CL 116/2


 

Conseil

 

Cent seizième session

Rome, 14 - 19 juin 1999

SITUATION ALIMENTAIRE MONDIALE

 

Table des matières



1. INTRODUCTION

1. Le présent document passe en revue les tendances récentes de la production alimentaire et des marchés pour les produits alimentaires de base. Conformément à la suggestion formulée par le Conseil tendant à ce que, dans ses futurs rapports sur la situation alimentaire mondiale, le Secrétariat accorde une plus large place (notamment) au suivi de la situation générale en matière de sécurité alimentaire, on notera que le document CFS 99/2 "Evaluation de la situation mondiale en matière de sécurité alimentaire", préparé pour la vingt-cinquième session du Comité de la sécurité alimentaire mondiale (31 mai - 3 juin 1999), est centré sur le suivi de la sous-alimentation dans le monde, sur les chocs et les événements survenus récemment au niveau national qui risquent d'accroître le nombre de personnes sous-alimentées ainsi que sur la sécurité alimentaire de groupes vulnérables spécifiques et qu'il devrait être considéré comme complétant le présent document.

2. RÉSUMÉ

2. Selon des estimations provisoires, la production alimentaire mondiale a augmenté de 0,5 pour cent seulement en 1998, ce qui représente un déclin de près de 1 pour cent par habitant. Sur les cinq dernières années, soit de 1994 à 1998, la production alimentaire mondiale aurait progressé à un rythme annuel moyen de 2,3 pour cent, soit un taux de croissance de 0,5 pour cent par habitant.

3. Dans l'ensemble, les pays en développement ont enregistré au cours des cinq dernières années une croissance de leur production supérieure à celle des pays développés et ceux dont la production alimentaire par habitant a augmenté représentent 77 pour cent de la population totale des pays en développement. Il existe toutefois d'importants écarts entre les résultats non seulement d'un pays à l'autre, mais aussi d'une région à l'autre. Ainsi, l'Afrique subsaharienne est-elle la seule des régions en développement qui ait enregistré un déclin de sa production alimentaire par habitant pendant la période 1994-98. Ce n'est pas seulement la faible croissance de la production, mais aussi les taux élevés d'accroissement de la population qui ont contribué à ces mauvais résultats par habitant.

4. La production vivrière mondiale a légèrement diminué en 1998, l'essentiel du déclin étant attribuable aux céréales, bien que la production céréalière des pays en développement ait enregistré une croissance modérée. Pour les campagnes 1998/99, on prévoit un léger déclin des stocks céréaliers de fin de campagne, qui devraient toutefois rester dans la limite des 17-18 pour cent de l'utilisation tendancielle considérée par le Secrétariat de la FAO comme le minimum nécessaire pour garantir la sécurité alimentaire mondiale.

5. En ce qui concerne la production halieutique mondiale, on ne dispose pas encore d'estimations pour 1998, mais en 1997 la production totale a encore augmenté pour atteindre un niveau record de 122 millions de tonnes. Cette augmentation est due à la croissance continue de la production aquacole, tandis que les pêches de capture ont enregistré un léger déclin.

6. Un très grand nombre de pays continuent à être confrontés à des situations d'urgence alimentaire du fait essentiellement de mauvaises conditions atmosphériques ou de troubles civils. Les expéditions d'aide alimentaire auraient augmenté d'environ 9 pour cent en 1997/98 pour se situer à 5,8 millions de tonnes, tout en restant inférieures à la moyenne des cinq dernières années. La FAO prévoit actuellement une augmentation supplémentaire en 1998/99, avec un total de 8,5 millions de tonnes, vu l'augmentation des besoins des pays d'Asie, d'Amérique centrale et de la CEI.

7. Compte tenu de la réduction des volumes importés, du fléchissement des cours internationaux et de l'augmentation des expéditions d'aide alimentaire, les dépenses d'importations céréalières des pays en développement devraient diminuer pour la troisième année consécutive en 1998/99. Les perspectives à moyen terme en ce qui concerne la situation alimentaire mondiale dépendront, dans une large mesure, de l'évolution de l'économie mondiale et de la rapidité et de la vigueur du redressement à l'issue des crises financières.

3. TENDANCES RÉCENTES DE
LA PRODUCTION ALIMENTAIRE MONDIALE

Production alimentaire en 1998

8. D'après des estimations provisoires, en 1998, la production alimentaire mondiale n'aurait augmenté que de 0,5 pour cent par rapport à 1997 (Tableau 1). Il s'agirait du taux d'expansion mondiale le plus faible depuis 1991, équivalant à une contraction de 0,9 pour cent de la production par habitant, la première à être enregistrée au niveau mondial depuis 1993 (Tableau 2). Ce ralentissement touche tant les pays développés que les pays en développement, la production ayant en fait diminué de 1 pour cent environ dans le groupe des pays développés et augmenté de 1,8 pour cent dans les pays en développement.

9. La contraction de la production alimentaire dans le groupe des pays développés en 1998 résulterait principalement d'une nouvelle et forte contraction de la production dans la CEI, la production alimentaire ayant diminué de 10 pour cent ou plus dans la Fédération de Russie, au Kazakhstan et en Ukraine. Dans les pays en transition d'Europe orientale1, en revanche, la production alimentaire serait restée stable par rapport à 1997. Pour ce qui est des autres pays développés, la production a légèrement progressé en Amérique du Nord et en Australie et diminué quelque peu au Japon et en Europe occidentale.

Tableau 1. Variations annuelles de la production alimentaire mondiale et régionale (agriculture et élevage)

Production alimentaire totale 1991 1992 1993 1994 1995 1996 1997 1998 Moyenne 1994-98
 

............................................... % ..............................................

