De la peur au courage: les récolteuses d'huîtres gambiennes apprennent à nager
Le programme de natation conduit par FISH4ACP en Gambie permet aux femmes d'acquérir des compétences et une confiance en soi qui peuvent leur sauver la vie
Foni – En Gambie, les femmes ont longtemps pagayé dans des eaux dangereuses pour récolter des huîtres dans les mangroves sans savoir nager. Grâce à un programme de natation conduit par l’initiative mondiale de développement des chaînes de valeur aquatiques FISH4ACP, cette réalité est en passe de changer. En effet, un quart des récolteuses ont déjà été formées dans le pays, et leur nombre ne cesse de croître.
Pour atteindre les mangroves, les femmes naviguent à bord de petites pirogues en bois à travers les rivières et les criques, souvent sur de longues distances et à marée haute. Dans ces conditions difficiles, le risque de chavirer et la peur de se noyer qui en découle soumettent ces femmes à un stress considérable, ce qui les dissuade souvent d'initier une activité dans ce secteur ou d'y demeurer.
Les femmes représentent environ 90 pour cent de la main-d'œuvre ostréicole en Gambie. Pour beaucoup d'entre elles, la collecte d’huîtres est une source vitale de revenus pour leur famille et leur communauté. Ce moyen de subsistance dépend néanmoins de leur capacité à traverser les voies navigables en toute sécurité.
«Si on ne sait pas nager, on risque de se noyer, et même de mourir», explique Jarrah Sanyang, une récolteuse d'huîtres.
C'est là où intervient FISH4ACP, une initiative de l'Organisation des États d'Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (OEACP) mise en œuvre par la FAO et financée par l'Union européenne (UE) et le Ministère fédéral allemand de la coopération économique et du développement (BMZ), qui vise à accroître la productivité et la durabilité du secteur ostréicole.
En 2024, cette initiative a lancé un programme de natation pour donner aux récolteuses les compétences et la confiance nécessaires pour sauver des vies. Dirigé par la marine gambienne avec le soutien de l'association de femmes ostréicoles TRY et du Ministère de la pêche, des ressources en eau et des questions relatives à l'assemblée nationale, le programme a jusqu'à présent atteint 240 femmes issues de plus de 20 communautés dans le cadre de quatre sessions de formation de six semaines.
Ces femmes ont appris des notions élémentaires telles que la flottaison, la respiration contrôlée, les mouvements de nage, les signaux de détresse et les premiers secours. Les leçons enseignaient aussi à réagir efficacement en cas d'incident, améliorant ainsi leur santé mentale et leur confiance en elles.
«La récolte des huîtres est un travail difficile qui exige de passer de longues heures dans les rivières et les mangroves, souvent dans des conditions difficiles», a déclaré Moshibudi Rampedi, représentante de la FAO en Gambie, en applaudissant l'engagement des participantes lors d'une récente cérémonie célébrant la fin de deux sessions de formation destinées à 120 femmes. «Apprendre à nager à l'âge adulte demande de la patience, de la concentration et de la confiance», a-t-elle ajouté.
«Nous sommes très heureuses de ce programme de natation», a déclaré Isatou Kasseh Daffeh, ostréicultrice. «Cette initiative protège les femmes et favorise leur développement et leur santé. Maintenant, en entrant dans l'eau, nous ne risquons plus de mourir, car nous avons appris à nager».
Au-delà du danger physique, le fait de ne pas savoir nager illustre les obstacles structurels plus profonds auxquels se heurtent les femmes dans le secteur, limitant leur confiance, leur mobilité et leur sentiment de maîtrise de leur propre sécurité. En comblant ce déficit, le programme réduit les risques auxquels elles sont exposées et renforce activement leur participation et leur autonomie dans la chaîne de valeur des huîtres.
Pour de nombreuses participantes, le programme a marqué une étape décisive, les aidant à surmonter leur peur et à faire preuve de courage. Ce qui était au départ une intervention de sécurité est devenu un outil d'autonomisation des femmes, leur permettant de s'engager dans leur activité avec une fierté et une détermination renouvelées.
À mesure que le programme s'étendra à d'autres villages gambiens au cours du printemps et dans le cadre du nouveau programme de natation que FISH4ACP lancera bientôt au Sénégal, d'autres femmes auront la possibilité d'acquérir des compétences qui pourraient un jour leur sauver la vie et les aideront à retourner au travail avec plus de confiance, de sécurité et de tranquillité d'esprit.



