Une étude de la FAO confirme qu’un milliard d’hectares de zones arides présumées sont menacés

Rapport présenté à Abidjan lors d’une manifestation organisée en marge de la quinzième session de la Conférence des Parties à la Convention des Nations Unies sur la lutte contre la désertification

©FAO/Anne Branthomme

Le Cerrado abrite plus de 1 600 espèces de mammifères, d'oiseaux et de reptiles

©FAO/Anne Branthomme

13/05/2022

Abidjan et Rome – Selon un nouveau rapport présenté aujourd’hui par l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), des problèmes similaires à ceux qui se posent dans les terres arides du monde se posent également dans un milliard d’hectares de terres supplémentaires, appelées «zones arides présumées».

Ce rapport, intitulé Valuing, restoring and managing presumed drylands: Cerrado, Miombo-Mopane woodlands and the Qinghai-Tibetan Plateau, fait la distinction entre les zones arides officielles, caractérisées par la rareté de l’eau et un indice d’aridité inférieur à 0,65, et les «zones arides présumées», qui présentent des caractéristiques des zones arides et connaissent des pénuries d’eau saisonnières mais dont l’indice d’aridité est égal ou supérieur à 0,65.

L’étude confirme l’existence de 1 075 millions d’hectares de terres arides présumées, qui s’ajoutent aux 6,1 milliards d’hectares de terres arides officielles qui couvrent déjà 41 pour cent des terres émergées de la planète et où vivent 2 milliards de personnes.

L’étude montre également que les zones arides présumées contiennent 322 millions d’hectares de forêts, et que les forêts, les autres terres boisées et les arbres sont présents dans la moitié des zones arides présumées.

Elle révèle que les zones arides présumées sont présentes sur tous les continents, mais que la plupart se trouvent en Afrique, en Amérique du Sud et en Asie.

«Les zones arides présumées sont importantes puisque beaucoup d’entre elles abritent un grand nombre de personnes qui dépendent de la terre pour leurs moyens de subsistance. En outre, elles contiennent une riche biodiversité et aident à l’atténuation du changement climatique et à l’adaptation à ses effets grâce au couvert forestier», a déclaré Mme Fidaa F. Haddad, forestière à la FAO.

«Mais ces zones sont sous-évaluées et mal étudiées et risquent de devenir de véritables zones arides dans un avenir proche, à moins de faire l’objet d’une attention et d’investissements plus importants», a ajouté Mme Haddad.

Utilisation non durable 

Le rapport montre que les zones arides présumées sont menacées par une utilisation non durable, comme le pâturage excessif ou la déforestation pour la conversion en terres agricoles. Exacerbée par le changement climatique, cette tendance entraîne la dégradation des terres et la désertification, réduit la productivité et menace la sécurité alimentaire, les moyens de subsistance et le bien-être des populations qui vivent dans ces zones.

L’étude porte sur les caractéristiques des trois plus grandes zones arides présumées – l’écorégion du Cerrado, au Brésil, le plateau du Qinghai-Tibet, en Chine, et les terres boisées transfrontalières du Miombo-Mopane, en Afrique australe – et sur les problèmes qui s’y posent, et propose des solutions pour stopper et inverser la dégradation.

Parmi les recommandations découlant de l’étude figure l’adoption d’approches agroforestières, comme les systèmes sylvopastoraux qui combinent élevage, fourniture de fruits et de bois et piégeage du carbone, et d’approches de gestion des pâturages plus durables, comme les systèmes de rotation des pâturages.

Le rapport présente différents scénarios d’investissement potentiels, comparant la stratégie habituelle à la neutralité de la dégradation des terres, et met en évidence les possibilités offertes par de grandes initiatives telles que la Décennie des Nations Unies pour la restauration des écosystèmes dirigée conjointement par la FAO et le Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE), qui vise à intensifier et accélérer les efforts de restauration, ou encore la Déclaration de Séoul sur les forêts, adoptée au XVe Congrès forestier mondial, tenu récemment.

Une évaluation économique souligne également la nécessité de créer un environnement propice à l’investissement dans des activités durables dans les zones arides présumées. Dans le rapport, il est insisté sur le fait que les politiques locales et nationales seront la clé du succès de toute initiative visant à gérer durablement, protéger et restaurer les ressources en terres des zones arides présumées.

«Nous devons investir dans des approches de gestion des terres et des forêts plus durables, maintenant et non plus tard, lorsqu’une plus grande partie des terres aura été dégradée», a déclaré Mme Haddad.

Participation de la FAO à l’événement organisé en marge de la quinzième Conférence des Parties

Le nouveau rapport a été présenté lors d’un événement organisé en marge de la quinzième session de la Conférence des Parties à la Convention des Nations Unies sur la lutte contre la désertification, qui se déroule actuellement à Abidjan (Côte d’Ivoire) et où la FAO dirige les discussions sur la promotion de la gestion durable des terres et de la restauration des terres dégradées et des sols appauvris.

«Nous devons agir rapidement et avec audace pour répondre à la demande croissante de denrées alimentaires, d’aliments pour animaux, de biocarburants et de fibres, tout en préservant la biodiversité et en réduisant la pression sur les ressources naturelles et les écosystèmes», a déclaré Mme Maria Helena Semedo, Directrice générale adjointe de la FAO, chef de la délégation de l’Organisation. «La lutte contre la dégradation des terres par la restauration des écosystèmes de production au moyen d’une approche globale, à l’échelle du paysage et intersectorielle est cruciale pour la sécurité alimentaire et la résilience des moyens de subsistance, et est au cœur de la transformation des systèmes agroalimentaires.»

Au cours de cette conférence d’une semaine, la FAO a signé un projet de 20 millions d’USD avec le Fonds pour l’environnement mondial et le Gouvernement de la Côte d’Ivoire, dans le cadre de l’initiative «Abidjan Legacy Programme», qui vise à promouvoir des chaînes de valeur du cacao sans déforestation et à restaurer les paysages dégradés de la forêt cacaoyère dans le pays. La FAO a organisé une série d’événements de haut niveau, dont la présentation d’un guide technique de la FAO et de la Convention sur la lutte contre la désertification pour marquer le dixième anniversaire des Directives volontaires pour une gouvernance responsable des régimes fonciers applicables aux terres, aux pêches et aux forêts dans le contexte de la sécurité alimentaire nationale, et celle du rapport intitulé L’État des ressources en terres et en eau pour l’alimentation et l’agriculture dans le monde: Des systèmes au bord de la rupture.

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