En Haïti, la faim vient d’atteindre un nouveau sommet historique : près d’un haïtien sur deux est en situation d’insécurité alimentaire aiguë
PORT-AU-PRINCE, 2 octobre 2024 – Haïti vient de franchir un nouveau pic sur l’échelle de l’insécurité alimentaire
Le nombre de personnes confrontées à la faim aiguë atteint presque la moitié de la population, selon la dernière analyse du Cadre Intégré de Classification de la Sécurité Alimentaire (IPC).
Alors que le pays continue de faire face à une crise sécuritaire, 5,4 millions d’haïtiens luttent quotidiennement pour se nourrir, représentant donc l’une des proportions les plus élevées de personnes en situation d'insécurité alimentaire aiguë dans une crise alimentaire mondiale. Parmi elles, deux millions de personnes sont confrontées à des niveaux d’Urgence alimentaire (Phase 4 de l’IPC), faisant donc face à des problèmes de production, de pénuries alimentaires extrêmes, à la malnutrition aiguë et à des niveaux élevés de maladies causées par un apport nutritionnel insuffisant.
Selon le dernier rapport du Cadre Intégré de Classification de la Sécurité Alimentaire (IPC), plus de 5,600 Personnes déplacées internes (PDI), vivant dans des abris provisoires dans la capitale haïtienne après avoir fui leurs foyers, font désormais face à des niveaux catastrophiques d'insécurité alimentaire (Phase 5 de l'IPC). Cela signifie que ces personnes sont confrontées à des situations de faim et à des niveaux extrêmement critiques de malnutrition aiguë, ce qui pourrait conduire à un risque de mort à court terme.
Ce dernier rapport couvrant la période d'août 2024 à février 2025, a été publié par la Coordination Nationale de la Sécurité Alimentaire (CNSA) d'Haïti, l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) et le Programme alimentaire mondial (PAM). Il fournit une échelle commune pour mesurer la gravité et l'ampleur de l’insécurité alimentaire aiguë.
Depuis sa création en 1996, la CNSA constitue l'institution haïtienne de référence en matière de sécurité alimentaire. Sa mission consiste à influencer les politiques publiques destinées à améliorer de façon durable les conditions de sécurité alimentaire de la population haïtienne. Depuis plusieurs années, de concert avec des partenaires et acteurs locaux et globaux, la CNSA conduit l’analyse et la mise à jour annuelles de l'IPC.
"Haïti est dans une course contre la montre face à la détérioration de la sécurité alimentaire. Il est temps de saisir l’opportunité de fournir autant d’aide que possible pour inverser la tendance. Avec des ressources supplémentaires, le PAM peut intensifier sa réponse pour assister les personnes les plus dans le besoin, le plus rapidement possible. Il ne peut y avoir de paix quand la moitié de la population est affamée", a déclaré Wanja Kaaria, Représentante et Directrice Pays du PAM en Haïti.
Les agences humanitaires alimentaires onusiennes et les ONG en Haïti affichent un déficit de 230 millions de dollars pour mettre en œuvre leurs programmes jusqu’à la fin de l’année – tandis que les familles déplacées en raison de la montée de la violence cette année constituent la frange la plus vulnérable face à l’insécurité alimentaire grandissante.
"Plus de 75 % des personnes les plus touchées par l'insécurité alimentaire en Haïti vivent dans les zones rurales. Fournir aux ménages touchés par la crise un appui à la production alimentaire d'urgence est une solution rentable qui leur permet de produire rapidement leur propre nourriture et d'assurer leur autosuffisance. Pour ce faire, il est plus qu’urgent pour la FAO d’avoir un financement adéquat pour répondre aux besoins de production alimentaire d’urgence. Tout retard ne fera qu'augmenter les coûts de la réponse et exacerber la crise.", a déclaré Pierre Vauthier, Représentant de la FAO en Haïti.
Le PAM a assisté 1,35 million de personnes à travers le pays en 2024, notamment par le biais de l’aide d’urgence, des repas scolaires, de la protection sociale et des activités de résilience. Les familles avec des femmes enceintes/allaitantes et/ou des enfants de moins de cinq ans de cette cohorte reçoivent un soutien supplémentaire pour prévenir la malnutrition. Avec des ressources supplémentaires, le PAM sera prêt à intensifier l'aide alimentaire d'urgence.
La FAO prévoit de soutenir les ménages vulnérables par la fourniture de transferts monétaires ainsi que de kits de production alimentaire en ciblant les populations touchées par la crise, urbaines, périurbaines et rurales de la zone métropolitaine de Port-au-Prince et des départements de la Grand’Anse et des Nippes. Avec les kits nécessaires, un agriculteur peut produire des légumes nutritifs en seulement quelques semaines, d'une valeur près de 14 fois supérieure au coût du kit agricole fourni. La FAO a besoin de toute urgence de fonds pour intensifier sa réponse et atteindre les populations les plus en insécurité alimentaire.
