Dans la lutte contre la pêche illégale, tout le monde doit participer

Le sommet « Notre Océan » salue les progrès réalisés grâce au traité négocié par la FAO.

16 septembre 2016, Washington - Une conférence internationale sur la manière de parvenir à des océans sains et durables, a salué l'engouement croissant pour un accord international innovant visant à lutter contre la pêche illégale, et négocié par la FAO.

L'Accord relatif aux mesures du ressort de l'État du port visant à prévenir, contrecarrer et éliminer la pêche illicite, non déclarée et non réglementée (PSMA) est le fruit de plusieurs années d'intenses négociations. L'accord est finalement entré en vigueur en juin.

S'exprimant lors de la conférence « Notre Océan » qui se tenait à Washington, le Président américain Barack Obama, a souligné la nécessite d'« agir avec audace » afin de lutter contre la menace posée par de nombreux évènements actuels. Il fait ainsi référence aux changements climatiques dangereux, provoqués principalement par l'activité humaine, aux zones mortes dans notre océan, provoquées principalement par la pollution que nous créons ici sur terre, aux pratiques de pêche non-viables et aux zones marines non-protégées dans lesquelles des espèces rares et des écosystèmes entiers sont en danger.

Le qualifiant de signe "encourageant" de la part des gouvernements du monde entier, John Kerry, le secrétaire d'Etat américain a félicité les progrès réalisés grâce au PSMA. Alors qu'en 2014, seules 10 parties avaient ratifié le PSMA juridiquement contraignant, on compte à présent 36 pays à avoir signé le traité (35 pays et l’Union européenne, au nom de ses 28 membres).

« Lorsque vous commandez des fruits de mer au restaurant, le menu ne dévoile pas certaines tristes réalités : un tiers des stocks de poissons dans le monde sont issus de la surpêche et presque tout le reste est pêché jusqu'à quantité maximale» a déclaré M. Kerry devant les participants à la conférence.

De plus, la pêche illégale, non déclarée et non réglementée (INN) coûte au monde des dizaines de milliards de dollars chaque année et le secrétaire d'Etat américain de souligner que de telles activités sont souvent associées à des « violations flagrantes des droits de l'homme ».

« Les navires de pêche opérant en marge de la loi...dépendent parfois du travail forcé pour obtenir des prises plus importantes et faire de meilleurs profits » a-t-il ajouté.

Dans le cadre du PSMA, les parties désignent des ports spécifiques qui seront utilisés par les navires étrangers, facilitant ainsi les contrôles. Ces bateaux doivent, entre autres, demander une autorisation au préalable afin d'entrer dans les ports et fournir des informations aux autorités locales, concernant notamment les poissons à bord. Ils doivent également accepter le contrôle de leur carnet de route, permis, équipement de pêche et cargo.

Le traité appelle surtout les pays à refuser l'entrée aux pays impliqués dans des activités de pêche INN où à inspecter leurs navires et à prendre les mesures nécessaires ensuite. Dans cette optique, le PSMA oblige également les parties à partager leurs informations concernant tout navire impliqué dans des activités de pêche INN, au niveau régional et mondial.

Le PSMA s'applique à tous les usages portuaires donc même les navires qui seront juste de passage pour se ravitailler en carburant devront se conformer aux exigences de contrôle.

Au cours de la conférence « Notre Océan », le Directeur général de la FAO, José Graziano da Silva a félicité les pays ayant signé le traité et invité les autres à faire de même et à les rejoindre « à bord », ajoutant : Nous devons maintenant nous concentrer sur la manière de garantir sa mise en œuvre, qui doit être solide et efficace. »

« Autrement, les navires de pêche hors-la-loi continueront de trouver des moyens de décharger et d'introduire leurs prises illégales sur les marchés » a-t-il averti.

« Ne permettons à aucun port dans le monde d'être connu pour son non-respect des règles malgré nos efforts pour lutter contre la pêche illégale » a déclaré M. Graziano da Silva.

Dans certains cas, les pays côtiers en développement et les petits Etats insulaires en développement, qui souvent abritent les zones de pêches les plus attractives au monde, rencontrent des difficultés dans la mise en œuvre du PSMA, une situation que la FAO travaille à régler.

M. Graziano da Silva a également indiqué aux participants de la conférence  « Notre Océan » que la FAO avait lancé un programme mondial destiné à soutenir la mise en œuvre du PSMA et de ses instruments complémentaires. Cela inclue notamment les Directives volontaires pour la conduite de l'Etat du port visant à lutter contre la pêche INN.

Ce programme de la FAO a pour mission principale d'apporter une aide politique, juridique et technique et de renforcer les capacités. Il sera mis en œuvre à travers plusieurs projets régionaux et nationaux en collaboration avec des partenaires internationaux.

Pour mener à bien ce projet, la FAO a, jusqu'à présent, sécurisé 5 millions de dollars, dont une partie provenant de ses propres ressources.

La FAO collabore également avec Google afin de développer de nouvelles plateformes et des méthodes de recherches destinées à aider ces pays à améliorer le suivi, le contrôle et la surveillance des activités de pêche.

Photo: [State Department photo/ Public Domain]
John Kerry, le secrétaire d’Etat américain avec les dirigeants mondiaux lors de la conférence « Notre Océan » 2016.