Une muraille qui contribue à la restauration des terres et à l’autonomisation des populations au Niger


Grâce aux activité menées dans le cadre de l’initiative Grande muraille verte, les écosystèmes aux abords de la commune urbaine de Kollo reprennent vie.

En l’espace de deux décennies, Dandakoye a assisté à la dégradation complète des terres qui entouraient son village. La faune et la flore ont disparu. Lorsque le Mécanisme de restauration des forêts et des paysages de la FAO s’est déployé dans sa communauté, Dandakoye a pris la tête du comité chargé de mettre en place des solutions. ©FAO

07/11/2022

Âgé de 52 ans, marié et père de sept enfants, Dandakoye a été témoin de changements qui ont eu des effets dévastateurs sur les terres qui entourent Sakey Kouara Tegui, le village où il vit. Située dans l’ouest du Niger, cette localité est nichée dans le bassin versant du plateau de Gorou Tayya, dans la commune urbaine de Kollo.

Il y a près de 25 ans, la région abritait des territoires riches en forêts et en prairies. «Ce plateau, c’était l’âge d’or de l’abondance pour notre village. Comme tous les habitants de Sakey Kouara Tegui, j’y trouvais des fruits et des feuilles comestibles, du bois de chauffage et du bois d’œuvre, des œufs, de la gomme arabique et du gibier», se rappelle Dandakoye. À l’époque, la forêt abritait également des girafes, des antilopes, des pintades, des varans, des lièvres, des écureuils et une multitude d’oiseaux.

En quelques années à peine, les effets ravageurs du changement climatique et d’une activité humaine incontrôlée ont consumé les écosystèmes à la vitesse d’un feu de brousse, ne laissant plus à Dandakoye et aux autre villageois que des terres détériorées, dépourvues de toute flore et de toute faune. Et ce n’est pas tout: sans arbres ni plantes pour retenir les sols, le village a vu sa survie menacée encore davantage par le travail d’érosion de l’eau et du vent.

Ces changements ont conduit à une diminution catastrophique de la production agricole et animale. Préoccupé par la situation, Dandakoye abordait le sujet à chacune des réunions villageoises et communales, avec l’espoir qu’il finirait par trouver une solution pour inverser la tendance.

En 2018, le Mécanisme de restauration des forêts et des paysages de la FAO s’est déployé dans sa communauté, et l’engagement dont a toujours fait preuve Dandakoye pour tenter de trouver des solutions lui a valu d’être choisi pour diriger le comité de gestion.

L’équipe de la FAO a formé Dandakoye et les autres membres du comité à diverses techniques destinées à restaurer les terres, en leur apprenant notamment à creuser des fossés en forme de demi-lune dans le sol pour retenir l’eau de pluie, à faire des semis et à planter des arbres, et à gérer l’utilisation des ressources naturelles au sein de la communauté.

Ces activités s’inscrivent dans le contexte plus large de l’initiative Grande muraille verte, le programme phare du continent africain pour combattre le changement climatique et la désertification et lutter contre l’insécurité alimentaire et la pauvreté. Cette initiative viser à créer une mosaïque de paysages productifs à travers l’Afrique du Nord, le Sahel et la Corne de l’Afrique.

Guidés par les conseils de la FAO, les habitants ont appris différentes techniques pour remettre les terres en état. Ces techniques, comme celle consistant à creuser des demi-lunes dans le sol pour retenir l’eau de pluie, ont contribué à faire renaître la végétation et à ramener les animaux sauvages dans la région. À gauche/en haut: ©Artisan Prod. À droite/en bas: ©Souleymane Bokoye

Avant le début du projet de la FAO et des travaux de remise en état des terres, Dandakoye a effectué des campagnes d’information et de sensibilisation auprès des habitants du village pour leur faire prendre conscience de l’importance que revêtent les efforts de restauration des forêts et des paysages et mettre en avant les retombées positives qu’ils pourraient générer.

