Le rôle du tourisme durable dans la préservation de quatre sites agricoles extraordinaires


L’agrotourisme peut contribuer à relancer et à redéfinir le tourisme de manière à le rendre plus durable

Les vignobles sont emblématiques des paysages d’Italie. À Soave, ils fournissent un revenu durable aux viticulteurs, aux viniculteurs et aux embouteilleurs. Et aux touristes, ils offrent une visite fascinante. ©FAO/Consorzio Tutela Vini Soave e Recioto di Soave

25/09/2020

La pandémie de covid-19 a frappé durement le secteur du tourisme. L’onde de choc a réduit presque à néant les voyages internationaux, ce qui a des répercussions particulièrement marquées sur les ruraux dont les moyens d’existence dépendent des visiteurs étrangers. Cependant, tout défi offre des possibilités, en l’occurrence celle de reconstruire le secteur du tourisme en mieux: faire en sorte qu’il soit plus durable et plus équitable, promeuve des destinations rurales hors des sentiers battus et crée des moyens d’existence plus résilients pour les populations locales. 

L’un des moyens de parvenir à ce résultat est l’agrotourisme. Depuis peu, il est prisé des voyageurs, auxquels il donne l’occasion de se familiariser avec les traditions culturelles et culinaires locales. L’agrotourisme profite à la fois aux agriculteurs et aux populations rurales, en leur permettant de diversifier leurs activités économiques et en créant une nouvelle demande pour leurs produits agricoles. 

Cependant, comme pour toute forme de tourisme, une gestion prudente est nécessaire pour prévenir d’éventuelles répercussions négatives sur l’environnement, les ressources agricoles, la biodiversité, ainsi que la vie et la culture des populations concernées. La durabilité est primordiale.

Conscientes de cela, la FAO et l’Organisation mondiale du tourisme (OMT) vont œuvrer ensemble à la promotion d’un agrotourisme durable, qui est un moyen prometteur de stimuler le développement rural. 

Le partenariat FAO-OMT commencera par encourager l’agrotourisme sur les sites reconnus dans le cadre du programme Systèmes ingénieux du patrimoine agricole mondial (SIPAM) de la FAO, qui sont non seulement des paysages naturels magnifiques mais aussi le lieu de pratiques agricoles qui créent des moyens d’existence ruraux en associant de manière unique la tradition et l’innovation.

Nous allons vous présenter quatre sites SIPAM où le tourisme durable peut contribuer à faire progresser le développement, à lutter contre la pauvreté et à offrir aux jeunes de nouveaux débouchés professionnels. 

Vignobles de la vallée de Soave (Italie)

Les collines ondoyantes, les fermes anciennes et les vignobles à perte de vue constituent un paysage emblématique de l’Italie. Soave, une petite commune située entre Vérone et Venise, est réputée pour son vin, et pour cause: depuis deux siècles, plus de 3 000 familles tirent leurs revenus des vignobles traditionnels où se cultive le cépage local, le garganega. 

Les viticulteurs de la région utilisent encore la technique traditionnelle du palissage, une méthode de gestion des vignobles qui repose sur un équilibre entre la croissance des pieds et la qualité des fruits et dont l’objectif est d’obtenir des résultats optimaux. Et qu’obtient‑on au bout du compte? L’un des plus célèbres vins d’Italie: le Soave. Bien que les propriétés soient généralement de petite taille, voire minuscules, les viticulteurs, les viniculteurs et les embouteilleurs disposent de revenus durables, même dans les moments les plus difficiles, ce grâce à la coopération et à l’innovation. Afin d’accroître la valeur nette du vin et de maintenir les prix, par exemple, la zone de production a obtenu, en 1968, une appellation d’origine protégée (AOP) européenne, qui atteste les qualités uniques du produit au niveau mondial. En outre, les viticulteurs ont créé des domaines coopératifs et un système complexe de compensation, qui garantit aux membres un revenu équitable chaque année, en dépit des fluctuations des prix du marché.

La région continue d’innover en promouvant le tourisme local, qui fournit un certain nombre d’emplois dans les hôtels, les restaurants et les domaines viticoles, et produit des recettes confortables.

