Corail rouge de la Méditerranée: préserver l’avenir d’une ressource précieuse


Protéger les espèces marines vulnérables est essentiel pour les pêcheurs et les artisans d’Italie

Raimondo Orlando (ci-dessus) est l’un des nombreux artisans italiens qui tirent leurs revenus du corail rouge et souhaitent que cette ressource précieuse soit protégée. ©FAO/Giuseppe Carotenuto

08/06/2021

Doriano Belloni a commencé à explorer les eaux turquoise situées au large de la Sardaigne lorsqu’il était enfant. 

La pêche au corail est rapidement devenue sa passion – et son gagne-pain. 

Aujourd’hui âgé de 70 ans, il plonge encore chaque été à la recherche de l’un de ces joyaux de la Méditerranée: le magnifique corail rouge, prisé par les acheteurs d’Italie et d’ailleurs. 

Il est le premier à affirmer qu’il faut le protéger, pour assurer l’avenir.

«Ce travail nous permet de vivre et de subvenir aux besoins de notre famille», affirme Doriano. «Il est de notre intérêt de faire en sorte que les ressources perdurent. C’est pourquoi nous ne détruisons pas le corail».

Le corail rouge est un produit convoité depuis la Préhistoire. Des traces de cet organisme aux couleurs vives ont été retrouvées sur des sites archéologiques de toute l’Europe et celui-ci orne des objets d’art religieux, des sculptures, des décors et des bijoux depuis des siècles. Il se décline dans des teintes allant du rose pâle au rouge intense, et le corail de qualité supérieure peut se vendre jusqu’à 6 000 USD (soit 5 000 EUR) le kilogramme.

Certaines espèces précieuses, notamment le corail rouge, sont désormais considérées comme vulnérables en raison de plusieurs facteurs, en particulier la hausse de la température des mers et des océans, la pollution des eaux et la récolte non contrôlée. Associés au changement climatique, ces phénomènes menacent la survie à long terme du corail rouge et de bien d’autres espèces aquatiques, dans des mers et des océans de plus en plus fragiles.

Les océans, qui couvrent plus de 70 pour cent de la planète, sont le socle de la subsistance de l’humanité entière et de tous les autres organismes présents sur Terre. Ils produisent au moins 50 pour cent de l’oxygène de la planète et abritent la majeure partie de sa biodiversité. En outre, un dixième de la population mondiale vit de la pêche et de l’aquaculture.

Le corail rouge est désormais considéré comme vulnérable en raison de plusieurs facteurs, notamment la récolte non contrôlée. Par l’intermédiaire de sa Commission générale des pêches pour la Méditerranée, la FAO collabore avec les pays pour maintenir cette pêche à un niveau viable. ©FAO/Giuseppe Carotenuto

La Méditerranée fait partie des régions où la FAO aide les pays à gérer et à protéger les environnements marins de manière durable et, en parallèle, à contrecarrer la surpêche de corail, de poissons et d’autres espèces.

Par l’intermédiaire de sa Commission générale des pêches pour la Méditerranée, la FAO collabore avec l’Italie et d’autres pays afin de renforcer le contrôle et la surveillance des activités de pêche tout en œuvrant à maintenir la récolte de corail rouge à un niveau viable. Les mesures de gestion adoptées par la Commission visent à garantir la durabilité de la pêche au corail rouge et la pérennité des emplois des pêcheurs, des artisans et d’autres acteurs du secteur qui en sont tributaires. 

«Il ne s’agit pas seulement des populations qui pêchent le corail: plusieurs générations sont liées au corail, de la pêche au commerce, en passant par la transformation. Nous devons les soutenir pour que ces activités perdurent dans le temps», a déclaré Mme Kim Friedman, Fonctionnaire principale chargée des ressources halieutiques à la FAO. 

Parallèlement à l’aide qu’elle apporte aux pays de la Méditerranée et de la mer Noire pour améliorer leurs capacités en matière de gestion de la pêche et leur permettre de prendre des décisions en faveur de la durabilité, la Commission met aussi en place une série de programmes, dont un sur le corail rouge, dans le but de recueillir des renseignements sur les espèces prioritaires et de fournir des avis aux responsables. 

