«Busy», héros de l’alimentation bourdonnant d’activités en Dominique


Le bien surnommé «Busy» aide sa communauté grâce à son entreprise apicole.

Fasciné par les abeilles depuis sa jeunesse, Agnan «Busy» St. Louis est finalement devenu apiculteur et a démarré une activité familiale de vente de miel et d’autres produits.

21/09/2021

La journée d’Agnan «Busy» St. Louis commence avant le lever du soleil. Dès 5 h 30, il se verse une bonne tasse de café, qu’il sucre avec le miel de ses ruches, s’assoit dans son patio, rassemble ses idées et récite ses prières quotidiennes. La journée ne peut pas démarrer sans cette routine.

Bizarrement, Busy, comme il préfère être appelé, ne doit pas son surnom à ses liens avec les abeilles mais à un enseignant qui, alors qu’il était encore à l’école primaire, avait dépeint son caractère vif dans un livre d’histoires. C’est en tout cas un surnom qui sied bien à cet apiculteur actif.

Avant que Busy ne rejoigne ses ruches dans le village tranquille de Colihaut en Dominique, dans la paroisse (région) de St Peter, l’ancien ouvrier du bâtiment devenu apiculteur reconnaît qu’il aime ce qu’il fait maintenant.

Mais la vie n’a pas toujours été des plus douces pour Busy. Il a grandi sans figure paternelle et sa mère a dû redoubler d’efforts pour que ses trois frères, sa sœur et lui puissent jouir d’un cadre de vie confortable. «C’étaient des jours difficiles, confie-t-il. Heureusement, ils appartiennent au passé et maintenant, je vais tout simplement de l’avant.»

Busy a suivi une formation de la FAO sur les aspects pratiques de l’apiculture, puis a rejoint une coopérative apicole soutenue par l’Organisation. Cette formation l’a aidé à rendre son exploitation plus efficace et à accroître sa production. © Kimeisha George-Ishmael

La première expérience de Busy avec les abeilles remonte à l’époque où il avait 14 ans. Il allait encore en cours. Il se rappelle avoir alors assisté au vol des abeilles à la recherche de nectar autour de vignes sauvages et d’arbres. C’était fascinant. Ce spectacle a suscité son intérêt pour la fabrication de miel mais, dans un premier temps, il a continué à travailler dans le domaine de la construction. De mauvaises expériences l’ont ensuite convaincu d’abandonner ce secteur et, faisant acte de foi, de se consacrer à l’apiculture à plein temps.

Après s'être formé auprès d’un apiculteur dans un village des environs, Busy a trouvé sa place et a lancé sa propre activité, conduite avec sa femme, son neveu et son fils.

En 2013, un de ses amis lui a parlé des formations apicoles de la FAO. Il a décidé de s’inscrire à l’une d’elles, d’une durée de trois semaines, pour approfondir ses connaissances et faire passer son entreprise à la vitesse supérieure. Busy a ainsi acquis des informations essentielles sur les aspects pratiques de l’apiculture, notamment la construction des ruches et le montage des cadres.

Il a aussi rejoint en 2019 la coopérative apicole que la FAO soutient en proposant des formations sur l’amélioration de la production, la récolte et la transformation du miel. «Cette formation a été précieuse, précise-t-il. J’ai énormément appris et je tiens à remercier la FAO.»

Grâce à une détermination et à une passion sans failles, ainsi qu’à un grand savoir-faire, Busy s’est consacré assidûment à tous les aspects de l’apiculture, y compris la plantation d’arbres. Il a même encouragé ses voisins à cultiver des végétaux que les abeilles peuvent polliniser et butiner pour en récolter le nectar.

Un coup d'arrêt qui n'empêche pas d’aller de l’avant!

En 2017, l’ouragan Maria a dévasté la Dominique et ses vents violents, de catégorie 5, ont détruit toutes les ruches de Busy.

En tant que petit État insulaire en développement (PEID), la Dominique, comme de nombreuses îles et d’autres pays côtiers, est frappée de plein fouet par le changement climatique et doit faire face à un accroissement des catastrophes naturelles, qui perturbent souvent la production locale et accentuent la dépendance aux importations.

Mais Busy n’a pas laissé ces circonstances l’abattre: il a reconstruit tout ce qui avait été détruit.

Douze années de dur labeur ont fini par être payantes. Busy possède maintenant 275 ruches, réparties dans 13 zones différentes de la Dominique, et chacune d’entre elles compte environ 50 000 abeilles. Parmi ses nombreux clients, on trouve au premier rang 99 pour cent des pharmacies locales.

«La plus grande part de mon miel et des produits dérivés, par exemple la cire, le pollen et la propolis, sont consommés localement, indique-t-il. En 2020, la demande a été si forte que c’était difficile de la satisfaire.»

Busy tient à rendre à sa communauté une partie de ce qu’il a reçu. Toujours mû par l’envie de partager avec passion ses connaissances et son expérience, il a fait de son exploitation un espace d’apprentissage des meilleures pratiques apicoles. © Kimeisha George-Ishmael

Rendre service en retour

En tant que principal acteur du marché, Busy est conscient de sa responsabilité et souhaite rendre une partie de ce qu’il a reçu à la communauté qui l’a soutenu et a contribué à l’épanouissement de son activité. Dans le cadre d’un partenariat avec le Ministère de la parité femmes-hommes, il offre chaque année des bouteilles de miel qui font partie des paniers distribués par le gouvernement aux centenaires. Le week-end, on peut aussi le voir donner un coup de main aux moins favorisés, dans le cadre de diverses activités.

Busy met également son exploitation apicole à la disposition de la FAO et de groupes communautaires, qui peuvent ainsi montrer les meilleures pratiques apicoles et former des personnes intéressées à la production de miel. Il manifeste toujours la volonté de partager avec enthousiasme ses connaissances et son expérience.

Mais les personnes les plus actives méritent elles aussi une pause. Ainsi, le dimanche, Busy reste tranquillement chez lui et se détend en regardant toute la journée du sport à la télévision.

Si vous lui demandez quel est son plus grand regret, il marque une pause et réfléchit. «Je voudrais que ma mère soit encore en vie, dit-il, et qu’elle soit témoin de ma réussite. J’ai toujours voulu qu’elle soit fière de moi, qu’elle voie que je vais bien et qu’elle sache que la vie est douce.»

Derrière ce que nous mangeons, il y a toujours quelqu’un qui a produit, semé, récolté, pêché ou transporté cette nourriture. À l’approche de la Journée mondiale de l’alimentation (16 octobre), nous rendons hommage à ces #HérosDelAlimentation qui, quelles que soient les circonstances, continuent à approvisionner leurs communautés et au-delà. Il existe d’innombrables façons d’être un héros de l’alimentation dans votre communauté: il est grand temps de vous lancer. Il faut agir pour l’avenir.


Pour en savoir plus

2. Zero hunger, 8. Decent work and economic growth