1. GÉNÉRALITÉS

1.0 Les précipitations

L'eau douce provient des précipitations, lesquelles varient selon l'emplacement géographique et le climat. Géographie et climat influent tous deux sur l'époque et le volume des précipitations, qui peuvent être soit concentrées en quelques mois, soit réparties sur toute l'année.

 



En région subtropicale, par exemple dans les zones de savane africaine et dans celles d'Asie soumises au régime des moussons, les pluies sont en général concentrées en une seule saison.

En région équatoriale, c'est-à-dire dans les zones de forêt humide d'Afrique, d'Extrême-Orient et d'Amérique du Sud, les pluies sont généralement mieux réparties sur toute l'année, avec une ou deux saisons pluvieuses particulièrement fortes.

   


1.1 Infiltration et ruissellement des eaux de pluie

L'eau de pluie qui tombe sur la surface du sol s'y infiltre ou ruisselle superficiellement. Une partie de l'eau qui s'infiltre dans le sol est absorbée par les couches superficielles, une autre s'enfonce dans les couches plus profondes. L'eau qui ne peut pas s'infiltrer ruisselle sur la surface du sol.

Le degré d'infiltration ou de ruissellement des eaux de pluie dépend de la perméabilité du sol en surface, de la présence de végétation et de la topographie des lieux.



Perméabilité du sol superficiel

Plus la surface du sol est perméable, plus l'eau de pluie s'infiltre facilement. Dans certains cas, la surface peut être complètement imperméable (par exemple, quand le sol est rocheux) et l'eau de pluie ne s'infiltre pas du tout: elle ruisselle.

 



Intensité des chutes de pluie

Par pluie peu intense, il y a peu de ruissellement et davantage d'infiltration.

 

Par forte pluie, il y a plus de ruissellement et moins d'infiltration.
     
 
     
Si les précipitations ne dépassent pas la quantité que le sol peut absorber, elles s'infiltrent en totalité: il n'y a pas de ruissellement.    


Présence de végétation

Par forte pluie la présence de végétation influe beaucoup sur l'infiltration. Les branches d'arbres et les feuilles atténuent l'inténsité de la pluie ou en ralentissent l'impact, permettant à l'eau de mieux s'infiltrer dans le sol. Plus il y a de végétation, moins il y a de ruissellement.

 



Topographie locale

Lorsque la pluie tombe en terrain plat, là où le sol ne permet pas à toute l'eau de s'infiltrer immédiatement, il se forme des mares. Avec le temps, une partie de l'eau des mares s'infiltre lentement, tandis que celle qui ne s'infiltre pas s'évapore.

 

Quand la pluie tombe sur un terrain en pente et qu'elle ne s'infiltre pas immédiatement, l'eau s'écoule le long de la pente et forme des ruisseaux dans les vallées.
     
 


1.2 Que devient l'eau d'infiltration dans le sol?

L'eau qui s'infiltre peut, dans une certaine mesure, être absorbée par le sol, selon son épaisseur et sa composition. Plus il contient d'argile, plus il peut retenir d'eau. Mais l'argile n'absorbe pas l'eau rapidement.



Rappelez-vous: l'eau pénètre lentement dans les sols argileux, mais ceux- ci peuvent en retenir davantage que les sols sableux. L'eau pénètre rapidement dans les sols sableux, mais ils la retiennent moins que les sols argileux.

     
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L'eau absorbée par le sol est en partie utilisée par les plantes et s'évapore en partie à la surface. L'eau qui n'a pas été absorbée continue à s'infiltrer vers le sous-sol: la rapidité et la profondeur de cette infiltration dépendent de la composition, de la structure et des couches du sous-sol, ainsi que de la structure des formations rocheuses sous-jacentes. La profondeur à laquelle on trouve l'eau dans le sol varie donc de quelques centimètres à plusieurs mètres.

 


Lorsque les formations rocheuses sous-jacentes sont poreuses, l'eau peut s'infiltrer à grande profondeur. Il est alors difficile de l'atteindre.


Lorsque les formations rocheuses sous-jacentes sont imperméables, l'eau ne peut pas s'infiltrer profondément. Elle s'accumule au-dessus de la roche et il est plus facile d'y accéder.



L'eau qui n'a pas été absorbée par le sol est l'eau souterraine. Le niveau auquel on la trouve est la nappe phréatique. Quand celle-ci est suffisamment élevée pour émerger dans les basses terres, il se forme un marais, un lac ou un cours d'eau (voir paragraphe 15).

