimicrobiens, qui étaient les seuls aspects pris en considération.

Si vous examinez le vaste corpus de données accumulé ces 25 dernières années jusqu’en 2020, vous constaterez que 99 pour cent des résultats de recherche obtenus pour des combinaisons associant «Une seule santé» à divers mots-clés ont trait à seulement deux thèmes. Est-ce là l’approche «Une seule santé» que vous défendez? Est-ce là la vision «Une seule santé» que vous espérez concrétiser? Assurément non.

Lorsque j’ai nommé un nouveau Directeur, Thanawat Tiensin, aujourd’hui Sous‑Directeur général, nous avons eu une discussion sérieuse. J’ai souligné la nécessité de revenir à des définitions claires. L’approche «Une seule santé» devrait englober des concepts plus larges, à commencer par la santé des sols. La Thaïlande met en avant les bienfaits du sol pour la santé depuis l’époque de son ancien roi, dans les années 1960. L’approche «Une seule santé» doit également s’étendre à la santé des végétaux et de l’eau. Elle doit donc se préoccuper de la santé des sols, des végétaux et des animaux, et non pas uniquement de la lutte contre les zoonoses.

La santé animale englobe un large éventail de domaines dont vous êtes les experts. La santé humaine relève principalement de la compétence de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS).

J’ai déclaré que le ministère de la santé devrait consacrer 95 pour cent de ses efforts à l’amélioration de la nutrition et à la promotion des aliments sains, et seulement 5 pour cent aux comprimés, aux médicaments et aux traitements médicaux.

Comme vous l’avez signalé vous-mêmes, vous êtes des ministres de la santé, pas de simples ministres des traitements médicaux ou des médicaments. Par conséquent, nous devrions en revenir à l’interprétation initiale du mandat de chaque organisation ou ministère. Il faudra peut-être un certain temps pour bien comprendre la signification véritable du concept «Une seule santé». L’Ambassadeur de France m’a informé que le Président, M. Macron, comptait réinvestir le terrain l’année prochaine.

J’apporte tout mon soutien à l’initiative de M. Macron consistant à organiser un vrai sommet «Une seule santé», qui ne se limite pas à un simple débat sur la lutte contre les zoonoses et sur la résistance aux antimicrobiens. Il s’agit là de deux domaines distincts, la résistance aux antimicrobiens étant souvent mise en avant par les Britanniques en particulier. Je comprends l’importance de la résistance aux antimicrobiens. En tant que scientifique et ancien vice-ministre chargé de cette question, je suis conscient qu’elle mérite toute notre attention. Cependant, ce n’est pas en se focalisant sur ce seul aspect que l’on peut résoudre ce problème. Peut-on édifier une structure solide sur un seul pilier? Non, ce n’est pas un champignon ou un parapluie que nous voulons, mais un bâtiment digne de ce nom.

J’ai utilisé ce forum pour partager un certain nombre d’idées importantes, fondées sur des éléments scientifiques. Certains diplomates ont tendance à manipuler les mots et les références pour atteindre leurs objectifs, mais cette approche n’est pas efficace. Pour faire véritablement évoluer les pratiques sectorielles, nous devons modifier en profondeur les interprétations et les définitions initiales. Sinon, vous risquez de vous retrouver dans le rôle du missionnaire qui essaie d’enseigner la bonne parole. La notion de résistance aux antimicrobiens et le concept «Une seule santé» ne trouveront pas d’écho auprès de personnes qui ont des interprétations ou des points de vue différents.

L’initiative «Main dans la main» de la FAO est aux avant-postes de la transformation.

Avec l’approche «Une seule santé», la FAO met en œuvre des projets conjoints dans 44 pays, pour un montant d’investissement de plus de 165 millions d’USD.

Et grâce au cadre de la FAO sur l’approche «Une seule santé» dans les systèmes agroalimentaires, nous fournissons à nos membres une aide novatrice, pratique et fondée sur l’action.

Nous devons mieux collaborer pour transformer les travaux scientifiques en politiques, les politiques en investissements et les investissements en impacts.

Le Forum de la science et de l’innovation nous offre une occasion importante de renforcer les activités que nous menons conjointement sous la bannière «Une seule santé». Mais c’est aussi un effort collaboratif qui englobe plusieurs secteurs.

Comme je l’ai déjà indiqué, vous devriez multiplier les invitations auprès de différentes divisions. Par exemple, je ne vois pas ici un certain nombre de directeurs pourtant concernés, ni leurs représentants.

Je vous souhaite à tous un débat constructif et ouvert, qui je l’espère débouchera sur l’élaboration collégiale d’un plan d’action coordonné.

Je vous remercie.