Monde 0,1 2,8 0,8 3,1 1,9 4,1 1,8 0,5 2,3
Pays développés -2,9 1,5 -4,1 1,2 -1,7 3,2 1,1 -1,0 0,5
Amérique du Nord -0,9 8,6 -8,1 14,9 -4,2 3,7 2,9 1,6 3,8
Océanie 0,4 7,8 4,0 -5,3 9,7 8,6 0,5 2,3 3,2
Europe occidentale 0,7 1,1 -3,1 -1,1 -0,2 4,3 0,1 -0,4 0,5
Europe orientale 1/ -1,7 -13,0 1,4 -8,6 4,7 0,3 -0,2 -0,2 -0,8
CEI ,,, ,,, -4,2 -13,6 -5,6 -1,1 0,8 -12,1 -6,3
Pays en développement 2,6 3,8 4,8 4,5 4,7 4,4 2,5 1,8 3,6
Afrique subsaharienne 5,8 1,3 3,4 3,5 2,9 4,9 -1,7 1,3 2,2
Extrême-Orient et Océanie 2,2 5,1 6,6 4,9 5,5 4,3 3,9 1,4 4,0
Amérique latine et Caraïbes 3,0 1,7 1,1 5,1 5,0 2,1 2,8 1,6 3,3
Proche-Orient et Afrique du Nord 2,7 2,6 1,7 1,7 0,3 10,9 -4,8 5,8 2,8
Pays à faible revenu et à déficit vivrier 2,5 4,0 5,8 4,8 4,9 4,7 3,2 0,7 3,6
1/ A partir de 1997 comprend l'Estonie, la Lettonie et la Lituanie. Source: FAOSTAT.

Tableau 2. Variations annuelles de la production alimentaire
(agriculture et élevage) par habitant

Production alimentaire par habitant 1991 1992 1993 1994 1995 1996 1997 1998 Moyenne
1994-98
 

............................................. % ............................................

Monde -1,4 1,2 -0,6 1,6 0,5 2,6 0,4 -0,9 0,9
                   
Pays développés -3,5 1,0 -4,6 0,6 -2,1 2,9 0,7 -1,5 0,1
                   
Pays en développement 0,7 2,0 3,0 2,6 2,9 2,7 0,8 0,1 1,8
Afrique subsaharienne 2,9 -1,5 0,7 0,8 0,3 2,3 -4,1 -1,2 -0,4
Extrême-Orient et Océanie 0,6 3,5 5,0 3,4 4,0 2,8 2,4 0,0 2,5
Amérique latine et Caraïbes 1,1 0,0 -0,7 3,3 3,3 0,5 1,2 0,0 1,7
Proche-Orient et Afrique du Nord -0,1 -0,1 -0,9 -0,9 -2,2 8,1 -7,2 3,1 0,2
                   
Pays à faible revenu et à déficit vivrier 0,6 0,4 4,0 3,0 3,2 2,9 1,5 -0,9 1,9
                   
Source: FAOSTAT.                  

10. Bien que la croissance de la production alimentaire de l'ensemble des pays en développement ait ralenti pour la troisième année consécutive, l'expansion de la production alimentaire demeure plus forte dans ces pays que dans les pays développés. Estimé à 1,8 pour cent, leur taux de croissance est le plus faible des années 90 et n'a permis qu'un gain marginal (0,1 pour cent) en ce qui concerne la production par habitant (Tableau 2). Pour le groupe des pays à faible revenu et à déficit vivrier, en particulier, 1998 semble avoir été une année très défavorable à la production agricole et animale, qui a diminué de près de 1 pour cent par habitant.

Tendances de la production alimentaire en 1994-98

11. Pour mettre en perspective les estimations préliminaires de la production pour 1998, cette section passe en revue les tendances de la production totale et de la production par habitant au cours des cinq dernières années (1994-98) (Tableaux 1 et 2). Ces tendances se caractérisent comme suit:

12. Le Tableau 3 indique, par région et à l'échelle mondiale, la répartition des populations des pays en développement en fonction des variations de la production alimentaire par habitant pendant la période 1994-98. Même si l'obtention de gains de production alimentaire par habitant n'est pas un objectif primordial pour tous les pays en développement, la production alimentaire par habitant reste un indicateur important pour beaucoup d'entre eux. Le tableau fait apparaître que les pays ayant obtenu des gains de production alimentaire par habitant pendant la période considérée représentent 77 pour cent de la population totale des pays en développement. Toutefois, si l'on exclut l'Inde et la Chine (deux pays qui ont enregistré une augmentation de la production par habitant), ce pourcentage tombe à 55 pour cent.

13. Le tableau indique également que 7 pour cent de la population des pays en développement vit dans des pays ayant enregistré un déclin sensible de la production alimentaire par habitant, dépassant 1 pour cent en moyenne par an pendant toute la période. Cette proportion atteint 14 pour cent si l'on exclut la Chine et l'Inde. Le tableau met aussi en relief des différences très marquées entre les régions.

14. La Figure 1 met en regard les variations de la production alimentaire totale et l'accroissement de la population de différents pays pendant la période 1994-98. On constate que la production n'a pas augmenté aussi vite que la population dans près de la moitié des pays considérés. Dans certains cas, cela tient à une forte pression démographique plutôt qu'à de mauvaises performances du secteur agricole (comme en Guinée ou en Ethiopie, où la production par habitant a décliné malgré des hausses de production de 2,5 à 3 pour cent). Nombreux sont aussi les pays où la population augmente rapidement, tandis que la production alimentaire stagne, voire décline (pays situés dans le coin inférieur droit du tableau).

15. Relativement peu de pays dont la population augmente rapidement, à savoir de plus de 3 pour cent chaque année, réussissent à maintenir la croissance de leur production alimentaire annuelle à un niveau égal ou supérieur au taux d'accroissement de leur population. A l'autre extrême, un cas remarquable, compte tenu de l'importance des populations impliquées, est celui de la Chine (coin gauche supérieur du tableau), où la production alimentaire annuelle moyenne a progressé de plus de 5 pour cent et où le taux d'accroissement de la population est inférieur à 1 pour cent.

4. PERSPECTIVES MONDIALES POUR LES ALIMENTS DE BASE2

16. La production mondiale d'aliments de base (qui, dans cette analyse, incluent le blé, les céréales secondaires, le riz et les racines et tubercules) serait retombée, selon les estimations, à 2 033 millions de tonnes en 1998 (Tableau 4), soit une diminution de 1 pour cent environ par rapport aux bonnes récoltes de 1997. Cette contraction est le fait essentiellement des céréales. Parmi les pays à faible revenu et à déficit vivrier (PFRDV), la production d'aliments de base a augmenté en 1998 de 1,2 pour cent et si l'on exclut la Chine et l'Inde de 3,3 pour cent.

