Protection sociale pour la pêche et l'aquaculture (SocPro4Fish)

FAO-OIT lutte contre le travail des enfants dans les pêches et l’aquaculture

24/09/2024

La FAO et l’OIT ont organisé un atelier de deux jours afin de mettre à jour leur guide sur la lutte contre le travail des enfants dans les pêches et l’aquaculture. Ce document clé et complet vise à fournir aux décideurs politiques, aux organisations de pêcheurs, aux institutions sectorielles et au secteur privé des recommandations et des solutions pratiques pour lutter contre le travail des enfants dans ce secteur.

Cet atelier a réuni des experts internationaux et des parties prenantes des secteurs du travail, de la pêche et de l’aquaculture, en réponse à l’appel lancé lors de la Réunion sectorielle de l’OIT pour une mise à jour du guide conjoint FAO-OIT de 2021. Cette initiative visait à renforcer la compréhension du phénomène et à développer les capacités pour y faire face, en parfaite cohérence avec l’Appel à l’action de Durban, signé par des milliers de délégués lors de la 5ᵉ Conférence mondiale sur l’élimination du travail des enfants en mai 2022.


Près de 70 % des enfants impliqués dans le travail des enfants travaillent dans l’agriculture et ses sous-secteurs. Dans la pêche et l’aquaculture, les filles et les garçons participent à diverses activités – de la capture à la transformation du poisson, en passant par la réparation des filets – souvent au détriment de leur scolarité et au péril de leur santé.


Malgré ces préoccupations, la production alimentaire aquatique joue un rôle crucial dans la sécurité alimentaire et nutritionnelle, ainsi que dans l’emploi et les moyens de subsistance de millions de personnes, en particulier dans les pays à faible revenu. Pour rendre cette production véritablement durable, il est impératif d’intensifier les efforts visant à éliminer le travail des enfants, à protéger les jeunes travailleurs contre ses pires formes – y compris les travaux dangereux et le travail forcé – et à investir dans une main-d’œuvre saine et instruite pour l’avenir.


Lors de l’atelier, Benjamin Davis, Directeur de la Division de la transformation rurale et de l’égalité des genres de la FAO, a réaffirmé l’engagement de l’Organisation à éliminer le travail des enfants dans tous les sous-secteurs agricoles. Il a souligné l’importance de mobiliser l’expertise technique de la FAO, de soutenir les politiques publiques et d’intégrer les efforts programmatiques aux niveaux national, local et mondial avec les parties prenantes des systèmes agroalimentaires.


L’objectif de l’atelier était de réviser le guide publié en 2013 par l’OIT et la FAO, afin de répondre au besoin urgent d’informations et d’analyses sur la nature, l’ampleur, les causes et les conséquences du travail des enfants dans la pêche et l’aquaculture.


Plus de dix ans après sa première publication, une révision s’impose pour faire face à de nouveaux défis, notamment l’impact croissant du changement climatique sur les moyens de subsistance des pêcheurs, qui influence directement et indirectement le travail des enfants. Par ailleurs, l’importance croissante de la protection sociale pour les ménages ruraux est de plus en plus reconnue, et les approches fondées sur le devoir de diligence apparaissent comme des outils prometteurs pour lutter contre ce phénomène.


Manuel Barange, Sous-Directeur général de la FAO et Directeur de la Division des pêches et de l’aquaculture, a souligné que l’objectif principal de cette révision est de « renforcer le guide en y intégrant des exemples concrets et des bonnes pratiques, tout en alignant les politiques nationales sur les normes internationales ».


Parmi les principales recommandations issues de l’atelier figurent : l’élargissement de l’analyse de l’impact du changement climatique et des avancées technologiques sur le travail des enfants ; l’intégration des données régionales sur la pêche ; et la prise en compte des considérations de genre, en lien avec les dynamiques socioéconomiques. Les participants ont également souligné la nécessité de mieux intégrer l’aquaculture, dont le rôle dans la production alimentaire aquatique ne cesse de croître, et de développer des connaissances et orientations spécifiques pour ce sous-secteur.


Sebastian Mathew, Directeur exécutif du Collectif international d’appui aux travailleurs de la pêche (ICSF), a cité le rapport conjoint OIT-UNICEF de 2022, qui établit une corrélation claire entre une couverture accrue de la protection sociale et une baisse du travail des enfants. Comme le souligne également un rapport de la FAO, l’accès limité à la sécurité sociale est étroitement lié à des opportunités éducatives insuffisantes et constitue une menace pour la durabilité environnementale et les pratiques de gestion des pêches. L’étude d’évaluation d’impact socioéconomique menée en 2023 par la FAO et l’IPC-IG sur l’assurance chômage pour les pêcheurs artisanaux au Brésil (Seguro-Defeso) démontre également les effets positifs des programmes de protection sociale sur les pêcheurs artisanaux et leurs familles.


Les participants ont également insisté sur l’importance de renforcer le rôle des syndicats et des coopératives, conformément à la Convention n°182 de l’OIT. Ils ont reconnu le rôle essentiel des médias dans la sensibilisation et la promotion d’initiatives communautaires, et ont souligné la nécessité de mécanismes de coordination internationale pour identifier et diffuser les bonnes pratiques. Des mises à jour régulières et des études de cas nationales ont été jugées indispensables pour garantir la pertinence et l’impact du guide.


Kirill Buketov, Responsable des politiques internationales à l’Union internationale des travailleurs de l’alimentation, de l’agriculture, de l’hôtellerie, de la restauration, du tabac et des branches connexes (UITA), a déclaré : « Le travail des enfants ne survient pas dans un vide. Le combattre doit faire partie intégrante de la promotion de tous les principes et droits fondamentaux au travail, y compris la liberté d’association, la négociation collective, l’élimination du travail forcé et de la discrimination, ainsi que le droit à un environnement de travail sûr et sain. Parmi ceux-ci, la liberté d’association et la négociation collective sont essentielles, car elles permettent la réalisation des autres droits fondamentaux au travail. »

Dans les mois à venir, la FAO et l’OIT poursuivront leurs travaux pour intégrer les pratiques prometteuses et finaliser la mise à jour du guide, dont la publication est prévue en 2025. Le passage du guide à l’action est une priorité absolue. Des efforts seront ensuite déployés pour diffuser son contenu et le mettre en œuvre au niveau national à travers des approches intégrées et multipartites, via l’assistance technique et les programmes de terrain.