Investissement dans le développement inclusif de l'élevage dans l'est de la Mauritanie
Le coordinateur du Centre mauritanien de développement de l'élevage camelin travaille dans une serre où sont cultivés les aliments destinés aux dromadaires.
©Zied Ben Romdhane / Magnum Photos for FAO
Avec pour objectif de développer le secteur de l'élevage pour une meilleure sécurité alimentaire et nutritionnelle tout en encourageant les initiatives entrepreneuriales des jeunes et des femmes, le gouvernement mauritanien a lancé le programme Awkar, financé par la Banque africaine de développement (BAD) et conçu avec l'appui technique du Centre d'investissement de la FAO.
Cette initiative de 21 millions de dollars, dont 18 millions sous forme de prêt de la BAD, vise à développer les ressources agropastorales dans l'est de la République islamique de Mauritanie (région du Hodh Chargui). Le programme cherche à renforcer la contribution du secteur de l'élevage au développement économique et social national et à améliorer la résilience des populations dépendantes de l'élevage face au changement climatique.
Le fort potentiel de la Mauritanie dans le domaine de l'élevage
L'élevage joue un rôle essentiel en Mauritanie. Le pays possède l'un des plus grands cheptels d'Afrique, avec 2,3 millions de bovins, 14,6 millions de moutons, 9,4 millions de chèvres et 1,5 million de chameaux. Alors que le secteur contribue à hauteur de 9,8 % au PIB national (ANSADE 2021), plus de 60 % de la population tire une partie ou la totalité de ses revenus de l'élevage.
Grâce aux caractéristiques des races présentes dans le pays et au fait que les animaux soient nourris à l'herbe, la viande mauritanienne est très appréciée dans plusieurs pays et présente un haut potentiel d'exportation.
Cependant, malgré ce potentiel, l'élevage reste largement extensif, avec une faible productivité et une capacité de transformation limitée. Le secteur est confronté à des défis persistants, notamment en matière d'alimentation, d'eau, de santé et de contraintes génétiques, ainsi qu'aux effets croissants du changement climatique. Les méthodes d’élevage restent traditionnelles, avec une utilisation limitée d'intrants commerciaux et une forte dépendance à l'égard des pâturages naturels, qui sont de plus en plus vulnérables.
La région de Hodh Chargui, où le programme Awkar est mis en œuvre, abrite plus de 50 % du cheptel national et possède de vastes pâturages naturels sous-utilisés.
Simplice Nouala Fonkou, expert de la production et de la santé animales, a mené la conception du projet pour le Centre d'investissement de la FAO : « La région de Hodh Chargui est confrontée à une combinaison de facteurs de vulnérabilité tels que l'insécurité alimentaire, exacerbée par des pratiques agropastorales non durables, un accès limité aux marchés et un afflux important de réfugiés en raison de la crise au Mali. Ces facteurs augmentent la pression sur les ressources locales et entravent le développement économique du secteur ».
Plus de 100 000 bénéficiaires directs
Lancé en juillet 2025, le projet sera mis en place jusqu'en décembre 2029. Il cible environ 100 000 bénéficiaires directs, notamment : les éleveurs transhumants et agropastoraux ; les acteurs des trois secteurs : viande rouge, lait et cuir ; les bouchers grossistes ; les agriculteurs ; les organisations socioprofessionnelles d'éleveurs ; et les petites et moyennes entreprises et industries fournissant des services au secteur de l'élevage, de la transformation et de la distribution.
Le programme se concentre dans un premier temps sur le développement des infrastructures agro-pastorales et socio-éducatives de base. Les investissements prévus comprennent la création et la mise en service d'un pôle d'élevage de 20 000 hectares, de deux ranchs communautaires équipés d'infrastructures sanitaires, d’eau et de production, ainsi que la création de kiosques, de boucheries, d'abattoirs et de centres de santé.
« Le projet soutiendra spécifiquement les femmes et les jeunes, puisque 620 initiatives entrepreneuriales menées par des jeunes et des femmes seront financées, et les entreprises seront soutenues grâce au renforcement institutionnel de l'école de formation technique et professionnelle située dans la ville de Néma », affirme Simplice Nouala Fonkou.
Le programme Awkar est une des réponses apportées au Mauritania Compact, présenté par les autorités nationales en janvier 2023 lors du Sommet de Dakar 2 sur la souveraineté alimentaire et la résilience. Il s'agit du premier programme financé par la BAD en Afrique de l'Ouest qui a bénéficié de l’appui technique du Centre d'investissement de la FAO.