Céréales

17. En 1998, la production céréalière mondiale, estimée à 1 880 millions de tonnes (riz compris en équivalent usiné), a diminué d'environ 1 pour cent par rapport au record de l'année précédente, tout en restant légèrement supérieure à la tendance. Des récoltes réduites de blé et de riz expliquent cette contraction, tandis que la production de céréales secondaires est restée à son niveau de 1997. Le déclin de la production céréalière est entièrement attribuable aux pays développés, notamment à la CEI, à l'Europe orientale et à l'Afrique du Sud. Par comparaison, les pays en développement ont enregistré une légère amélioration de leur production en 1998.

18. Les premières perspectives pour 1999 sont mitigées. La production de blé devrait continuer à fléchir du fait de la réduction des semis dans plusieurs grands pays producteurs, dont les Etats-Unis et la plupart des pays d'Europe. Bien que les perspectives soient généralement favorables pour d'importantes récoltes de céréales secondaires déjà semées en Afrique australe et en Amérique du Sud, les premières indications pour l'hémisphère Nord laissent entrevoir une réduction des semis, à moins que l'évolution du marché ne renforce l'attrait des céréales fourragères par rapport aux autres fourrages avant la fin des campagnes de semis. La production de riz de 1999 devrait progresser légèrement, sous réserve que des conditions météorologiques normales se rétablissent dans les grandes régions de production, victimes l'an dernier d'intempéries.

Tableau 3. Répartition des populations des pays en développement en fonction de la variation annuelle moyenne de la production alimentaire par habitant

Variation moyenne de la production alimentaire par habitant, 1994-1998 1/ Extrême-Orient et Océanie Extrême-Orient et Océanie (à l'exclusion de la Chine et de l'Inde) Afrique subsaharienne Amérique latine et Caraïbes Proche-Orient et Afrique du Nord Total (Total, à l'exclusion de la Chine et de l'Inde)
% Millions % Millions % Millions % Millions % Millions % Millions % Millions %
Plus de 5 0 0,0 0 0,0 18 3,0 28 5,8 19 5,3 66 1,5 66 2,8
De 3 à 5 1 233 40,3 11 1,2 34 5,5 49 9,9 14 3,8 1 329 29,4 107 4,6
De 1 à 3 272 8,9 272 31,0 52 8,5 201 40,8 96 26,8 621 13,7 621 26,6
De 0 à 1 1 165 38,1 205 23,4 79 13,0 151 30,7 63 17,5 1 458 32,3 498 21,3

---------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

De -1 à 0 362 11,8 362 41,2 251 41,3 12 2,3 101 28,1 725 16,1 725 31,0
De -3 à -1 23 0,7 23 2,6 80 13,1 45 9,1 38 10,6 185 4,1 185 7,9
Moins de -3 5 0,2 5 0,6 95 15,6 7 1,5 29 7,9 136 3,0 136 5,8
                             
Total 3 060 100 877 100 608 100,0 492 100 360 100,0 4 519 100,0 2 337 100,0
1/ Pour certains pays pour lesquels on ne dispose pas d'informations à jour sur la production alimentaire totale de 1998, la variation moyenne de la production alimentaire par habitant est celle calculée pour 1994-97. Note: Les chiffres excluent les pays pour lesquels on ne dispose pas d'estimations de la production alimentaire à jour au moins jusqu'en 1997. Source: FAOSTAT.

Figure 1. Variation annuelle moyenne de la production alimentaire (agriculture et élevage) par rapport à l'accroissement de la population dans les pays en développement, 1994-98

  Accroissement moyen de la population, 1994-97 (en pourcentage)
Variation moyenne de la production alimentaire, 1994-98 (en %) Moins de 1 De 1 à 1,5 De 1,5 à 2 De 2 à 2,5 De 2,5 à 3 Plus de 3
Plus de 5 Koweït
Uruguay
Chine, continentale
Guyana Bahamas
Maroc
Tunisie
Pérou
Emirats arabes unis
Belize
Soudan
Equateur
Bolivie
Costa Rica
Rép. arabe syrienne
Bénin
Cambodge
Ghana
Tchad
Mozambique
Jordanie
Angola
Laos
De 4 à 5   Argentine Egypte
Qatar
Viet Nam
Algérie
Bahreïn
Pakistan
Liban
Niger
De 3 à 4 République de Corée Brésil Iles Fidji
Chili
Zimbabwe
Rép. centrafricaine
Nicaragua
Guatemala
Kenya
Côte d'Ivoire
Togo
Erythrée
De 2,5 à 3         Paraguay Guinée
Ethiopie
De 2 à 2,5   Maurice Mexique
Inde
Iran, Rép. islamique d'
Philippines
Mongolie
Congo, République de
Lesotho
Gambie
Cameroun
Comores
De 1,5 à 2 Cuba
Chine, Prov. de Taïwan
Thaïlande
Malawi Colombie
Myanmar
Turquie
Bangladesh
Sierra Leone
El Salvador
Afrique du Sud
Guineé-Bissau
Nigéria
Népal
Mauritanie
Tanzanie, Rép.-Unie de
Yémen
Mali
De 1 à 1,5 Jamaïque
Trinité-et-Tobago
Réunion Indonésie Malaisie Gabon
Namibie
Iles Salomon
De 0,5 à 1 Sri Lanka     Venezuela
Sao Tomé-et-Principe
Vanuatu
Honduras
Maldives
Oman
De 0 à 0,5   Rwanda Chypre
Haïti
Rép. dominicaine
    Madagascar
De -0,5 à 0       Iraq Burkina Faso
Swaziland
Jamahiriya arabe libyenne
De -1 à 0,5       Burundi
Brunéi Darussalam
Cap-Vert
Sénégal
Ouganda
Moins de -1 Puerto Rico Suriname Panama
Nouvelle Calédonie
Singapour
Botswana
Zambie
Papouasie-Nouvelle-Guinée
Guinée équatoriale
Arabie saoudite
Congo, Rép. dém. du
 
             
  Prod. > population   Prod. = Population   Prod. < Population  
Note: Le tableau inclut les pays en développement pour lesquels des estimations à jour sont disponibles tant pour la production alimentaire que pour la population au moins jusqu'en 1997. Pour certains pays pour lesquels on ne dispose pas de statistiques à jour de la production alimentaire de 1998, la moyenne est celle de 1994-97 (au lieu de 1994-98). Source: FAO.