Il a ensuite mobilisé plus de 1 500 villageois qui ont accepté de prendre part aux activités de semis et de plantation organisées par la FAO dans le cadre d’un programme «espèces contre travail». En plus de semer des herbes fourragères, les participants ont planté des arbres, notamment des jujubiers, des baobabs, des palmiers, et des gommiers, dont les produits peuvent être utilisés et consommés par la population locale. Sous la direction de Dandakoye, ce sont au total 213 hectares qui ont pu être remis en état en 77 jours, les agriculteurs ayant obtenu environ 66 000 USD en guise de rémunération pour le travail effectué.

«Les hommes et les femmes de mon village sont heureux de retrousser leurs manches pour redonner vie au plateau, car ils savent tous les avantages qu’ils pourront en retirer lorsque la situation sera revenue à la normale», explique Dandakoye.

Des résultats extraordinaires

Grâce à tous ces efforts, le paysage se régénère progressivement avec le retour de la faune et de la flore.

Quand Dandakoye a vu réapparaître la vie sauvage, il ne pouvait pas en croire ses yeux. «Jamais je n’aurais imaginé avoir un jour la chance de revoir les splendeurs du passé», avoue Dandakoye, émerveillé par la verdure retrouvée du plateau, où les animaux, les arbres fruitiers et les plantes fourragères sont de nouveau présents en abondance. «Je l’apprécie encore plus qu’avant», ajoute-t-il.

Le comité de gestion a recruté un garde chargé d’assurer la sécurité du site et de le protéger contre les abattages illégaux d’arbres et les dégâts que pourraient causer certains animaux. Sous la supervision de Dandakoye, le garde procède tous les jours à l’aube à une inspection du site restauré, en prenant soin de contrôler le périmètre tout autour.

Les bénéfices tirés de la restauration du site sont répartis de manière équitable entre les membres de la communauté, ce qui a permis de mobiliser une large participation. ©Artisan Prod

Partage des avantages

La FAO a également dispensé une formation sur l’entretien à long terme du site restauré, ainsi que sur le mécanisme qui permet un partage équitable des avantages en découlant et qui contribue ainsi à stimuler la participation des membres de la communauté.

Les ressources tirées du site sont divisées en quatre: une partie est remise à la mairie de la commune urbaine de Kollo; une autre est allouée à l’entretien du site; une troisième partie sert à financer le fonctionnement du comité de gestion; et la dernière partie est versée à la population locale.

Les bénéfices générés grâce à la remise en état du site sont distribués de manière équitable entre toutes les parties prenantes de la communauté sans distinction, et Dandakoye veille à ce que cela se fasse de manière juste et transparente. «Cette approche a incité tous les membres du village à s’investir pour protéger et préserver le site, comme ils le font pour leurs champs ou leur bétail», explique-t-il.

Comme les autres habitants du village, Dandakoye a pu gagner de l’argent grâce à ces activités, ce qui lui a permis d’acheter de la nourriture et des vêtements pour sa famille et de payer les frais de scolarité et les fournitures scolaires de ses enfants. Outres les gains financiers, il partage aussi les denrées produites sur le site.

Dandakoye souhaite protéger le site et pérenniser les investissements en travaillant en étroite collaboration avec les autorités administratives locales, les chefs coutumiers et religieux et la commune urbaine de Kollo.

Compte tenu des avantages que procure la forêt restaurée, Dandakoye a l’intention d’utiliser tous les moyens à sa disposition pour entretenir et préserver cet espace au profit des générations actuelles et futures.

La FAO continue d’œuvrer aux côtés des populations locales du Niger et de la zone couverte par l’initiative Grande muraille verte, où vivent plus de 230 millions de personnes, pour remettre en état les terres dégradées et procurer un revenu aux habitants. Pour atteindre les objectifs visés par l’initiative, ce sont 10 millions d’hectares par an qui devront être restaurés d’ici à 2030. Grâce à la participation des communautés locales et aux investissements tant publics que privés, ce défi est à notre portée.


Pour en savoir plus

1. No poverty, 9. Industry innovation and infrastructure, 15. Life on land