 



1.3 Sources et puits fournissent l'eau d'infiltration

Lorsque l'eau souterraine présente sur une roche imperméable pénètre dans une couche de terrain perméable, de sable ou de gravier par exemple, elle commence à s'y infiltrer. On appelle alors cette couche de terrain riche en eau, une couche aquifère. Lorsque celle-ci arrive à la surface du sol, l'eau qu'elle porte s'écoule: c'est une source.

 


La période durant laquelle l'eau d'une source coule peut varier, car la circulation de l'eau dans une couche aquifère est plus ou moins rapide selon la topographie. Le volume et la périodicité de l'écoulement dépendent aussi de l'importance des précipitations et de leur répartition dans l'année, ainsi que de la superficie du périmètre qui alimente la source en eaux de pluie.

Lorsqu'une couche aquifère est proche de la surface du sol sans toutefois l'atteindre, on peut parfois trouver l'eau en creusant un trou. C'est un puits.

 


Lorsqu'une couche aquifère est éloignée de la surface du sol, à une profondeur difficile à atteindre par excavation, on peut parfois trouver l'eau par forage.

 


Lorsqu'une couche aquifère est emprisonnée entre deux couches imperméables qui, par suite de la topographie, plongent dans le sous- sol, son eau suit la pente et elle est soumise à pression. Plus l'eau emprisonnée descend dans le sous-sol, plus la pression augmente.

Si la couche supérieure imperméable se fracture naturellement, l'eau sous pression s'élève vers la surface du sol et, si la pression est assez forte pour percer celle-ci, l'eau jaillit. C'est une source artésienne. Si la pression n'est pas suffisante et que l'eau demeure au-dessous de la surface du sol, il est parfois possible de l'atteindre en creusant ou en forant un trou. C'est un puits artésien.

 



1.4 Que devient l'eau de ruissellement?

Sur les terrains en pente, l'eau s'écoule en surface vers les plaines adjacentes en contre-bas. L'eau souterraine en excès dans le sol tend aussi à s'écouler vers les plaines. Si la hauteur d'eau dans le sol est suffisamment élevée, le ruissellement conflue au-dessus du sol. On a alors une nappe phréatique qui émerge au-dessus de la surface.

 





1.5 Marais, lacs et cours d'eau fournissent l'eau de ruissellement

Lorsque les eaux de ruissellement se rassemblent dans les plaines n'ayant que peu ou pas de drainage naturel, ni peu ou pas de pente, il se forme un marais ou un lac.

  Lorsque les eaux se rassemblent dans des plaines bien drainées naturellement et en pente, il se forme un cours d'eau.
     

 


L'effet des eaux d'infiltration sur les plans d'eau en surface est progressif et difficile à détecter.

 

En revanche, l'effet des eaux de ruissellement sur les plans d'eau en surface est plus perceptible. Immédiatement après un orage, par exemple, le niveau des marais, lacs et cours d'eau peut monter rapidement.

     


1.6 Bassins versants et réseaux hydrographiques

Les cours d'eau sont alimentés par l'infiltration des eaux souterraines et par le ruissellement superficiel s'écoulant sur les pentes adjacentes vers le lit principal. L'ensemble du périmètre qui alimente un cours d'eau est son bassin versant.

Le bassin versant d'un cours d'eau est délimité par les crêtes des collines avoisinantes. La pluie qui tombe d'un côté ou de l'autre d'une même crête s'écoulera dans l'une ou l'autre vallée.


Au fur et à mesure de son écoulement, une rivière peut se joindre à d'autres venant de vallées adjacentes et former ainsi un réseau hydrographique. Ces rivières grossissent en même temps que le réseau se développe et peuvent alors devenir des fleuves.

Le volume d'eau disponible en un point donné du réseau hydrographique est la résultante des eaux fournies par tous les bassins versants situés en amont de ce point. Lorsqu'on choisit un emplacement, par exemple pour y construire un barrage, son déplacement sur une très courte distance en amont ou en aval peut beaucoup influer sur le volume d'eau disponible.

   

Exemple






1.7 Besoins en eau d'un étang piscicole

Pour un étang piscicole, il faut au départ la quantité d'eau voulue pour le remplir, c'est-à-dire une quantité égale au volume qu'il doit avoir.

 

     

L'étang une fois rempli, il y a des pertes d'eau par infiltration dans le sol, à travers le fond et les berges, ainsi que par le système de vidange. Les pertes d'eau de ce genre sont des infiltrations.