Tableau 4. Production alimentaire: production mondiale, utilisation, échanges et variations des stocks

   

-------------------UTILISATION-----------------

   
  PRODUCTION TOTAL ALIMENTS ÉCHANGES 1/ VARIATION DES STOCKS DE CLÔTURE
  1996/97 1997/98 1998/99 prévision 1996/97 1997/98 1998/99 prévision 1996/97 1997/98 1998/99 prévision 1996/97 1997/98 1998/99 prévision 1996/97 1997/98 1998/99 prévision
 

.................................................... en millions de tonnes............................................

PAR PRODUIT                              
Aliments de base 2/ 2048,7 2058,4 2032,8 2004,2 2024,1 2034,2 1021,6 1030,3 1046,8 214,5 218,9 212,1      
Total Céréales 3/ 1893,2 1904,9 1879,6 1848,7 1870,6 1881,0 935,8 945,5 962,2 206,2 210,8 204,0 41,9 28,8 -3,4
Blé 589,6 613,9 597,9 577,3 591,3 599,4 403,2 412,8 418,9 98,0 95,7 93,3 10,7 22,5 -1,4
Riz (usiné) 383,0 387,0 372,9 380,3 383,1 382,4 341,1 345,3 349,5 18,9 26,6 21,1 3,9 -1,5 -5,3
Céréales secondaires 920,6 904,0 908,8 891,1 896,2 899,2 191,5 187,4 193,8 89,3 88,5 89,6 27,3 7,7 3,5
Racines et tubercules 4/ 155,5 153,5 153,2 155,5 153,5 153,2 85,8 84,8 84,6 8,3 8,1 8,1      
Viande 5/ 212,5 217,8 222,1 212,5 217,8 222,1 212,5 217,8 222,1 14,3 14,2 14,0      
Huiles et matières grasses 6/ 101,0 103,7 107,6 100,8 105,0 107,2       42,7 43,4 44,2 0,2 -1,3 0,4
Lait 7/ 541,0 545,0 553,0 541,0 545,0 553,0 444,0 447,0 454,0 61,3 65,2 63,0      
ALIMENTS DE BASE PAR GROUPE DE PAYS                              
Pays développés 912,2 943,8 904,3 784,7 798,0 797,7 183,1 183,8 185,2 58,3 54,7 56,2 21,2 42,8 3,3
Pays en développement 1136,5 1114,6 1128,4 1219,5 1226,1 1236,4 838,5 846,5 861,6 156,2 164,2 155,9 20,7 -14,0 -6,7
PFRDV 892,8 871,4 882,9 926,5 930,4 939,5 683,4 689,8 701,6 69,7 79,2 69,6 16,7 -9,4 -4,4
PFRDV, à l'exclusion de la Chine et de l'Inde 364,8 350,0 361,5 402,0 405,1 409,9 294,9 298,6 304,0 55,2 68,0 58,0 27,5 -14,7 -8,0
1/ Importations de céréales; exportations de racines et tubercules, de viande et d'huiles.

2/ Comprend les céréales et les racines et tubercules.

3/ La production de riz est convertie en équivalent riz usiné.

4/ En équivalent grains. Les données correspondent à une année civile et se rapportent à la deuxième année indiquée

5/ Les données correspondent à une année civile et se rapportent à la deuxième année indiquée.

6/ Les échanges sont définis comme la somme des échanges d'huiles et de l'équivalent huile du commerce des oléagineux.

7/ Les données correspondent à une année civile et se rapportent à la première année indiquée.

Source: FAO. Totaux calculés à partir de données non arrondies

19. L'utilisation mondiale de céréales devrait augmenter marginalement en 1998/99 par rapport à la campagne précédente (pour atteindre 1 881 millions de tonnes), tout en restant légèrement inférieure à la tendance à long terme pour la première fois depuis 1995/96. Cette contraction est attribuable essentiellement aux difficultés économiques de l'Asie, où la demande de fourrage a déjà commencé à faiblir au deuxième semestre de la campagne précédente et à la CEI, où la production de 1998 est en baisse sensible. La consommation mondiale de céréales alimentaires par habitant devrait rester stable en 1998/99.

20. Après deux années consécutives d'expansion, les stocks céréaliers mondiaux de clôture des campagnes se terminant en 1999 pourraient accuser une légère baisse (1 pour cent) en raison essentiellement de la baisse des stocks de la Chine et de la CEI. Les stocks céréaliers de report devraient se situer à 328 millions de tonnes, soit 3 millions de tonnes de moins que leur niveau d'ouverture. Parmi les céréales, le déclin le plus important devrait concerner les stocks de riz, suivis des stocks de blé. Ces contractions pourraient être en partie compensées par une augmentation des stocks de céréales secondaires. Si l'on s'attend à un déclin au niveau mondial, les prévisions concernant les stocks céréaliers détenus par les grands pays exportateurs, qui sont la principale source de céréales susceptible de répondre à des besoins non prévus, sont nettement plus favorables. Le ratio des stocks mondiaux de fin de campagne 1998/99 à l'utilisation tendancielle en 1999/2000 devrait, d'après les prévisions, décliner légèrement pour se situer à 17,2 pour cent, soit un niveau nettement inférieur à la moyenne de 18,3 pour cent pour la première moitié des années 90, mais supérieur à la moyenne pour le milieu des années 90. A 17,2 pour cent, toutefois, le ratio se situerait dans la fourchette des 17-18 pour cent considérée par le Secrétariat de la FAO comme le minimum nécessaire pour sauvegarder la sécurité alimentaire mondiale, le ratio se décomposant comme suit: 12 pour cent pour les stocks d'exploitation et 5 à 6 pour cent pour l'élément de réserve.