À gauche: Sur la péninsule de Noto (Japon), les habitants travaillent ensemble pour préserver durablement les paysages et les traditions qui assurent la subsistance de la population, génération après génération, depuis des siècles – et le tourisme peut apporter sa contribution. ©FAO/Kazem Vafadari. À droite: L’archipel de Chiloé recèle une nature splendide et des traditions ancestrales, et bénéficie désormais du tourisme. ©FAO/Liana John

Satoyama et satoumi (Japon)

La péninsule de Noto est un microcosme des traditions rurales japonaises, où les montagnes, les forêts et les côtes sont interdépendantes et forment un système agricole extraordinaire. Le relief vallonné est entrecoupé de larges vallées et de champs, et ceinturé par un littoral constitué de roches volcaniques. La péninsule se compose d’une mosaïque de satoyama, écosystèmes à la fois terrestres et aquatiques, et de satoumi, écosystèmes marins côtiers. 

Des méthodes traditionnelles d’agriculture et d’exploitation forestière qui n’existent que sur la péninsule de Noto, comme celles utilisées dans le séchage du riz, la production de charbon et de sel, la pêche traditionnelle et la gestion de l’eau, se pratiquent depuis des siècles. Les habitants de la péninsule travaillent ensemble pour préserver les paysages (satoyama et satoumi) et les traditions qui assurent la subsistance de la population, génération après génération, depuis des siècles. L’État a déclaré la région «zone spéciale de tourisme vert» et déploie actuellement des efforts pour la faire mieux connaître et promouvoir le tourisme auprès des citadins. 

Agriculture de Chiloé (Chili) 

Dans le sud du Chili, il existe un chapelet d’îles entourées d’un vaste cordon de littoral paisible et parsemées de centaines de maisons aux couleurs vives. Il s’agit de l’archipel de Chiloé, riche d’une nature magnifique et de traditions, une terre à laquelle des agriculteurs consacrent leur temps et leur énergie depuis des millénaires. En 2011, il a également été désigné site SIPAM en raison de la biodiversité et des méthodes agricoles uniques qui le caractérisent. 

Par le passé, des femmes rurales se sont employées à préserver la biodiversité dans leur potager familial et sur leurs petites parcelles, la pomme de terre étant l’une des cultures principales. En effet, c’est sur la pomme de terre qu’est centrée la vie de nombreux habitants de ces îles. Ce tubercule est lié à des traditions culturelles, des pratiques sociales ancestrales, des croyances et une mythologie, dont beaucoup ont encore cours à l’aube du troisième millénaire. Actuellement, les autorités locales développent des services touristiques ruraux en rapport avec les exploitations agricoles, les produits alimentaires et l’artisanat.

En Chine, la riziculture en terrasses fait appel à des méthodes parmi les plus novatrices au monde. © FAO

Rizières en terrasses dans les montagnes et les collines (Chine)

Les zones montagneuses des provinces du sud de la Chine sont réputées pour leurs paysages à couper le souffle, mais saviez-vous que leurs habitants utilisaient des méthodes de riziculture parmi les plus novatrices au monde?

Les ancêtres des habitants de la région ont construit des champs en terrasses pour conserver l’eau, ce qui permet de cultiver du riz dans des zones vallonnées, et leurs méthodes agricoles fascinantes sont encore utilisées aujourd’hui. Afin d’encourager les touristes à visiter la région, à s’intéresser aux traditions et à participer à la revitalisation de l’économie rurale, la Chine promeut l’écotourisme. Les projets d’écotourisme sont l’une des nouvelles stratégies des pouvoirs publics pour réduire la pauvreté dans les zones rurales en aidant les populations locales à diversifier leurs revenus. Ensemble, Airbnb et les autorités locales forment des habitants à la gestion et à l’hébergement des touristes.

Le 27 septembre est la Journée mondiale du tourisme. Elle tombe cette année pendant une période difficile. Le thème de l’édition 2020, Tourisme et développement rural, nous donne l’occasion de réfléchir à un tourisme d’un genre nouveau, hors des grandes villes, et de découvrir l’aide qu’il peut apporter aux populations rurales. Les sites SIPAM encouragent le grand public à apprécier les traditions agricoles, même dans sa propre région, et à reconnaître leur importance historique et culturelle. S’agissant du rôle que le tourisme durable peut jouer dans le développement et dans le renforcement des moyens d’existence, en particulier en zone rurale, la pandémie de covid-19 nous aide à repenser ce secteur et nous donne la possibilité de faire en sorte que ces sites extraordinaires existent encore dans un millénaire.


En savoir plus

1. No poverty, 2. Zero hunger, 8. Decent work and economic growth, 15. Life on land