 

     

Après remplissage, il se produit aussi des pertes par évaporation: l'eau s'évapore dans l'air à la surface de l'étang pour former de la vapeur d'eau. L'évaporation est d'autant plus grande que la température de l'air s'élève, que les vents soufflent davantage et que l'air est plus sec.

La quantité d'eau nécessaire au total pour la pisciculture peut se calculer en additionnant:

  • le volume de l'étang au début de la période d'élevage des poissons;
  • les pertes par infiltration pendant toute la période d'élevage des poissons;
  • les pertes par évaporation pendant toute la période d'élevage des poissons.
 



1.8 Alimentation en eau d'un étang piscicole

Il vous faut assez d'eau pour remplir votre étang dans des délais raisonnables, pour compenser les pertes par- évaporation et par infiltration tout au long de la période de croissance des poissons, et enfin pour que vous puissiez exploiter l'étang d'une façon continue au cours de l'année.

   


La nappe phréatique comme source d'eau

Il vaut mieux éviter de vous fier au niveau naturel de l'eau pour remplir votre étang. Selon l'emplacement, le niveau de la nappe phréatique tend à varier considérablement d'une saison à l'autre. D'où des difficultés pour régulariser le niveau d'eau de l'étang, pour exploiter celui-ci et pour récolter les poissons.

   
     

En saison sèche, quand le niveau de la nappe phréatique est bas, il peut descendre au-dessous de celui du fond de l'étang: vous n'aurez donc pas d'eau pour le remplir, ni pour remplacer les pertes par évaporation et par infiltration.

 

En saison des pluies, quand le niveau de la nappe phréatique est haut, vous ne pourrez pas vidanger votre étang, par exemple au moment où vous voudrez récolter le poisson.

     

 



Autres moyens d'alimentation en eau: sources, rivières et fleuves

Là où c'est possible, il est préférable de construire votre étang bien au- dessus du niveau maximal saisonnier de la nappe phréatique et de choisir une autre source d'eau.

Si vous construisez votre étang à un niveau supérieur à celui de la nappe phréatique, vous devrez amener l'eau d'un endroit situé plus haut que l'étang. Selon les ressources en eau disponibles, vous pouvez opter pour une source, une rivière ou un fleuve.

Une fois choisi votre moyen d'alimentation, il vous faut estimer quelle quantité d'eau il peut vous apporter à diverses époques de l'année. Vous devez mesurer le débit en eau.

 



Mesure du débit

En appliquant la méthode décrite au paragraphe 31, calculez approximativement le débit à différentes périodes de l'année. Si vous trouvez que la quantité d'eau disponible semble supérieure aux besoins de l'étang que vous vous proposez de construire, aucune autre mesure de débit n'est nécessaire.



Si vous trouvez que la quantité d'eau disponible semble très voisine de vos besoins, il vaut mieux procéder à des calculs plus précis. Pour cela, au moyen des méthodes décrites aux paragraphes 32 à 36, mesurez de nouveau le débit à différentes périodes de l'année. Vous devez vous assurer qu'il y aura suffisamment d'eau pour remplir votre étang et l'exploiter toute l'année.


Si les variations du débit de votre source d'alimentation sont telles, tout au long de l'année, qu'il vous est difficile de déterminer avec précision le débit disponible, vous pouvez juger bon d'en faire un relevé annuel.

En vous servant d'une des méthodes plus précises décrites aux paragraphes 32 à 36, mesurez le débit au moins une fois par mois pendant un an. Faites vos mesures au même moment chaque mois et chaque fois au même endroit de la source ou du cours d'eau. Inscrivez soigneusement vos mesures, dont la série vous permettra de mieux préparer vos opérations de pisciculture.

 



Quand faut-il construire une retenue?

Si, ayant fait vos mesures précises du débit, vous constatez qu'il y a trop peu d'eau à certaines époques de l'année pour satisfaire vos besoins, mais que le débit total annuel est suffisant pour alimenter votre étang, vous pouvez juger bon de construire une retenue.

Avec cette retenue, vous pouvez stocker l'eau au moment où elle est disponible et l'utiliser quand vous en avez besoin en saison sèche. Pour emmagasiner ainsi l'eau, choisir l'emplacement de la retenue et en estimer la capacité, voir la section 4 du présent manuel.

 


     

Note: vous constaterez peut-être que la source d'alimentation existante ne fournit pas suffisamment d'eau pour que vous puissiez exploiter votre étang toute l'année. Pendant la saison où elle ne vous en donne pas assez pour la pisciculture, vous pouvez utiliser le fond de l'étang en le mettant en culture.

 

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