Protection sociale pour la pêche et l'aquaculture (SocPro4Fish)

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Qu’est-ce que la protection sociale ?

La protection sociale est un ensemble d’interventions visant à réduire les risques et vulnérabilités d’ordre social et économique, tout en atténuant la pauvreté extrême et la privation (FAO, 2017). À travers les régions, les études montrent clairement que les programmes de protection sociale ont des effets positifs sur la sécurité alimentaire, la nutrition et le développement du capital humain (FAO, 2015). Les initiatives de protection sociale sont reconnues pour renforcer la capacité économique et productive, même des communautés les plus pauvres et marginalisées. Elles doivent donc être considérées comme un élément essentiel d’un agenda plus large de développement rural. Les études montrent que la protection sociale aide les petits exploitants agricoles à surmonter les obstacles liés aux marchés et aux institutions, freinant leur développement. Lorsqu’ils sont conçus pour répondre aux chocs, ces programmes soutiennent également la gestion des risques de catastrophe, l’adaptation au changement climatique et la réponse à d’autres crises.


L’alignement de la protection sociale avec la gestion des ressources naturelles peut favoriser une pêche plus durable et contribuer à la réduction de la pauvreté. Elle permet aussi de maintenir les enfants à l’école et de réduire le travail des enfants, comme le souligne un rapport conjoint de l’OIT et de l’UNICEF. Au Brésil, le programme Seguro Defeso a permis d’accroître la scolarisation et d’améliorer les perspectives d’emploi futur des enfants, illustrant ainsi comment la protection sociale peut créer des opportunités intergénérationnelles.

La protection sociale s’appuie sur trois types de programmes pour atteindre les objectifs mentionnés ci-dessus et pour protéger, prévenir, promouvoir et transformer les moyens d’existence, en particulier ceux des populations pauvres et vulnérables :

  1. L’assistance sociale : elle consiste en des transferts en espèces ou en nature, ainsi qu’en des services destinés à soutenir et à autonomiser les personnes pauvres ;

  2. La sécurité sociale : il s’agit de programmes contributifs visant à protéger les individus contre les pertes financières potentielles liées aux événements du cycle de vie (grossesse, vieillesse), aux risques pour les moyens d’existence (chômage, maladie) ou aux chocs (par exemple, ouragans, inondations, crises économiques) ;

  3. Les interventions sur le marché du travail : ce sont des mesures de protection destinées à la population en âge de travailler, qui visent à améliorer les opportunités d’emploi, renforcer les compétences des travailleurs et offrir un appui aux moyens de subsistance.

Le cadre de protection sociale de la FAO
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Renforcer la couverture et l’adéquation de la protection sociale adaptative

Les travaux menés s’inscrivent dans une démarche visant à renforcer les capacités institutionnelles en matière de mise en œuvre, d’harmonisation et de suivi des politiques, stratégies et programmes de protection sociale au niveau national.

Objectifs de la protection sociale dans le secteur des pêches et de l’aquaculture

Des efforts sont déployés dans plusieurs régions, en s’appuyant sur les travaux en cours menés en partenariat avec les gouvernements nationaux, afin de produire des données probantes sur la protection sociale dans le secteur des pêches et de l’aquaculture. La production de ces données est essentielle pour étendre la portée géographique et améliorer l’adéquation des programmes de protection sociale à destination des pêcheurs, aquaculteurs et travailleurs de la pêche.

Ces initiatives permettent également d’évaluer, de suivre et de concevoir des politiques et des programmes plus efficaces pour surmonter les principaux obstacles à l’accès, notamment la problématique de l’informalité, l’enregistrement des bénéficiaires, leur capacité contributive et l’efficacité des chaînes de prestation. La cohérence entre les politiques de protection sociale et la gestion des pêches est déterminante pour répondre aux besoins diversifiés des femmes et des hommes du secteur, tout en favorisant la gestion durable des ressources.

Les efforts actuels se concentrent sur des pays tels que la Colombie, le Paraguay, la Tunisie, le Cap-Vert et la République dominicaine, afin de renforcer leurs capacités à étendre la protection sociale aux pêcheurs et travailleurs de la pêche, dans une optique d’effet catalyseur et de capitalisation d’enseignements pour un passage à l’échelle dans d’autres pays.

Des leçons sont tirées et partagées sur la manière dont la protection sociale peut contribuer à sortir les pêcheurs de la pauvreté, aujourd’hui et pour les générations futures, renforcer la sécurité alimentaire, et les connecter aux marchés institutionnels. Par exemple, les programmes d’achats publics créent une demande stable en s’approvisionnant auprès des petits pêcheurs pour les cantines scolaires et autres initiatives publiques. Cela permet non seulement d’augmenter les revenus, mais aussi d’améliorer la nutrition locale.

La protection sociale contribue également à renforcer la résilience en liant les registres sociaux aux systèmes d’alerte précoce, ce qui permet d’apporter un soutien rapide avant que les catastrophes ne surviennent. Par ailleurs, les allocations de chômage pendant les périodes d’interdiction de pêche aident les pêcheurs à faire face aux interruptions saisonnières de revenus tout en soutenant la gestion durable des ressources.

