Récolter les fruits de ses efforts


A la rencontre des réfugiés syriens en Turquie qui s’initient aux techniques agricoles pour se façonner un meilleur avenir

Des plants de piment en train de sécher dans une ferme près de Gaziantep, en Turquie, une ville située près de la frontière syrienne. En raison du conflit syrien, la Turquie accueille à présent plus de 3 millions de réfugiés syriens. La FAO, l’UNHCR, l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés et le gouvernement turc travaillent côte à côte afin de développer les connaissances des réfugiés et qu’ils puissent ainsi trouver des emplois dans l’agriculture – un secteur qui a besoin d’ouvriers qualifiés. Plusieurs membres vulnérables des communautés hôtes turques apprennent également aux côtés des réfugiés, une démarche qui contribue à la stabilité sociale.

26/04/2018

Lorsque Dominique Burgeon, Directeur de la Division des urgences et de la réhabilitation et Chef du programme stratégique sur la résilience, a rencontré plus tôt ce mois-ci un groupe de réfugiés syriens à Gaziantep, en Turquie, il s’est assis avec eux sur un tapis et a écouté leurs histoires. Beaucoup lui ont dit que les formations agricoles les aidaient à trouver de meilleurs emplois, leur donnant ainsi de l’espoir pour l’avenir.

«J’ai rencontré des personnes formidables qui sont très contentes d’ avoir appris de nouvelles techniques qu’ ils peuvent déjà utiliser en Turquie ou en Syrie avec l’ espoir de retourner un jour sur leurs terres. De plus, les employeurs disposent ainsi d’ouvriers qualifiés dont ils ont besoin et ont pu constater une augmentation de leur productivité», a déclaré M. Burgeon.

Depuis 2017, la FAO a fourni des formations professionnelles en agriculture aux réfugiés syriens en Turquie et aux membres vulnérables des communautés hôtes turques. Les apprentis apprennent à cultiver des pommes, des olives et du raisin, à transformer des citrons et du piment fort, à produire des légumes en serre, à s’occuper du bétail, à gérer les systèmes d’irrigation et plus encore. A ce jour, 900 personnes, dont plus de 400 femmes et 300 membres de la communauté hôte turque à travers cinq provinces, ont été formées et nombre d’entre elles ont déjà trouvé un travail dans une région où la formation agricole fait défaut. S’appuyant sur ce succès, la FAO envisage de développer les techniques grâce à des formations professionnelles destinées à davantage de monde et à élargir le projet à de nouvelles provinces.

«Jusqu’à présent, le projet a prouvé, sur une petite échelle, que le concept était une réussite car beaucoup de ceux qui ont suivi la formation ont pu trouver un emploi. Nous espérons encore développer cela cette année», a précisé M. Burgeon.

A gauche: Semira a fui Deir ez-Zor en 2014. Sans aucune expérience en agriculture, elle apprend maintenant à récolter et à transformer les olives. «Tout ce que je souhaite, c’est bien sûr de retourner en Syrie mais ce n’est pas possible pour le moment».

A droite : Mohammed a passé son diplôme d’ingénieur avant de fuir la Syrie. A présent, il espère trouver un travail dans le secteur agricole. ©FAO/Barkin Bulbul

Nouveau pays, nouveaux défis

Semira a fui la Syrie il y a quatre ans après la mort de son fils dans un bombardement. Elle vit maintenant avec ses autres enfants, son mari, sa mère et ses petits-enfants dans une tente – une situation qu’elle souhaite désespérément changer.

«Lorsque l’on nous a demandé au camp si nous voulions suivre des formations, je me suis immédiatement portée volontaire. Tout ce que je souhaite, c’est bien sûr de retourner en Syrie mais ce n’est pas possible pour le moment», a-t-elle déclaré.

«J’ai suivi des cours en agriculture, sur comment planter des cultures, comment récolter, comment utiliser des engrais et plus encore. Avant de suivre le cours, j’en savais très peu sur l’agriculture», a-t-elle ajouté.

La formation aide les personnes en recherche d’emploi comme Samira à trouver des emplois qualifiés dans le secteur agricole, plutôt que des travaux agricoles dont la rémunération sera très faible.

