L’écologisation du secteur agroalimentaire: le dernier rapport de la FAO et la BERD sur l’adoption des technologies climatiques
06/12/2016
Les chaînes de valeur alimentaire et agricole génèrent à peu près un tiers des émissions mondiales de gaz à effet de serre, consomment environ un tiers de l’énergie mondiale et nécessitent d’énormes quantités d’eau.
En adoptant des technologies et des pratiques respectueuses du climat – des pompes à eau à énergie solaire et une agriculture de conservation – les agriculteurs et les agro-entreprises peuvent contribuer à la fois à l’atténuation et à l’adaptation au changement climatique en réduisant les émissions de gaz à effet de serre et en utilisant de meilleures ressources naturelles.
L’Organisation des Nations Unies pour l’Agriculture et l’Alimentation (FAO) et la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD) ont élaboré une méthodologie pour aider les pays à identifier les opportunités d’investissement et les options politiques permettant de renforcer leur adoption et évaluer la pénétration du marché en termes de technologies climatiques. Les deux institutions ont expérimenté cette méthodologie au Maroc et ont étalé leurs conclusions dans le rapport qui fut récemment publié intitulé: Le Maroc: l’adoption des technologies climatiques dans le secteur agroalimentaire.
Le rapport a été lancé lors d’un évènement parallèle organisé par la BERD lors des discussions climatiques de la COP22 au Maroc.
Olivier Dubois, expert en bioénergies au département des ressources naturelles de la FAO a dit que « le défi majeur du secteur agroalimentaire au cours des prochaines décennies sera de nourrir de manière durable une population mondiale croissante dans un contexte difficile doté de changement climatique, tout en préservant la base de ressources naturelles pour les générations futures. De plus amples innovations et l’adoption de technologies écologiques efficaces et rentables sont essentielles pour réaliser cet objectif. »
Dubois ajouta : « le Maroc est le premier pays où cette méthodologie a été utilisée car, à maints égards, le Maroc fut le modèle à suivre en répondant efficacement aux défis du changement climatique et en particulier à ce qui concerne l’agriculture et son engagement envers le développement durable et la vision de la croissance verte inclusive ».
Une Approche progressive
Le Centre de financement et de transfert des technologiques climatiques (FINTECC), financé par la BERD et le Fonds pour l’environnement mondial (FEM), aide les entreprises à mettre en œuvre des technologies vertes à travers des subventions et appui technique. Il aide également les responsables et les entreprises à surmonter les obstacles pour achever le développement de marchés fonctionnels pour les technologies et pratiques climatiques.
Dans le cadre du FINTECC, la FAO et la BERD ont élaboré une méthodologie en quatre étapes qui aide les responsables à surveiller l’adoption des technologies entre les pays.
L’étape 1 identifie les activités agroalimentaires responsables de la majorité des émissions de gaz à effet de serre.
L’étape 2 donne la priorité aux technologies et pratiques climatiques en fonction des coûts, des marchés et de l’information technique.
L’Étape 3 évalue les problèmes de durabilité.
L’étape 4 aborde les principaux obstacles qui entravent l’adoption des technologies climatiques – des politiques et règlementations aux lacunes en termes de connaissances.
Gianpiero Nacci, directeur associé de l'équipe chargée de l'efficacité énergétique et du changement climatique au sein de la BERD a déclaré que « La réduction de l’empreinte écologique du secteur agroalimentaire dépend largement des transferts de technologies durables ». « Grâce à cet outil, les gouvernements et les investisseurs pourront surveiller l’adoption de la technologie, évaluer les possibilités d’investissement et suivre comment l’adoption de technologies spécifiques réagit aux réformes politiques ».
Résultats au Maroc
Après avoir testé la méthodologie au Maroc, l’étude a révélé que sur les 12 technologies et pratiques climatiques examinées, une meilleure adoption de l’agriculture de conservation, des machines agricoles performantes, des systèmes d’énergie renouvelable et d’entreposage frigorifique efficaces avaient l’impact le plus immédiat sur le marché pour réduire les émissions de gaz à effet de serre et promouvoir l’efficacité des ressources.
Bien que ces technologies soient prometteuses, certains facteurs peuvent entraver leur adoption, comme par exemple le manque de connaissances et de sensibilisation, les cadres réglementaires inadéquats pour accroître les transferts de technologie, la capacité technique et le soutien financier limités. Ces technologies comportent également de graves risques, tels que l’impact des pompes solaires sur l’utilisation excessive de l’eau souterraine.
Au Maroc par exemple, l’accès au capital ainsi que le coût, le rendement financier et les problèmes réglementaires sont les principales contraintes à surmonter.
Processus continu et dynamique
L’expérience marocaine est un pas en avant dans un processus continu et dynamique dans l’écologisation du secteur agroalimentaire.
Nuno Santos, économiste au Centre d'investissement de la FAO a dit : « Nous espérons que ces résultats stimuleront la réflexion stratégique et le dialogue politique et inciteront aussi les pays à améliorer leur collecte de données sur les émissions et la pénétration du marché », en présentant des plans pour étendre l’étude sur d’autres pays.
Il ajouta : «La liste des technologies que le secteur agroalimentaire peut utiliser pour réduire les émissions est en pleine expansion et nous assistons constamment à de nouveaux développements. L’idée principale vise à ce que les pays appliquent cette méthodologie à intervalles réguliers afin de suivre les technologies déjà utilisées aux nouvelles technologies à mesure qu’elles deviennent disponibles ».
06/12/2016
