Rapprocher les cultures dans les fermes et les montagnes du Viet Nam


Les coopératives développent l’agriculture, les revenus et le sentiment d’appartenance à une communauté

Ninh (à droite) rapproche les cultures au sein de sa coopérative agricole locale au Viet Nam. ©FAO/ThangPham

15/10/2021

Ma Thi Ninh pensait qu’être agricultrice serait relativement simple. La commune de Yen Duong (Viet Nam), où elle habite, dispose d’excellentes terres arables et nombre de produits recherchés y sont cultivés, tels que le riz gluant biologique, des légumes de saison et le bambou utilisé pour confectionner des produits traditionnels artisanaux. Mais quand elle s’est mise à cultiver et à vendre elle-même des produits locaux, elle s’est rendu compte que si les récoltes étaient généralement abondantes, les profits étaient faibles; comme bien des agriculteurs, elle restait enlisée dans la pauvreté.

Il a fallu quelques années à Ninh pour en comprendre toutes les raisons. Les agriculteurs locaux ne pouvaient vendre qu’à des intermédiaires et des négociants à petite échelle qui achetaient à bas prix. Le mauvais état des routes et des infrastructures de transport dans ce territoire montagneux et rural était aussi un obstacle à la vente dans d’autres régions ou marchés, où les prix étaient potentiellement plus élevés. 

Cette situation crée un cercle vicieux de bas revenus qui empêchent les agriculteurs d’investir dans les technologies et les innovations. Il est d’autant plus difficile pour les femmes de la région de briser ce cercle qu’elles n’ont souvent pas la possibilité d’étudier ou d’obtenir le capital nécessaire pour se procurer ces technologies.

Avec l’appui du Mécanisme Forêts et Paysans, que la FAO héberge, et de l’Union nationale des agriculteurs du Viet Nam (Viet Nam National Farmers’ Union [VNFU]), la coopérative de Yen Duong aide les agriculteurs à diversifier leurs produits et à accroître leurs revenus. ©FAO/ThangPham

Valeurs culturelles

Le Mécanisme Forêts et Paysans (FFF), que la FAO héberge, et l’Union nationale des agriculteurs du Viet Nam (Viet Nam National Farmers’ Union [VNFU]) ont aidé des groupements d’agriculteurs à former des coopératives à Yen Duong et alentour. En s’organisant de la sorte, les agriculteurs peuvent mieux vendre leurs produits, parler d’une même voix pour peser sur les politiques et aider leurs membres à bénéficier de services essentiels. Le FFF cherche à renforcer ces groupes, premiers agents du changement à l’échelle locale.

Ninh a tout de suite compris l’intérêt de s’impliquer dans ce projet. Elle a rapidement accédé au poste de directrice de la coopérative agricole de Yen Duong, qui a pour objectif d’augmenter les revenus, de protéger les ressources naturelles et à renforcer la collaboration entre les agriculteurs, compte tenu particulièrement de la grande diversité des méthodes et des approches traditionnelles utilisées dans la commune.

Ninh s’est attachée à créer un cadre dans lequel les hommes comme les femmes, quelle que soit la minorité ethnique à laquelle ils appartiennent, pourraient s’épanouir et tirer parti des innovations agricoles, mutualisant les connaissances et s’entraidant pour mettre en œuvre leurs initiatives en agriculture. Elle et tous les membres de sa appartiennent à des minorités ethniques, notamment les groupes Tay et Dzao. Ces populations montagnardes se distinguent les unes des autres par leur mode de vie et leur vie de famille, par exemple les coutumes et croyances rattachées à la construction d’un foyer, les habits traditionnels, la cuisine et les traditions matrimoniales.

Consciente des usages et des valeurs culturelles de la population de sa commune, Ninh s’emploie à en faire un pilier de sa coopérative. Ces valeurs sont prises en compte pour établir les règlements du groupe ou appliquer des techniques de production agricole, démarche qui a incité de nombreuses personnes à rejoindre le groupe. La coopérative associe également des activités culturelles et religieuses aux tâches agricoles, ce qui a poussé l’ensemble de la collectivité à participer d’une manière ou d’une autre à son travail. 

La coopérative de Ninh compte aujourd’hui 45 membres permanents et près de 100 membres associés, dont les terres couvrent au total plus de 100 hectares de forêt et 50 hectares de terres cultivées. 

Les avantages de la collaboration 

En travaillant avec la population, le VNFU et le FFF ont aidé les agriculteurs à améliorer leurs connaissances techniques et leurs compétences commerciales dans sept chaînes de valeur: pépinières, bois d’œuvre, produits à base de cannelle, huile d’anis étoilé, herbes, riz, pomelo et poulets de forêt.

En se regroupant et en formant des coopératives, les petits exploitants ont pu plus facilement obtenir des certifications biologiques, investir dans de nouvelles techniques de production et signer des contrats avec des entreprises et des négociants.

La reconnaissance des différentes valeurs culturelles et le développement du sentiment d’appartenance sont des facteurs importants du succès de la coopérative de Yen Duong. ©FAO/ThangPham

Grâce au soutien et aux formations du FFF, les membres de la coopérative de Yen Duong ont approfondi leurs connaissances et ont appris à appliquer les normes des systèmes participatifs de garantie (SPG) pour les produits biologiques, un système d’assurance qualité autorégulé créé par les agriculteurs locaux eux-mêmes qui certifie leurs produits sur la base d’une participation active, d’une connaissance des méthodes utilisées et de la confiance.Les produits SPG sont cultivés sans pesticides ni engrais chimiques, ce qui protège la santé des cultivateurs, améliore la qualité de leurs produits et limite les conséquences sur le climat. Sur les marchés, ces produits se vendent à un meilleur prix et assurent un meilleur revenu aux agriculteurs.

«En ce moment, nous cultivons du riz gluant, des légumes de saison, des herbes biologiques et des vermicelles. Les produits biologiques sont de bonne qualité, ils sont savoureux et attirent les consommateurs, si bien que le prix de vente a augmenté de 10 à 20 pour cent, ce qui est réellement avantageux pour nos agriculteurs», a déclaré Ninh.

La coopérative a signé des contrats avec des sociétés de distribution de produits biologiques et des magasins biologiques. En outre, grâce à des tables rondes, le FFF a créé des conditions propices à la participation de la coopérative aux concertations sur les politiques à mener afin de résoudre les problèmes qui se posent.

La coopérative de Ninh propose également des prestations touristiques offrant aux visiteurs la possibilité de découvrir les magnifiques paysages forestiers et agricoles et les chutes d’eau naturelles du territoire. Ils peuvent y découvrir la culture des peuples Tay et Dzao, notamment la cuisine, les danses et les tenues, et acheter des souvenirs issus de l’artisanat local. L’autorité gouvernementale de la commune a par ailleurs aidé les coopératives de producteurs forestiers et agricoles à construire trois kilomètres de chemin forestier, ce qui, d’après Ninh, «favorisera le tourisme forestier local à l’avenir».

Avec l’appui de la FAO, les membres de la coopérative de Ninh et bien d’autres personnes ont acquis de nouvelles compétences, augmenté leurs revenus et, ce qui est le plus important, renforcé la collaboration interculturelle pour développer l’agriculture locale et créer un véritable sentiment d’appartenance à une communauté.


En savoir plus:

2. Zero hunger, 5. Gender equality, 8. Decent work and economic growth