Mexique: une technique nucléaire permet d’éviter une situation d’urgence liée à une mouche des fruits.


La FAO et l’Agence internationale de l’énergie atomique ont recours à la technique de l’insecte stérile pour faire cesser les pertes de nourriture et de moyens d’existence.

La mouche méditerranéenne des fruits est considérée comme l’un des insectes nuisibles les plus dévastateurs au monde. L’apparition d’un foyer peut donner lieu à des restrictions commerciales importantes et avoir des conséquences socioéconomiques considérables. Bien qu’elle ait été éradiquée du Mexique dans les années 1980, cette mouche des fruits a été récemment détectée dans l’État de Colima. ©Centre mixte FAO/AIEA

17/06/2022

Dans l’État mexicain de Colima, l’apparition récente d’un foyer de mouches méditerranéennes des fruits était une très mauvaise nouvelle. Ce ravageur vorace a été éradiqué du Mexique dans les années 1980 avec l’aide de la FAO et de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), mais les insectes ne connaissent pas de frontières. Malheureusement, le changement climatique, l’augmentation des échanges commerciaux et les déplacements à l’échelle mondiale favorisant la propagation des ravageurs, la mouche méditerranéenne des fruits a une fois de plus gagné cet État important sur le plan horticole, menaçant de causer des ravages dans le secteur et dévaster les moyens d’existence des agriculteurs.

Heureusement, le Mexique, la FAO et l’AIEA étaient préparés à un tel scénario.

S’appuyant sur l’assistance fournie au Mexique au cours d’années passées, le Centre mixte FAO/AIEA des techniques nucléaires dans l’alimentation et l’agriculture a répondu à une demande du Gouvernement mexicain et a aidé les autorités nationales de protection de végétaux à élaborer et à mettre en œuvre un plan d’intervention d’urgence qui se fonde sur la technique de l’insecte stérile (TIS) pour contenir et éradiquer cet organisme nuisible dangereux.

Cette technique nucléaire utilise les rayons gamma pour irradier, et ainsi stériliser, les mouches mâles, qui restent sexuellement compétitives mais n’engendrent pas de descendance. Les mouches sont élevées en masse, stérilisées et lâchées dans la nature. Elles s’accouplent alors avec des femelles, entraînant une diminution de la population en l’espace de quelques mois. La TIS fait partie des méthodes de lutte contre les insectes ravageurs les plus respectueuses de l’environnement.

«Par le passé, la mouche méditerranéenne des fruits constituait une menace importante pour le secteur horticole au Mexique, et nous avons mis en place des programmes à grande échelle destinés à freiner et à enrayer sa propagation le long de notre frontière sud», a déclaré Maritza Juarez Duran, Directrice du Programme national sur la mouche des fruits du Service national de santé, de salubrité et de qualité agroalimentaire (SENASICA) du Mexique.

«La détection de ce ravageur à Colima en avril 2021, à 1 300 kilomètres des populations sauvages les plus proches, situées dans l’État du Chiapas, zone frontalière entre le Mexique et le Guatemala, était très inquiétante et nous apprécions grandement l’assistance fournie par l’AIEA et la FAO pour nous aider à maîtriser la situation.»

À gauche: Avec l’aide de la FAO et de l’AIEA, le Mexique a rapidement approuvé un plan d’urgence qui fait appel à la technique de l’insecte stérile pour contenir et éradiquer le ravageur. ©Centre mixte FAO/AIEA À droite: Le Groupe consultatif technique FAO/AIEA inspecte des navires de marchandises et de croisière dans le port de Manzanillo, à la recherche d’éventuelles mouches méditerranéennes des fruits. ©DGSV Senasica

Une mouche qui a des conséquences

La mouche méditerranéenne des fruits (Ceratitis capitata) est considérée comme l’un des insectes nuisibles les plus dévastateurs au monde. Elle pond ses œufs dans les fruits et les légumes et une fois ceux-ci éclos, les larves se nourrissent de pulpe. Maintenir les vergers et les jardins exempts de cette mouche est une condition requise pour pouvoir exporter dans de nombreux pays. L’apparition d’un foyer peut entraîner l’instauration d’obligations de quarantaine stricte dans le cadre du commerce des fruits et légumes, ce qui a des conséquences socioéconomiques considérables pour le pays exportateur. Les solutions classiques, comme les traitements après récolte, coûtent cher et nuisent souvent à la qualité des produits, et donc à leur compétitivité sur le marché de l’exportation.