«Le corail rouge fait partie d’un écosystème, qui englobe les habitudes et les traditions des populations, la façon dont les pêcheurs travaillent, dont les stocks réagissent aux activités de pêche, dont les plongeurs agissent et dont les consommateurs se procurent le produit tant convoité», poursuit Mme Friedman.

«Nous ne pouvons pas nous contenter de travailler uniquement au niveau du marché ou de la ressource naturelle. Nous devons mettre au point une approche globale qui permette de gérer cette ressource de manière durable.»

Le Gouvernement italien a déjà pris une initiative en ce sens. En 2019, suite aux recommandations de la Commission, l’Italie a adopté une nouvelle loi définissant les lieux et les périodes autorisés pour la récolte du corail rouge, la limite de pêche quotidienne et les ports dans lesquels le débarquement de corail rouge est possible. Les pêcheurs en voient d’ores et déjà les fruits: en Méditerranée, les récifs coralliens se régénèrent.

Le corail rouge est ancré dans l’identité de Torre del Greco. Les habitants de cette ville située dans le sud de l’Italie étaient autrefois surnommés «corallini» en raison de leur célèbre production de bijoux et de camées en corail. ©FAO/Giuseppe Carotenuo

«Corallini»

Une grande partie du corail pêché en Sardaigne se retrouve à Torre del Greco, une petite ville située au sud de Naples. Là-bas, la production de corail est intrinsèquement liée à l’identité de la ville et de ses habitants, autrefois surnommés «corallini» en raison de leurs activités en rapport avec le corail. Depuis le XVIIe siècle, chaque génération tire sa subsistance de la production de bijoux et de camées en corail.

Le lycée professionnel Francesco Degni est l’un des seuls établissements au monde à enseigner aux jeunes hommes et aux jeunes femmes l’art de transformer le corail brut en bijoux et en œuvres d’art de toute beauté.

«À Torre del Greco, l’économie a toujours reposé sur le corail», affirme Ciro Mazza, un professeur du lycée.

«La plupart [des élèves] appartiennent à des familles qui ont le corail et le camée traditionnel dans le sang.»

Assocoral est une association du secteur qui représente les artisans et les commerçants italiens et œuvre pour sensibiliser à la protection et à la promotion du corail. Elle fait partie des organisations qui collaborent avec la FAO, la Commission générale des pêches pour la Méditerranée et le Gouvernement italien en vue d’améliorer la gestion de la pêche au corail en Méditerranée. Elle cherche par ailleurs à faire inscrire la production corallienne de Torre Del Greco sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO.

Pour Vincenzo Aucella, président de l’association, «la question de la durabilité n’est pas accessoire, elle est le fondement de toute chose. Elle constitue le pilier, non seulement de la transformation du corail, mais aussi de tout type d’activité.


À l’Université de Cagliari, les chercheurs, en collaboration avec des pêcheurs et d’autres acteurs du secteur, mènent des études sur les récifs coralliens, la façon dont ils se rétablissent après la pêche et leurs effets sur d’autres espèces.

Selon Alessandro Cau, professeur associé d’écologie marine à l’Université de Cagliari, les données actuelles confirment que la pêche au corail en Italie est durable. Il estime que la Sardaigne est un bon exemple de la façon d’élaborer un plan de gestion unifié pour la Méditerranée.

Le corail rouge n’est que l’une des ressources nombreuses et précieuses dont regorgent nos environnements marins. Il est non seulement indispensable à la santé des écosystèmes, mais aussi aux personnes qui en vivent. En œuvrant à faire adopter de bonnes pratiques et en collaborant avec des acteurs majeurs du secteur halieutique, la FAO entend préserver aussi bien les ressources marines que les moyens d’existence qu’elles sous-tendent.

Pour en savoir plus:

 

8. Decent work and economic growth, 12. Responsible consumption and production, 14. Life below water