Accélérer l’action mondiale pour éliminer le travail des enfants dans le secteur des pêches et de l’aquaculture
©FAO/Lynn El Jbeily
À l’occasion de la Journée mondiale de l’alimentation, l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et l’Organisation internationale du Travail (OIT) ont lancé de nouvelles Directives politiques sur l’élimination du travail des enfants dans les pêches et l’aquaculture.
Cette publication entend aider les gouvernements, les employeurs, les travailleurs, la société civile et les autres partenaires à s’attaquer aux causes profondes du travail des enfants dans les chaînes d’approvisionnement des produits aquatiques.
Le lancement a eu lieu lors d’un événement organisé dans le cadre du Forum mondial de l’alimentation, réunissant des jeunes leaders, des représentants des travailleurs, des décideurs et des experts internationaux. L’événement a réaffirmé un engagement commun : éliminer le travail des enfants demeure une urgence, et un objectif à notre portée.
Un défi mondial persistant
En 2015, la communauté internationale s’est engagée, à travers les Objectifs de développement durable, à éliminer toutes les formes de travail des enfants d’ici à 2025. Des progrès ont été réalisés, mais les multiples crises récentes – notamment la pandémie de COVID-19 – ont ralenti ces avancées.
Le travail des enfants persiste dans de nombreuses communautés et secteurs. Selon les dernières estimations mondiales publiées par l’OIT et l’UNICEF, en 2024, 138 millions d’enfants – dont 59 millions de filles et 78 millions de garçons – étaient concernés par le travail des enfants, soit près de 8 % de la population infantile mondiale. Plus de 54 millions exercent des travaux dangereux.
La grande majorité, 61 %, travaillent dans le secteur agricole au sens large, incluant les pêches et l’aquaculture.
Comprendre les causes profondes
Les nouvelles directives analysent les facteurs à l’origine du travail des enfants dans les pêches et l’aquaculture : pauvreté, inégalités sociales, manque d’emplois décents, faiblesse des systèmes de protection sociale, insuffisance des infrastructures éducatives, et normes culturelles persistantes favorisant la participation des enfants à des activités économiques – particulièrement dans les communautés rurales et côtières.
Cette publication actualise les Directives FAO-OIT de 2013, à la suite d’une demande des mandants tripartites de l’OIT visant à renforcer la compréhension et la réponse à ce phénomène. Elle s’appuie également sur une étude de fond réalisée en 2024.
« Nous devons réaffirmer notre engagement envers la cible 8.7 des ODD et accélérer nos efforts pour éliminer le travail des enfants dans les pêches, l’aquaculture et tous les sous-secteurs agricoles », a déclaré Manuel Barange, Sous-Directeur général de la FAO, Division des pêches et de l’aquaculture.
« Cela exige d’investir dans la protection sociale, l’éducation de qualité et l’emploi rural décent, tout en renforçant la responsabilité des entreprises et en autonomisant les jeunes, les femmes et les communautés locales en tant qu’agents de changement. »

Une mobilisation collective pour impulser le changement
L’événement a réuni un groupe d’experts et de praticiens du terrain, comprenant Ellena Kavarera (Union de la jeunesse côtière d’Indonésie), Kuliny Chuol (commerçante en poisson, Soudan du Sud), Kirill Buketov (Union internationale des travailleurs de l’alimentation) et Lauren Phillips (Directrice adjointe, Division de la transformation rurale et de l’égalité des genres, FAO).
Les participants ont partagé leurs expériences de terrain, soulignant l’importance de la prévention, de la sensibilisation et d’une action coordonnée à tous les niveaux.
Elvis Beytullayev, Spécialiste de l’économie rurale à l’OIT, a rappelé que l’action devait s’appuyer sur les quatre piliers de l’Agenda du travail décent : promotion des droits au travail, emploi décent et entreprises durables, protection sociale et dialogue social.
Daniela Kalikoski, spécialiste de la FAO, a présenté les principales recommandations des nouvelles directives et insisté sur la responsabilité partagée de tous les acteurs.
Messages clés
Les Directives politiques FAO-OIT sur l’élimination du travail des enfants dans les pêches et l’aquaculture proposent des mesures concrètes pour appuyer les gouvernements et leurs partenaires dans la lutte contre le travail des enfants dans les chaînes de valeur aquatiques.
Elles promeuvent une approche fondée sur les droits humains, multisectorielle et inclusive, en cohérence avec l’Appel à l’action de Durban.
Messages clés :
- Le travail des enfants est inacceptable – Il prive les enfants de leurs droits, perpétue la pauvreté et compromet le développement durable.
- La prévention est prioritaire – L’emploi décent pour les adultes, la conduite responsable des entreprises, l’accès à une éducation de qualité et la protection sociale sont les piliers de l’élimination du travail des enfants.
- La remédiation est essentielle – Là où le travail des enfants existe, il faut garantir des alternatives sûres, notamment la réintégration scolaire, le soutien psychosocial et la protection sociale pour les enfants et leurs familles.
- Un cadre propice est déterminant – Les lois et politiques nationales doivent couvrir explicitement les pêches et l’aquaculture et s’aligner sur les normes internationales du travail.
- Une responsabilité partagée – Gouvernements, industrie, organisations d’employeurs et de travailleurs, société civile et communautés doivent agir ensemble, avec l’appui des partenaires internationaux.
- Des politiques fondées sur des données probantes – Les lacunes en matière de données doivent être comblées et les bonnes pratiques diffusées à grande échelle.
- Renforcer la résilience est essentiel – Les stratégies intégrées qui abordent le changement climatique, les chocs économiques et les pressions migratoires sont indispensables pour réduire les vulnérabilités qui alimentent le travail des enfants.
La voie à suivre
La Sixième Conférence mondiale sur l’élimination du travail des enfants, qui sera accueillie par le Gouvernement du Maroc en 2026, constituera la prochaine étape pour faire le point sur les progrès accomplis, renouveler l’engagement mondial et tracer la voie vers l’élimination totale du travail des enfants.
« La prévention et l’élimination effective du travail des enfants nécessitent une action collective. Tous les acteurs ont un rôle à jouer », a déclaré Frank Hagemann, Directeur du Département des politiques sectorielles de l’OIT.
« Le renforcement des organisations de travailleurs et d’employeurs du secteur des pêches et de l’aquaculture est essentiel pour faire avancer ces efforts. Le soutien de la communauté des bailleurs est tout aussi crucial pour assurer la continuité et la réussite de nos actions conjointes. »
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Policy guidance on the elimination of child labour in fisheries and aquaculture