Grâce à la TIS, le Mexique a pu éradiquer la mouche méditerranéenne des fruits de son territoire en 1982. Cependant, cet insecte pouvant facilement traverser les frontières depuis des zones infestées, les États doivent rester vigilants face à de possibles incursions.

Le Mexique est le septième exportateur de produits agricoles au monde; par conséquent, il est très important pour le pays de rester exempt de mouches méditerranéennes des fruits. Dans le cas de Colima, la mouche méditerranéenne des fruits a touché les badames et d’autres fruits dans des zones urbaines, ce qui pose un risque pour les cultures agricoles (mangues, goyaves, papayes, figues, oranges, pamplemousse roses et caramboles, par exemple). Le Mexique estime que sa production horticole destinée à l’exportation représente chaque année plus de 9,4 milliards d’USD. Elle pourrait pâtir de l’apparition du foyer de mouches méditerranéennes des fruits si celui-ci n’est pas maîtrisé.

Walther Enkerlin Hoeflich, entomologiste FAO/AIEA qui soutient les programmes de lutte contre la mouche méditerranéenne des fruits en Amérique latine et dans les Caraïbes, s’est rendu à Colima en avril 2022. Il a dirigé un groupe d’experts chargé de vérifier que les activités entreprises par les autorités mexicaines étaient mises en œuvre conformément aux normes internationales et de recommander des mesures destinées à renforcer l’opération.

«L’intervention du Mexique face à l’apparition d’un foyer de mouches méditerranéennes des fruits à Colima a été rapide, professionnelle et efficace. Les techniciens ont de l’expérience en matière d’application de la TIS, car le Mexique coopère depuis longtemps avec l’AIEA et la FAO à l’utilisation de cette technique», a indiqué M. Enkerlin Hoeflich.

La FAO et l’AIEA ont aidé le Mexique à concevoir une nouvelle installation d’élevage en masse capable de produire un milliard de mouches stériles en une semaine. Cette installation s’avère essentielle pour contenir le foyer actuel à Colima et éradiquer le ravageur. ©DGSV Senasica

La FAO et l’AIEA ont aidé le pays à concevoir une nouvelle installation d’élevage en masse capable de produire un milliard de mouches stériles par semaine. Inaugurée en 2021, cette installation est la deuxième au monde par sa taille. À ce jour, 1,2 milliard de mouches stériles mâles produites dans l’installation ont été lâchées dans les zones de Colima touchées par l’infestation. Le groupe dirigé par la FAO et l’AIEA a recommandé de poursuivre le lâcher de mouches stériles jusqu’en juin 2022 afin d’éradiquer toutes les poches de population du ravageur restantes.

«L’opération de Colima est en bonne voie et, pour le moment, l’infestation est maîtrisée. Nous allons continuer à travailler avec le Mexique pour faire en sorte que cet organisme nuisible dévastateur n’ait pas d’incidence sur les moyens d’existence des agriculteurs», a déclaré M. Enkerlin Hoeflich.

Le Centre mixte FAO/AIEA poursuit sa collaboration avec le Mexique, améliorant la TIS grâce à la recherche-développement et fournissant des avis techniques concernant sa mise en œuvre.

Le recours aux solutions nucléaires pour lutter contre les ravageurs n’est qu’un domaine de travail du Centre mixte FAO/AIEA parmi d’autres. Le programme conjoint promeut et soutient l’utilisation sûre et appropriée des technologies nucléaires et apparentées dans l’alimentation et l’agriculture, favorisant la sécurité alimentaire et le développement agricole durable dans le monde.


En savoir plus

2. Zero hunger, 9. Industry innovation and infrastructure, 17. Partnership for the goals