Étudier les possibilités qu’offre la technologie de la chaîne de blocs pour transformer les systèmes agroalimentaires


La transparence et la traçabilité sont essentielles à l’action pour le climat et à des marchés inclusifs.

Nous devons tirer parti des technologies telles que la chaîne de blocs afin de rendre nos systèmes agroalimentaires plus efficaces, plus inclusifs, plus résilients et plus durables. ©Vecteezy.com

04/08/2022

Si nous voulons nourrir davantage de personnes sans aggraver la crise climatique, nous avons besoin de toute urgence de systèmes agroalimentaires plus efficaces, plus inclusifs, plus résilients et plus durables.

L’un des moyens d’atteindre un objectif aussi ambitieux est de tirer parti du potentiel des technologies modernes et novatrices. Parmi toutes les technologies qui ont vu le jour, celle de la chaîne de blocs est très prometteuse.

Apparue en 2009, cette technologie sur laquelle se fonde la monnaie virtuelle Bitcoin est assimilable à une base de données partagée et décentralisée. Cependant, à la différence des bases de données classiques, elle utilise un grand livre numérique qui est simultanément reproduit et distribué à travers un réseau de nœuds sur des ordinateurs ou des serveurs. Quand de nouvelles données arrivent, celles-ci sont intégrées à un nouveau bloc. Une fois qu’un bloc est plein, il est relié au bloc qui le précède et les données qu’il contient sont verrouillées.

Cette technologie des grands livres distribués comporte deux avantages majeurs. Premièrement, les données enregistrées sont immuables étant donné qu’elles sont pratiquement impossibles à modifier ou à pirater. Deuxièmement, la nature décentralisée du réseau signifie qu’aucun individu ni groupe ne contrôle les données, ce qui réduit le risque de fraude.

Ces avantages dépassent largement le domaine des monnaies virtuelles. S’agissant de produire de la nourriture pour les êtres humains, des aliments pour le bétail ou du bois d’œuvre pour les maisons, la traçabilité et la transparence nous permettent de savoir que des produits sont issus d’une source sûre ou qu’un matériau provient d’un fournisseur adoptant une approche durable. Elles améliorent ainsi la sécurité sanitaire des aliments et simplifient les rappels de produit. La chaîne de blocs peut également faciliter le commerce et conférer une plus grande sécurité juridique aux régimes fonciers.

La traçabilité et la transparence sont aussi cruciales pour le suivi des objectifs climatiques et des mesures d’adaptation et d’atténuation y afférentes. Par exemple, une comptabilisation du carbone améliorée grâce à la technologie de la chaîne de blocs peut aider les pays à respecter leur engagement qui consiste à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre conformément à l’accord de Paris, adopté en 2015 lors de la vingt et unième session de la Conférence des Parties (COP21) à la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques.

S’agissant de produire de la nourriture pour les êtres humains, des aliments pour le bétail ou du bois d’œuvre pour les maisons, la traçabilité et la transparence garanties par la chaîne de blocs nous permettent d’être certains que des denrées sont issues d’une source sûre ou qu’un matériau provient d’un fournisseur adoptant une approche durable. À gauche: ©FAO/Ishara Kodikara. À droite: © FAO/Brent Stirton/Getty Images pour la FAO, le Centre de recherche forestière internationale (CIFOR), le Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (CIRAD) et la Société pour la conservation de la faune sauvage.

La chaîne de blocs: exemple d’application dans les chaînes de valeur agroalimentaires

Comment cela fonctionnerait-il concrètement? Prenons l’exemple fictif d’un forestier:

  • Ce forestier vend du bois d’œuvre. Un institut forestier confirme que cette exploitation forestière est légale et indique les coordonnées géographiques de celle-ci. Ces informations sont versées dans un premier bloc.
  • La Plateforme géospatiale de l’Initiative Main dans la main de la FAO, système d’information géographique qui fournit des données riches et partageables, pourrait être utilisée pour valider la déclaration précédente. Cette validation est intégrée dans un deuxième bloc.
  • Le ministère habilité confirme la légalité de la coupe du bois d’œuvre en question: troisième bloc.
  • Un autre institut indépendant confirme lui aussi la légalité de la coupe de ce bois d’œuvre: dernier bloc.