21. En 1998/99, le commerce mondial des céréales devrait atteindre, selon les dernières prévisions, 204 millions de tonnes, soit une baisse de 7 millions de tonnes ou de 3 pour cent par rapport à l'année précédente. La contraction prévue des importations mondiales serait due pour l'essentiel au riz (en baisse de 5,5 millions de tonnes, soit 20,5 pour cent) et au blé (en baisse de 2,4 millions de tonnes, soit 2,5 pour cent), à cause du fléchissement de la demande d'importation émanant notamment d'un certain nombre de pays à faible revenu et à déficit vivrier, où la production intérieure a augmenté en 1998. En revanche, les importations de céréales secondaires devraient rester pratiquement inchangées par rapport à l'année précédente. Dans l'ensemble, deux événements importants ont pesé sur la demande d'importations céréalières pendant la campagne 1998/99, à savoir le déclin des prix du pétrole et la crise financière qui a touché de nombreuses régions. Dans plusieurs pays exportateurs de pétrole et grands importateurs de céréales, la chute des recettes d'exportation due à la baisse sensible des prix du pétrole a entraîné une réduction des achats de céréales pendant cette campagne. En outre, la crise financière, qui a démarré en Asie et qui a touché progressivement la Fédération de Russie, puis le Brésil, a forcé certains des pays affectés à limiter leurs achats de céréales à l'étranger, malgré la faiblesse de la production intérieure, dans certains cas, et le glissement des cours internationaux des céréales. Toutefois, grâce à l'abondance de l'offre dans les principaux pays exportateurs, la composante aide alimentaire des échanges céréaliers mondiaux devrait augmenter sensiblement en 1998/99.

22. Vu l'abondance des disponibilités exportables et la stagnation de la demande d'importation à des conditions commerciales, les cours des principales céréales sur les marchés mondiaux sont restés relativement faibles pendant la campagne commerciale 1998/99. Ainsi, l'existence de stocks de blé abondants dans les grands pays exportateurs dans un contexte de demande mondiale anémique a contribué à maintenir les prix à l'exportation du blé en dessous de leur niveau de l'an dernier. De même, pour les principales céréales secondaires, la reprise des exportations de maïs et d'orge à la fin de l'année 1998 n'a pas permis de remédier à la stagnation des marchés, due essentiellement à la lenteur de la reprise de la demande d'importation en Asie et à l'abondance de l'offre, notamment aux Etats-Unis. Les cours internationaux du riz ont également subi la pression d'une demande restreinte et sont restés généralement inférieurs à ceux de l'an dernier.

Racines et tubercules

23. Selon les prévisions, la production mondiale de racines et tubercules atteindrait 153,2 millions de tonnes (en équivalent grains) en 1999, soit une baisse peu sensible par rapport à l'an dernier, mais de 5 pour cent par rapport à la moyenne pour 1996-98. Cette situation tient à la stagnation de la production de manioc et de pommes de terre, ainsi que d'autres racines et tubercules (igname, taro et racines et tubercules mineures) concentrée dans les pays en développement. Parmi ces derniers, les PFRDV assurent près de 60 pour cent de la production totale de racines et tubercules et toute réduction de leur récolte aurait un impact négatif sur leur sécurité alimentaire.

24. La production mondiale de manioc, principale racine cultivée dans les pays en développement, devrait diminuer légèrement en 1998/99, l'augmentation minime de la production en Asie ne suffisant pas à compenser la contraction enregistrée en Afrique, en Amérique latine et dans les Caraïbes. En Afrique, où le manioc est l'un des principaux aliments de base, on prévoit une production réduite dans plusieurs grands pays producteurs affectés par la guerre civile et des conflits internes, notamment l'Angola, la République démocratique du Congo et la Sierra Leone. Au Nigéria, la suspension du projet FAO/FIDA relatif au programme d'expansion des racines et tubercules pourrait aussi avoir un impact négatif sur la production de manioc. De même, la production devrait diminuer en Amérique latine et dans les Caraïbes, du fait de conditions atmosphériques défavorables qui ont abouti à une réduction des semis. En Asie, toutefois, une légère reprise pourrait avoir lieu, sous réserve d'un retour à des conditions climatiques normales après les dégâts causés par El Niño la saison précédente. Le redressement attendu de la production de la région en 1999 pourrait renforcer les disponibilités exportables de manioc. Toutefois, même si le commerce se redressait quelque peu après les niveaux très bas atteints l'an dernier, la reprise serait modeste dans la mesure où la faiblesse des cours des céréales dans la CE risque d'encourager une désaffection persistante pour les fourrages non céréaliers, dont le manioc fait partie.

Huiles et matières grasses

25. Les cours internationaux des graisses et des huiles sont montés en flèche (d'environ 15 pour cent) pendant la campagne 1997/98, mais cette tendance n'a pas eu de suite. Avec une production totale dépassant la consommation, les stocks de matières grasses devraient se reconstituer d'ici la fin de la campagne 1998/99 et le ratio stocks de clôture/utilisation pour les huiles et les graisses devrait remonter. Si l'on prévoit une chute des prix par rapport à la campagne précédente, leur niveau devrait toutefois rester relativement élevé par rapport au début des années 90.

26. Cette évolution tient à ce que l'on prévoit pour 1998/99 une autre production record de cultures oléagineuses qui, avec 108 millions de tonnes, serait supérieure de 3 à 4 pour cent à celle de la campagne précédente. L'expansion de la production mondiale serait due essentiellement à l'augmentation de la production d'huile de tournesol et de colza, ainsi qu'au redressement de la production d'huile de palme.

27. L'utilisation apparente totale d'huiles et de matières grasses devrait poursuivre sa progression, bien qu'à un rythme ralenti de 2 pour cent environ au lieu des 4 pour cent de la campagne précédente, et pourrait atteindre 107 millions de tonnes en 1998/99. La crise économique affectant certains pays depuis 1997 ne devrait pas modifier sensiblement la consommation d'huiles et de graisses par habitant puisqu'il s'agit de produits de base. En ce qui concerne la composition de la consommation mondiale, la part des huiles de tournesol, de colza et de palme devrait augmenter modérément.

28. Les exportations totales d'huiles et de graisses pourraient atteindre plus de 44 millions de tonnes, soit une hausse de 1,9 pour cent par rapport au niveau de la campagne précédente. Conformément au schéma habituel, les principaux fournisseurs d'huile seraient l'Argentine, le Brésil et les Etats-Unis pour le soja, le tournesol et leurs huiles; l'Indonésie et la Malaisie pour l'huile de palme et de palmiste; les Philippines et l'Indonésie pour l'huile de coprah et de noix de coco; et le Canada pour le colza et l'huile de colza. La part respective des différentes huiles et graisses dans le commerce mondial n'a guère changé, l'huile de soja et l'huile de palme représentant environ 30 et 27 pour cent, respectivement, du commerce mondial des huiles et matières grasses suivies par l'huile de tournesol (11 pour cent), l'huile de colza (9 pour cent) et l'huile de noix de coco (3,5 pour cent).