Une base de données mondiale est en cours d’élaboration afin d’évaluer les régimes de protection sociale dans le secteur des pêches et de l’aquaculture. Elle met l’accent sur les politiques nationales et infranationales ciblant les pêcheurs et travailleurs de la pêche, y compris les régimes universels et sectoriels. Ce processus a été mené dans 43 pays, notamment ceux participant à l’initiative Protection sociale pour les pêches et l’aquaculture (SOCPRO4FISH) (Colombie, Paraguay et Tunisie), certains pays de la région CGPM (Albanie, Algérie, Égypte, Maroc et Liban), ainsi que des petits États insulaires en développement (PEID) des régions de l’Atlantique, de l’océan Indien, de la Méditerranée, de la mer de Chine méridionale, des Caraïbes et du Pacifique.

L’objectif global est de favoriser l’inclusion économique et de renforcer la résilience et la sécurité des moyens de subsistance des pêcheurs et travailleurs de la pêche afin qu’ils puissent mieux faire face aux chocs et aux impacts à la fois macroéconomiques et microéconomiques. Cela passe par une meilleure compréhension des contextes nationaux, la réduction des obstacles à l’accès à la protection sociale (universelle et sectorielle), et la promotion des opportunités économiques et d’une gestion durable des ressources grâce à des synergies intersectorielles dans les régions ciblées.

 

Domaines d’intervention

Appui aux politiques fondé sur des données concrètes
Les politiques sont élaborées sur la base d’analyses des cadres favorables qui établissent des liens entre la protection sociale et les politiques halieutiques, des programmes sectoriels, ainsi que de l’évaluation des vulnérabilités, des aléas et des impacts de chocs covariants à l’échelle nationale et locale.

Développement d’outils techniques
Des outils sont conçus pour renforcer la capacité des pêcheurs et des acteurs de l’aquaculture à répondre aux chocs covariants liés aux catastrophes climatiques, sanitaires, socio-économiques et environnementales affectant leurs moyens de subsistance.

Renforcement des mécanismes informels
Un appui est apporté aux prestataires et mécanismes informels de protection sociale afin d’améliorer la résilience des ménages de pêcheurs face aux chocs covariants.

Renforcement des capacités, échange de connaissances et diffusion
Les enseignements tirés sont partagés à travers des initiatives de coopération Sud-Sud et triangulaire, en vue de renforcer la portée et la réactivité des programmes de protection sociale dans le secteur des pêches face aux chocs covariants.

Résultat attendu
Les capacités institutionnelles sont renforcées pour mettre en œuvre, suivre et étendre les programmes de protection sociale, y compris ceux sensibles aux chocs et au genre, à destination des pêcheurs, travailleurs de la pêche et aquaculteurs.

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Que fait-on concrètement ?

Des efforts ont permis d'identifier des opportunités spécifiques pour des processus potentiels ou en cours dans le domaine de la protection sociale dans le secteur de la pêche et de l'aquaculture. Grâce à des partenariats avec les gouvernements, ces initiatives se déploient dans plusieurs régions, notamment en Colombie, au Paraguay et en Tunisie, dans le cadre du projet SocPro4Fish financé par la Norvège. De nouvelles activités sont également en cours de développement en Colombie, grâce à SIDA, en Tunisie avec le soutien de l'Aquarium de Monterey Bay, et au Cap-Vert et en République dominicaine grâce à la Contribution Volontaire Flexible de la FAO.

Dans ces pays, les activités suivantes sont mises en œuvre :

  • Réaliser des études législatives, politiques et institutionnelles ainsi que des évaluations sur la protection sociale sensible au genre pour les pêcheurs, les travailleurs de la pêche et les aquaculteurs.

  • Mener une analyse des vulnérabilités et des risques des petits pêcheurs, travailleurs de la pêche et aquaculteurs, ainsi qu'une évaluation des impacts socio-économiques sur les pêches à petite échelle, y compris une analyse des réponses et des lacunes en matière de protection sociale, avec la collecte de données ventilées par sexe et par tranche d’âge.

  • Réaliser une analyse de faisabilité des produits de la pêche et des produits halieutiques dans les processus de commande publique.

  • Mener une évaluation mondiale des systèmes de protection sociale dans le secteur de la pêche et de la conformité avec les mécanismes de protection sociale stipulés par la Convention 188 de l’Organisation Internationale du Travail (OIT) et la Recommandation 202 de l’OIT relative aux plans de protection sociale.

  • Promouvoir un dialogue de haut niveau entre les ministères de la Pêche, les ministères de la Protection sociale, les ministères de l'Environnement, les ministères du Changement climatique et/ou d’autres ministères compétents.

De plus, les efforts se concentrent sur :

  • L’élaboration de feuilles de route au niveau national pour concevoir et mettre en œuvre des mécanismes de protection sociale, en cohérence avec les politiques et programmes de la pêche.

  • Le soutien à l'expansion des systèmes nationaux de protection sociale.

  • La conception d'une stratégie d'extension des fonds rotatifs dans les communautés aquacoles.

  • Le renforcement des capacités des organisations communautaires pour mettre en œuvre des fonds rotatifs dans le secteur, avec une attention particulière aux femmes et aux jeunes.

  • Le partage d’expériences et de politiques sur l’élargissement des programmes de protection sociale.

  • La diffusion des leçons apprises grâce à une stratégie de communication.

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