Gaza: les dégâts à l’agriculture auront des effets de longue durée

La violence empêche toute activité agricole, paralyse la pêche et fait flamber les prix des denrées de base

14 août 2014, Rome - Les combats à Gaza ont contraint agriculteurs et éleveurs à abandonner leurs terres et provoqué la paralysie des activités de pêche entraînant ainsi l'arrêt de la production alimentaire et compromettant les moyens d'existence de la population, met en garde aujourd'hui la FAO. Le relèvement du secteur agricole, une fois que les hostilités auront pris fin, nécessitera une  aide extérieure importante sur le long terme.
                                            
Les derniers affrontements armés ont causé des dégâts directs importants aux 17 000 hectares de terres cultivées ainsi qu'à la majeure partie des infrastructures agricoles notamment les serres, les systèmes d'irrigation, les fermes d'élevage, les dépôts de fourrage et les embarcations de pêche

Selon la dernière mise à jour du Secteur de la sécurité alimentaire  (un groupe de travail dont la coordination est confiée à la FAO et au Programme alimentaire mondial - PAM), la moitié de la population avicole de Gaza (poulets de chair et pondeuses) a été décimée soit du fait de tirs directs sur les poulaillers soit par manque de nourriture, d’eau et de soins résultant de l’impossibilité de se déplacer du fait des hostilités.

Quelque 64 000 têtes de petits ruminants ont besoin de fourrage et d'eau si l'on veut empêcher de nouveaux décès d'animaux et freiner l'érosion des biens de production des éleveurs.

Quant aux pertes du secteur de la pêche, elles sont estimées, à ce jour, à 234,6 tonnes sur la période 9 juillet -10 août 2014,  soit 9,3 pour cent des captures totales des pêcheurs de Gaza sur un an.

«Jusqu'à présent, les opérations militaires en cours n'ont pas permis de compléter l'évaluation détaillée des dégâts à l'agriculture», indique M. Ciro Fiorillo, chef du Bureau de la FAO en Cisjordanie et dans la bande de Gaza. «Toutefois, à la faveur du dernier cessez-le-feu, plusieurs visites de sites agricoles ont été lancées sous la direction de l'Office des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA) et le concours de la FAO et d'autres partenaires, dans le cadre d'une plus large évaluation initiale rapide. Cette activité se poursuivra si les conditions de sécurité le permettent et débouchera sur un rapport détaillé sur les dégâts à l'agriculture et les besoins de son relèvement», précise M. Fiorillo.
              
La bande de Gaza importe la plus grande partie des produits alimentaires consommés par sa population. Toutefois, les denrées produites localement représentent une source importante d'aliments nutritifs à des prix abordables, et quelque 28 600 ménages dépendent du secteur agricole dont 19 000 de l'agriculture, 6 000 de l'élevage et 3 600 de la pêche.
 
«Mettant à profit le dernier cessez-le-feu, de nombreux agriculteurs et éleveurs ont réussi à accéder à leurs terres, mais la reprise de la production alimentaire rencontre de graves obstacles en raison de l'ampleur des dégâts et des pénuries d'eau, d'électricité, d'intrants et de ressources financières, ainsi que de l'incertitude persistante quant à une éventuelle reprise des opérations militaires», ajoute M. Fiorillo.

Volatilité des prix alimentaires

Les prix des aliments dans la bande de Gaza ont considérablement fluctué depuis le déclenchement des hostilités. Certains produits ont enregistré des hausses importantes, notamment les œufs et la plupart des légumineuses. Des pics ont été atteints pour certains produits : 40 pour cent pour le prix des œufs, 42 pour cent pour les pommes de terre à jusqu'à 179 pour cent pour les tomates.

Du fait de l'arrêt de la production alimentaire locale et de la quasi-paralysie des importations alimentaires, la population entière de Gaza (quelque 1,8 million de personnes) dépend pratiquement de l'aide alimentaire. Le PAM, en collaboration avec l'Office de secours des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA), assiste régulièrement environ 1,1 million de personnes. En outre, environ 700 000 personnes dépendent actuellement de la distribution de nourriture extraordinaire réalisée par le ministère palestinien des Affaires sociales, l'UNRWA et le PAM.


Distribution de fourrage

Dès qu'un cessez-le-feu permanent sera mis en place, la FAO, avec le soutien du Canada, distribuera du fourrage pour nourrir 55 000 petits ruminants dans tout Gaza pendant 45 jours. La FAO doit également distribuer 4 000 réservoirs d'eau de 1 mètre-cube de capacité chacun pour aider les éleveurs à abreuver leurs animaux.

«Nous avons un programme d'appui à la résilience des moyens d'existence basés sur l'agriculture qui profitera aux pêcheurs, éleveurs et agriculteurs de Gaza», annonce M. Abdessalam Ould Ahmed, Représentant régional de la FAO pour le Proche-Orient et l'Afrique du Nord. «Nous devons remettre l'agriculture sur les rails dès que les hostilités auront cessé afin de promouvoir non seulement la survie de la population de Gaza, mais aussi son développement autonome.»

Photo: © MAHMUD HAMS / AFP
Des pêcheurs palestiniens inspectant les dégâts au port de Gaza.