Production animale

29. D'après les prévisions, la production mondiale de viande augmenterait de 2 pour cent en 1999 du fait essentiellement de l'expansion des secteurs de la volaille et de la viande de porc, qui devraient à nouveau profiter de la faiblesse des cours des produits d'alimentation animale cette année. Cette expansion devrait toucher principalement les pays en développement, la plupart des régions donnant des signes de dynamisme renouvelé. Dans les pays développés, en revanche, la progression devrait rester modeste, dans la mesure où les investissements ont souffert de la faiblesse des prix de la viande en 1998 et des mauvaises perspectives d'exportation pour l'avenir proche. Malgré des achats accrus de la part du Japon, de la République de Corée et des Etats-Unis, le commerce des produits carnés continuerait à décliner en 1999, toutes les catégories de viande risquant d'être affectées. Ces prévisions pessimistes sont liées aux perspectives défavorables concernant les importations de la Fédération de Russie, bien que les Etats-Unis et la CE aient accordé à ce pays des conditions de vente de faveur et une aide alimentaire en produits carnés. Les effets de la contraction du commerce international de la viande se feront sentir essentiellement dans les pays exportateurs de la CE et d'Europe orientale. Le Brésil, en revanche, pourrait tirer parti de la récente dévaluation de sa monnaie pour renforcer ses ventes à l'étranger. Les cours internationaux de la viande devraient rester déprimés au moins jusqu'au deuxième semestre, compte tenu de l'abondance relative de l'offre par rapport à la demande.

30. La production mondiale de lait devrait augmenter de 1 pour cent en 1999, conformément à la tendance enregistrée depuis plusieurs années. Parmi les principaux pays producteurs de lait, la progression la plus forte est prévue en Argentine, en Australie, au Brésil, en Inde, en Pologne et aux Etats-Unis. Ailleurs, la dévaluation du rouble pourrait encourager la production de lait dans la Fédération de Russie, dans la mesure où de nombreux produits laitiers importés sont désormais beaucoup plus coûteux. Dans l'Union européenne, les quotas laitiers limitent toute augmentation de la production, tandis qu'en Nouvelle-Zélande, la sécheresse enregistrée au premier trimestre de l'année pourrait ralentir la croissance de la production.

31. Dans de nombreux pays, et plus particulièrement dans les pays en développement, la progression de la production de lait est liée à un renforcement de la demande intérieure; toutefois, dans certains pays, comme l'Argentine, l'Australie et la Nouvelle-Zélande, une grande partie de la production est destinée à la transformation en produits laitiers exportés sur le marché international. En même temps, certains pays exportateurs qui subventionnent les exportations de produits laitiers, dont les Etats-Unis et l'Union européenne, devront respecter les limites fixées à cet égard dans le cadre de l'Accord du Cycle d'Uruguay. Pour ce qui est de la demande, le Brésil et la Fédération de Russie, qui sont l'un et l'autre d'importants acheteurs de produits laitiers sur le marché international, pourraient réduire leurs importations de produits laitiers en 1999, du fait de la forte dévaluation de leur monnaie par rapport au dollar E.-U. Toutefois, dans l'ensemble le marché international du lait devrait rester assez équilibré en 1999 et les prix moyens ne devraient guère différer de ceux en vigueur à la fin de 1998.

5. POISSON: PRODUCTION ET DISPONIBILITÉS

32. Depuis quelques années, l'offre de poisson ne cesse de croître. En 1996, elle a atteint 121 millions de tonnes et en 1997 un nouveau record a été atteint avec 122,1 millions de tonnes. L'augmentation est due au développement continu de la production aquacole - notamment en Chine. Les pêches de capture ont enregistré en 1997 un léger déclin par rapport aux débarquements de 1996. L'offre de poisson destiné à la consommation humaine a atteint un niveau record. Celle destinée à la production de farine de poisson a légèrement décliné en 1997, du fait de l'impact initial du phénomène El Niño sur les stocks d'espèces pélagiques exploitables extrêmement fluctuants au large de la côte ouest de l'Amérique du Sud.

33. En 1997, les quantités débarquées par les pêches de capture ont atteint quelque 93,4 millions de tonnes, dont 62 pour cent proviennent de dix pays seulement. La production globale des pays à faible revenu et à déficit vivrier (PFRDV) a continué à augmenter à l'instar des années précédentes, enregistrant un taux de croissance annuel de 8,4 pour cent pendant la période 1988-1997. En 1997, la part des PFRDV dans la production mondiale de poisson s'élevait à 43 pour cent, contre 27 pour cent en 1988. L'offre de poisson destiné à la consommation humaine dans les PFRDV atteint désormais 50 pour cent de la moyenne mondiale et augmente à un taux plus élevé que la population.

34. Selon les estimations, la production de la mariculture et de l'aquaculture continentale serait passée de 26,4 millions de tonnes en 1996 à 28,7 millions de tonnes en 1997, progrès qui compenserait largement le déclin d'environ 1,2 million de tonnes de la production des pêches de capture marines et continentales pendant la même période. Cette croissance résulte essentiellement de la prédominance de plus en plus marquée de l'Asie et de l'intensification de l'élevage des cyprinidés. Cinq pays asiatiques (Chine, Inde, Japon, Indonésie et Thaïlande) assurent 80 pour cent du volume de la production aquacole.

35. Sur les 122,1 millions de tonnes prévues pour la production halieutique mondiale en 1997, la part prélevée pour la production de tourteaux est estimée provisoirement à 29,5 millions de tonnes. La quantité de poisson disponible pour la consommation humaine en 1997 est estimée à 92,6 millions de tonnes, soit près de 2 millions de tonnes de plus qu'en 1995, ce qui représente une augmentation supérieure à l'accroissement de la population estimé pour la même année. En conséquence, la disponibilité moyenne de poisson par habitant a augmenté, s'établissant à 15,9 kg par an.

6. SITUATIONS D'URGENCE ALIMENTAIRE

36. Bien que l'on estime que la production céréalière des pays en développement ait augmenté légèrement en 1998 par rapport à l'année précédente, le nombre de pays confrontés à des situations d'urgence alimentaire à la mi-mars de cette année était de 38, contre 37 vers la fin de 1998, en raison essentiellement de conditions atmosphériques défavorables et de troubles civils.

