Entre tradition et innovation: une agricultrice familiale a connu le succès grâce à ses gâteaux à base de cactus


Rapprocher les petits producteurs des consommateurs urbains au Mexique

Anastasia et sa famille cultivent des figues de Barbarie sur leur exploitation située à Milpa Alta, à Mexico. La capacité du cactus à survivre dans des climats arides et secs en fait une culture clé pour la sécurité alimentaire. ©FAO/Fernando Reyes Pantoja

13/09/2019

Maïs, chocolat, tomate, avocat, piment.... l'évocation du Mexique nous fait saliver. Ces produits sont d'ailleurs présents dans plusieurs endroits du monde. Mais à moins que vous ne viviez au Mexique, ou dans l'un des pays voisins, vous n'avez peut-être jamais goûté aux raquettes de figues de Barbarie, ni même jamais entendu parler d'elles. Et pourtant, la figue de Barbarie (de son appellation officielle Opuntia mais connue sous le nom de nopal au Mexique) ou poire cactus fait tellement partie de la tradition et de la culture culinaires mexicaines qu'elle apparaît sur les armoiries nationales du pays.

Selon la légende de la fondation de Mexico-Tenochtitlan, connue sous le nom de Mexico City, le dieu Huitzilopochtli a ordonné aux Mexicains d'établir leur ville à l'endroit où ils trouveront un aigle en train de manger un serpent perché sur un cactus. C'est ainsi qu'ils ont choisi la vallée où se trouve la capitale.

Aujourd'hui, la municipalité de Milpa Alta, à Mexico, est le principal producteur de figues de Barbarie dans cette ville de plus de 20 millions d'habitants. C'est ici qu'Anastasia Guzmán et sa famille les cultivent sur une superficie d'environ 8 000 mètres carrés.

A gauche : Anastasia prépare ses gâteaux à base d'amarante et de figues de Barbarie. ©FAO/Fernando Reyes Pantoja. A droite : Cette nouveauté proposée par Anastasia a connu un grand succès auprès des clients du Marché des producteurs de Mexico. ©FAO/Ana Luna

Le figuier de Barbarie peut survivre dans des climats arides et secs. C'est la raison pour laquelle c'est une culture très importante pour les petits exploitants agricoles et essentielle pour la sécurité alimentaire. Cette plante possède d'excellentes propriétés nutritionnelles : ses raquettes sont riches en vitamine C et en fibres, ce qui facilite la digestion et contribue également à abaisser le taux de cholestérol et la glycémie.

Au total, six personnes de la famille d'Anastasia, et même plus au printemps lorsque la douceur du temps voit naître chaque jour de nouvelles raquettes, s'occupent des figuiers de Barbarie. Mais le prix des produits à base de cactus est très instable tout au long de l'année. Au printemps, la surproduction fait chuter les prix jusqu'à 89% par rapport aux mois d'hiver, la basse saison de production.

Pour résoudre ce problème, Anastasia a eu l'idée novatrice de transformer ses produits afin de maintenir un revenu plus stable tout au long de l'année. "Nous transformons les raquettes en gâteaux afin de gagner un peu plus d’argent", explique Anastasia, alors qu’elle prépare sa pâte au cactus et à l’amarante, un autre produit originaire de Méso-Amérique.

Chaque semaine, Anastasia produit en moyenne 100 paquets de gâteaux (pesant chacun 100 grammes) et les vend au Marché des producteurs le dimanche et lors d'autres occasions spéciales. A ses côtés, près de 50 producteurs agroalimentaires des zones rurales de la ville vendent leurs produits sur ce marché.

Le gouvernement de la ville de Mexico a dynamisé le Marché des producteurs avec l'appui de la FAO dans le but de rapprocher les producteurs et les consommateurs pour créer des chaînes agroalimentaires plus courtes et favoriser un système alimentaire urbain durable, inclusif et résistant.

Le prix de la figue de Barbarie baisse au printemps lorsque le temps entraîne une surproduction. Afin d’avoir un revenu plus stable tout au long de l'année, Anastasia transforme les raquettes de cactus en gâteaux. ©FAO/Fernando Reyes Pantoja

Producteurs et consommateurs bénéficient de cette initiative : les producteurs vendent leurs produits à de meilleurs prix directement aux consommateurs, sans recourir à des intermédiaires, et les consommateurs achètent directement au producteur des aliments frais, saisonniers et biologiques à de meilleurs prix.

Les produits présents sur ce marché offrent d'importants avantages par rapport aux aliments industriels et ultra-transformés. Alliant qualité, identité et tradition selon les principes mêmes du commerce équitable, les producteurs s'engagent pour la santé des consommateurs urbains, la protection de l'environnement et le renforcement de l'économie locale.

Pour Anastasia, vendre ses produits sur ce marché représente des avantages clairs : "Je fais connaître mes gâteaux et j'ai aussi l'occasion d'expliquer tout ce qui est lié à la production du cactus. J'adore être en contact avec les consommateurs", raconte-t-elle. De plus, elle n'a plus besoin d'aller chez les grossistes parce qu'elle peut vendre ses produits à un meilleur prix directement aux consommateurs.

Dans un monde où plus de 820 millions de personnes souffrent de la faim, où l'obésité est une épidémie mondiale et où l'urbanisation s'accélère, les villes doivent être des agents du changement en termes de politiques et de mesures visant à donner accès à des produits sains. Des initiatives comme le Marché des producteurs sont essentielles pour aider à faire en sorte que des aliments frais et sains soient disponibles et accessibles pour tous les citadins, contribuant ainsi à l'objectif #FaimZéro.


En savoir plus

8. Decent work and economic growth, 12. Responsible consumption and production