Les apprentis syriens et turcs font également connaissance entre eux, développent des compétences linguistiques et en apprennent davantage sur leurs cultures respectives. Une partie de la formation se déroule sur le terrain, ce qui leur donne l’opportunité de travailler dans les fermes et les usines de la région avec les ouvriers locaux et d’améliorer leurs compétences linguistiques.

Fedan a étudié le droit dans la ville syrienne de Raqqa avant d’être forcé de fuir. Il espère maintenant utiliser les techniques qu’il a apprises en gestion du bétail pour pouvoir acheter une ferme dans un futur proche. ©FAO/Barkin Bulbul

Passer de la formation à des emplois sûrs

Mohammed a passé son diplôme d’ingénieur en 2013. Juste après, la situation en Syrie s’est fortement détériorée et il a dû partir. Sa famille avait l’habitude de cultiver des olives et des pistaches en Syrie mais il ne savait pas comment les vendre.

«Nous avons appris à nous servir d’un système d’irrigation au goutte à goutte, à utiliser un engrais et à bien tailler les pistachiers et les oliviers pour qu’ils puissent profiter pleinement de l’air et du soleil. Avant, nous ne connaissions pas ces techniques», a-t-il témoigné.

«L’erreur que nous commettions en Syrie, c’était que nous cueillions les olives en frappant les arbres avec un bâton. Cela peut affecter les nouvelles ramifications pour la prochaine saison, ce qui signifie que l’on aura moins d’olives», a-t-il expliqué.

«J’espère aussi qu’un jour, je pourrais retourner en Syrie et apprendre tout cela aux gens et aux agriculteurs là-bas».

A l’issue de la formation, des foires d’emploi sont organisées afin d’aider les diplômés à trouver un travail. Les propriétaires de compagnies connaissent les droits et les services fournis par les détenteurs de visas temporaires et les cadres juridiques associés et les diplômés peuvent s’entretenir avec les employeurs en face-à-face. Nombreux sont ceux à s’être vus offrir un emploi sur place.

Fedan est originaire de Raqqa et n’est pas optimiste quant à un retour dans sa ville natale dans un futur proche. «Cela prendra du temps avant de restaurer la ville de Raqqa car elle est complètement détruite. Il aimerait monter une entreprise en Turquie et, grâce à la formation qu’il a reçue en élevage de bétail, il espère pouvoir acheter une ferme» a-t-il avancé.

«Je n’avais jamais travaillé avec du bétail – je les regardais à distance lorsque j’étais en Syrie où j’étudiais le droit. Grâce à ce programme, j’ai appris tout ce qui concerne les aspects liés à l’entretien du bétail – la traite, la préparation à la ferme, les techniques vétérinaires. Nous avons même appris à communiquer avec les vaches! Tout cela sous la supervision d’un vétérinaire grâce à qui nous avons tant appris», a-t-il ajouté.


Ecoutez le témoignage de quelques participants aux programmes de formation agricole pour les réfugiés syriens et les membres des communautés hôtes en Turquie.

900 personnes ont déjà été diplômées suite au programme de formation et nombreux sont ceux à avoir déjà trouvé un emploi dans le secteur agricole. En 2018, la FAO organisera des programmes de formation pour 650 autres personnes, en attendant d’autres ressources pour pouvoir les développer.

Ce projet est financé par l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés (UNHCR) et le Gouvernement du Japon et est mis en œuvre en partenariat avec le Ministère turc de l’alimentation, de l’agriculture et du bétail, en collaboration avec la Présidence chargée de la gestion des catastrophes et des urgences (AFAD), la Direction générale de la gestion des migrations (DGMM) et le Ministère du travail et de la sécurité sociale.

Dans le cadre du Plan de résilience 2018 de la FAO pour les réfugiés syriens, le travail de la FAO en Turquie vise à améliorer la résilience de 45 000 réfugiés syriens et ménages de la communauté hôte turque, soit environ 226 000 personnes.

En savoir plus:

2. Zero hunger, 10. Reduced inequalities, 16. Peace justice and strong institutions