37. En Afrique, la situation alimentaire est très préoccupante en Somalie, où six mauvaises récoltes successives ont été enregistrées, tandis qu'en Angola, en République démocratique du Congo, en Guinée-Bissau et en Sierra Leone, la production alimentaire subit le contrecoup de troubles civils persistants et de déplacements de population à grande échelle. Ailleurs sur le continent, les mauvaises conditions atmosphériques ont sensiblement affecté la sécurité alimentaire en Tanzanie, tandis que la guerre entre l'Erythrée et l'Ethiopie a entraîné le déplacement d'importants groupes de population le long de leur frontière commune.

38. En Asie, de graves pénuries alimentaires persistent en République démocratique de Corée pour des raisons à la fois économiques et météorologiques. En Indonésie, malgré des perspectives favorables pour la récolte de riz de mars/avril, la sécurité alimentaire demeure précaire du fait de la mauvaise récolte de riz de 1998 et de la crise économique. En Afghanistan, les affrontements en cours dans les provinces du nord, qui assurent l'essentiel de la production céréalière du pays, ont entravé la production. En Iraq, malgré une certaine amélioration de la situation des approvisionnements alimentaires depuis la mise en oeuvre de l'accord pétrole contre vivres, la malnutrition demeure un problème sérieux. Ailleurs en Asie, les conditions atmosphériques anormales ont affecté la production du Bangladesh, de la Chine et des Philippines.

39. En Amérique centrale, le cyclone "Mitch" a dévasté plusieurs pays, provoquant la mort de plus de 9 500 personnes, affectant gravement plus de 3 millions de personnes et causant des dommages sans précédent aux logements, à l'infrastructure et à l'agriculture. Les pays les plus affectés sont le Honduras et le Nicaragua, qui ont subi d'importantes pertes de cultures vivrières et où la production des principaux produits d'exportation de 1999 est largement compromise. El Salvador, le Guatemala et une partie du sud-ouest du Mexique, ainsi que le Costa Rica et Panama, ont également été touchés par le cyclone.

40. Dans la CEI, la crise financière qui affecte la Fédération de Russie a bouleversé l'économie de la plupart des pays de la région et accru leurs difficultés. Les populations vulnérables, qui incluent des personnes déplacées dans le pays, des réfugiés et des vieillards en Arménie, en Azerbaïdjan, en Géorgie et plus particulièrement au Tadjikistan, ont toujours besoin d'une aide alimentaire ciblée. Après une mauvaise récolte en 1998, les expéditions d'aide alimentaire destinées à secourir les populations et les régions les plus affectées de la Fédération de Russie commencent seulement à s'organiser.

7. AIDE ALIMENTAIRE

41. Les expéditions d'aide alimentaire sous forme de céréales au titre des activités de programme, de projet et de secours d'urgence organisées par le Programme alimentaire mondial (PAM) ont été intensifiées, moyennant quoi les expéditions d'aide alimentaire sont estimées à 5,8 millions de tonnes pour 1997/98 (1er juillet - 30 juin), soit une augmentation de 9 pour cent environ par rapport à 1996/97. Malgré cette augmentation, due essentiellement à un renforcement des expéditions de la part des Etats-Unis et de la CE, les livraisons totales sont restées bien inférieures aux expéditions moyennes des cinq dernières années. D'autres donateurs ont également réagi à l'accroissement des besoins d'aide alimentaire en 1997/98 et augmenté leurs expéditions d'aide alimentaire sous forme de céréales pendant cette période. Quelque 5,3 millions de tonnes, soit 90 pour cent de l'aide alimentaire totale sous forme de céréales, ont été livrées aux PFRDV, notamment à ceux d'Asie qui ont reçu 52 pour cent des expéditions de 1997/98. En Afrique subsaharienne, l'aide alimentaire a légèrement augmenté, tandis qu'un déclin modeste a été enregistré pour les expéditions vers l'Amérique latine.

42. Les prévisions de la FAO concernant les expéditions d'aide alimentaire sous forme de céréales pour 1998/99 (juillet/juin) indiquent désormais un total de 8,5 millions de tonnes, soit 2,7 millions de tonnes de plus que les estimations pour l'année précédente. L'abondance de l'offre de céréales parmi les principaux pays donateurs associée à la multiplication des besoins d'aide alimentaire, notamment en Asie, en Amérique centrale et dans la CEI, expliquerait l'augmentation impressionnante des expéditions mondiales d'aide alimentaire sous forme de céréales après l'augmentation plus modeste de 1997/98. En fait, l'essentiel de l'augmentation sera sans doute dû aux accords d'aide alimentaire signés entre la Fédération de Russie et la CE et les Etats-Unis, bien que des retards dans l'application de ces accords risquent d'empêcher l'expédition de la totalité des volumes prévus. En outre, les troubles financiers et économiques qui touchent en particulier l'Asie, associés à des conditions climatiques défavorables et aux troubles civils qui sévissent dans un certain nombre de pays à déficit vivrier, ont contribué à l'augmentation des besoins d'aide alimentaire. Toutefois, les livraisons pourraient être interrompues du fait de contraintes liées à ces hostilités, qui interdiraient l'accès des groupes vulnérables aux dons d'aide alimentaire, comme au Kosovo, en Sierra Leone, en Angola et dans certaines régions d'Afrique centrale et orientale.

43. En ce qui concerne l'aide alimentaire non céréalière, les expéditions ont diminué pour la cinquième année consécutive, pour se situer à 721 000 tonnes, soit une baisse de 7 pour cent ou de 51 000 tonnes. Si, en 1998, les dons en provenance des Etats-Unis ont été supérieurs de 94 000 tonnes à ceux de 1997, la CE a donné 35 000 tonnes, soit une diminution de 28 pour cent, et les expéditions réduites d'autres donateurs ont plus que contrebalancé l'augmentation des expéditions d'aide alimentaire non céréalière en provenance des Etats-Unis. Plus de 40 pour cent du volume total des expéditions d'aide alimentaire non céréalière de 1998 étaient destinés à l'Asie, 30 pour cent à l'Afrique et le restant à la CEI ainsi qu'à l'Amérique latine et aux Caraïbes.