Dans cet exemple, la chaîne de blocs contient toutes les informations nécessaires pour qu’un grossiste puisse vérifier l’origine et la légalité du bois d’œuvre.

Une application similaire est à l’étude pour évaluer le risque de travail des enfants dans la production de barres chocolatées. Dans ce scénario, le consommateur final disposerait de garanties supplémentaires sur ce risque en obtenant les informations pertinentes, vérifiables de manière indépendante par une source tierce, grâce au code QR imprimé sur l’étiquette du produit.

N’importe quel produit pourrait théoriquement être représenté par un jeton non fongible (NFT), qui peut être relié à des objets numériques ou réels, et intégré à une chaîne de blocs, ce qui permettrait de retrouver son origine et de retracer son parcours jusqu’au consommateur. Il existe d’ores et déjà plusieurs pratiques de boisement où chaque nouvel arbre est associé à un NFT, ce qui permet de lutter contre l’écoblanchiment et de garantir la survie de l’arbre (laquelle peut être confirmée en continu au moyen d’images obtenues par satellite).

La FAO et l’Unité internationale des télécommunications ont œuvré à la mise en place d’un système pilote de grands livres distribués, basé sur la chaîne de blocs. Celui-ci permet de suivre le bétail; les consommateurs peuvent ainsi vérifier l’origine de la viande de porc et acheter en toute confiance. ©FAO/Gerard Sylvester

Et quoi d’autre?

La FAO veille principalement à ce que des données de qualité existent pour assurer la transparence, la traçabilité et la durabilité de chaque denrée alimentaire.

On peut trouver un exemple concret du travail accompli par la FAO dans ce domaine en Papouasie-Nouvelle-Guinée. La hausse de la demande mondiale de viande de porc offrait à ce pays de nouvelles possibilités d’exportation, mais uniquement si les éleveurs étaient en mesure de prouver la qualité de leurs produits. Avec l’aide de l’Unité internationale des télécommunications, la FAO a œuvré à la mise en place d’un système pilote de grands livres distribués, basé sur la chaîne de blocs. Celui-ci permet de suivre le bétail; les consommateurs peuvent ainsi vérifier l’origine de la viande de porc et acheter en toute confiance.

En utilisant des étiquettes d’identification par radiofréquences et une application pour smartphone, les éleveurs ont conservé des traces numériques de leur mode d’élevage qui prouvaient, par exemple, que les porcs avaient été nourris avec des patates douces ou qu’ils avaient reçu les vaccins appropriés. Grâce à cet historique numérique, les consommateurs étaient certains de la qualité du produit, tandis que les éleveurs gagnaient un retour sur investissement plus équitable.

Le système a été expérimenté dans la province de Jiwaka, et la FAO étudie la possibilité de l’étendre à d’autres régions.

Par ailleurs, la FAO coopère actuellement avec l’Université de Wageningue, aux Pays-Bas, afin d’étudier d’autres utilisations possibles de la chaîne de blocs, par exemple pour surveiller les risques de travail des enfants et la gestion forestière.

La chaîne de blocs est une technologie encore balbutiante qui comporte ses propres défauts, notamment s’agissant des grandes quantités d’énergie consommées par la technologie sous-jacente. Mais elle recèle aussi un immense potentiel, par exemple en créant les conditions qui permettront un jour aux producteurs de satisfaire à des normes internationales relatives à l’exportation du bétail.

Ces technologies jouent un rôle crucial dans la transformation de nos systèmes agroalimentaires pour un avenir meilleur.


Pour en savoir plus

2. Zero hunger, 9. Industry innovation and infrastructure, 12. Responsible consumption and production