8. DÉPENSES D'IMPORTATIONS CÉRÉALIÈRES

44. En 1998/99 (juillet/juin), les dépenses d'importations céréalières devraient continuer à diminuer pour la troisième année consécutive du fait de la réduction des volumes importés, de l'affaiblissement des cours internationaux des céréales et de l'augmentation des expéditions d'aide alimentaire. La réduction la plus prononcée devrait concerner les pays en développement, dont les dépenses d'importation devraient diminuer de 16 pour cent, passant de 27 milliards de dollars E.-U. en 1997/98 à 22 800 millions de dollars E.-U. en 1998/99, soit un montant analogue aux coûts d'importation nominaux estimés pour les années ayant précédé immédiatement les dépenses d'importation particulièrement élevées de 1995/96. Les PFRDV, en tant que groupe, pourraient économiser plus de 3 milliards de dollars E.-U., soit 24 pour cent, par rapport à la campagne précédente. En ce qui concerne les pays en développement les moins avancés importateurs nets de denrées alimentaires, visés par la décision ministérielle du Cycle d'Uruguay, il est prévu une diminution de 19 pour cent, soit quelque 1 500 millions de dollars E.-U., de leurs dépenses d'importations céréalières pour 1998/99. S'agissant de ces pays en développement, la diminution des dépenses d'importations céréalières est davantage liée à une réduction des importations consécutive au redressement de la production intérieure, ainsi qu'à l'affaiblissement des prix à l'importation, qu'à une augmentation des expéditions d'aide alimentaire.

9. PERSPECTIVES ALIMENTAIRES MONDIALES

45. Les perspectives à moyen terme en ce qui concerne l'alimentation et l'agriculture, ainsi que la sécurité alimentaire mondiale, sont largement influencées par l'environnement économique international. Du fait de la crise financière internationale actuelle, les perspectives concernant l'activité économique mondiale se sont sensiblement dégradées à court terme. D'après les estimations et les projections de la Banque mondiale3, la croissance économique mondiale est tombée à 1,8 pour cent en 1998 et à 2 pour cent pour l'ensemble des pays en développement. En même temps, la progression des échanges mondiaux s'est ralentie et de nombreux pays en développement ont subi des pertes sur le plan des termes de l'échange. Bien que la croissance économique ait ralenti dans toutes les régions en développement, la plus affectée a été l'Asie de l'Est, où la crise financière s'est déclarée. Les perspectives à court ou moyen terme restent très incertaines, notamment en ce qui concerne la vigueur et le calendrier de la reprise dans les pays les plus affectés par la crise. Dans l'ensemble, pour 1999, la Banque mondiale projette un redressement modeste de la croissance économique mondiale, qui atteindrait 1,9 pour cent, (2,7 pour cent pour les pays en développement), suivi d'un nouveau renforcement en 2000, qui porterait la croissance à 2,7 pour cent (4,3 pour les pays en développement). A moyen terme, elle projette un retour à un taux de croissance moyen pour la période 2001-2007 de 3,2 pour cent à l'échelle mondiale et de 5,2 pour cent pour le groupe des pays en développement. Ces projections restent très aléatoires et, selon la Banque mondiale, risquent fort de devoir être révisées en baisse. L'impact du ralentissement de la croissance économique sur les revenus, l'emploi et la capacité des ménages pauvres à se nourrir correctement ne peut qu'être souligné.

46. Le ralentissement économique se fait particulièrement sentir dans les pays en développement, surtout s'ils sont lourdement tributaires de marchés d'exportation affaiblis, de l'exportation de produits primaires et de flux privés de capitaux pour financer le déficit de leurs transactions courantes. L'affaiblissement marqué des cours internationaux des produits de base depuis le milieu de l'année 1997 et la perspective de marchés déprimés pour la plupart des produits dans les années à venir sont autant de sujets d'inquiétude4. Pour la seule année 1998, l'affaiblissement des cours des produits a entraîné des pertes sur le plan des termes de l'échange équivalant à près de 1 pour cent du PNB des pays en développement (5 pour cent au Proche-Orient, affecté en particulier par le déclin des cours du pétrole brut; 0,8 pour cent environ en Amérique latine et dans les Caraïbes; 3 pour cent en Asie de l'Est; et 1,5 pour cent en Afrique subsaharienne5). En revanche, la faiblesse des cours des céréales allège le fardeau des importations alimentaires pour les pays déficitaires en général.

47. L'indice mondial des prix à l'exportation nominaux des principaux produits agricoles primaires a chuté de près de 13 pour cent en 1998, tombant en dessous des niveaux élevés du milieu des années 90, tout en restant bien supérieur à la moyenne pour la première partie de la décennie. Compte tenu de la composition différente de leurs exportations agricoles, l'indice pour les pays en développement a chuté de 14 pour cent, tandis que celui pour les pays développés perdait 11 pour cent. Malgré le déclin relativement marqué de 1998, l'indice pour les pays en développement est demeuré sensiblement supérieur à la moyenne pour les années 90, grâce aux cours relativement soutenus des boissons tropicales, du riz et des huiles végétales et à la place importante qu'occupent ces produits dans les exportations des produits en développement. Pour les pays développés, en revanche, l'indice a atteint son point le plus faible de la décennie en 1998, pour se situer à près de 15 pour cent en dessous de la moyenne pour les années 90, à cause du fléchissement considérable des cours des céréales, de la viande et d'autres produits alimentaires de base.

48. Même si l'on s'attend à ce que les cours des produits se stabilisent après une période de fléchissement prononcé depuis le milieu de l'année 1997, une reprise substantielle semble peu probable à court et moyen termes, compte tenu de la surcapacité de nombreux marchés de produits et de l'effet de dépression de la crise financière sur l'activité économique et la demande d'importation mondiale. Pour ce qui est de l'accès des pauvres aux denrées alimentaires, le bilan des effets très contrastés du ralentissement économique sur les revenus et sur les prix des denrées alimentaires reste incertain.


1  Y compris l'Estonie, la Lettonie et la Lituanie.

2  FAO, Rapport sur les marchés des produits, 1998-99.

3  Banque mondiale, Global Economic Prospects and the Developing Countries, 1998-99.

4  Rappelons que les produits primaires assurent un tiers environ des recettes d'exportation des pays en développement; les produits agricoles assurent pour leur part 10 pour cent environ des recettes totales d'exportation de l'ensemble des pays en développement et plus de 20 pour cent en Afrique et dans la région Amérique latine et Caraïbes.

5  Banque mondiale, op. cit.